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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204496

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204496

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204496
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2022 et une pièce enregistrée le 19 septembre 2022, M. B D représenté par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 30 juin 2022 portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire de séjour, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat cette même somme par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet aurait dû précéder l'édiction de l'arrêté attaqué de la saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou, à tout le moins, solliciter de lui des précisions sur son état de santé ;

- le préfet a méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Tercero, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins et précise que le requérant lui a fait part de la naissance de son enfant, le 5 septembre 2022, que si le nom figurant sur l'acte n'est pas le même que celui sur sa demande d'asile, c'est qu'il a dissimulé sa véritable identité pour demander l'asile, qu'il a conservé son passeport, produit à l'instance, que le requérant a vécu un traumatisme physique, une blessure par acte de violence encore visible sur son corps, qu'elle est toujours en cours de traitement, que son syndrome post-traumatique est particulièrement documenté, qu'il a encore besoin d'un suivi psychologique régulier, que le préfet n'a nullement évoqué ni envisagé cette situation dans l'arrêté, qu'une vie de famille est en train de naître en France, que la décision de la Cour nationale du droit d'asile a été notifiée le 14 juin 2022 et le préfet a pris la décision attaquée près de deux semaines plus tard, ce qui n'a pas permis à M. D d'envisager ce qu'il pouvait faire après le rejet de cette demande d'asile, que lors de l'audition du 16 juin 2021, qui a duré vingt minutes, il a fait part à deux reprises de ses problèmes psychologiques, qu'on ne lui a pas laissé la possibilité d'aller à son domicile pour recueillir les éléments médicaux relatifs à son état de santé, qu'on ne peut dans ces circonstances reprocher au requérant de ne pas avoir produit d'éléments précis sur son état de santé, que la préoccupation de M. D est aujourd'hui de rester auprès de son enfant, que la mère est demandeuse d'asile, que cette situation n'a pas été prise en compte, que la situation qui existe au Nigéria, dont il est originaire, en termes de maladies psychiatriques est déplorable et inhumaine, que ces médecins et sa psychologue sont inquiets sur ce qu'il deviendrait de lui en cas de retour dans son pays,

- les observations de M. D, assisté de M. F, interprète en langue anglaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Une note en délibéré, enregistrée le 19 septembre 2022, a été produite pour M. D. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D né le 23 février 1998 à Nairobi (Kenya) de nationalité kényane, alias M. C G né le 7 septembre 1990 à Bénin City (Nigéria), de nationalité nigériane, est entré sur le territoire français le 3 janvier 2018 et a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 24 janvier 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par décision du 22 juillet 2021 et le 7 juin 2022, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours. Par un arrêté du 30 juin 2022, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de son article R. 611-2 : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger résidant habituellement en France présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

5. M. D fait valoir qu'il est atteint d'un traumatisme psychiatrique, d'un syndrome dépressif chronique et de l'exérèse d'une cicatrice chéloïde et produit, au soutien de ses allégations, deux certificats médicaux en date des 15 mai et 9 septembre 2021, une attestation d'une psychologue en date du 8 septembre 2021 et un courrier de médecin en date du 22 mars 2018 qui attestent desdits troubles. Si M. D a déclaré, lors de son audition le 16 juin 2021 par les services de police qu'il souffrait de problèmes psychologiques et de pertes de mémoire, il ne justifie pas avoir porté à la connaissance du préfet ces certificats antérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Il n'appartenait pas aux services de police de solliciter du requérant la production de ces pièces médicales. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au moment où il a statué sur la situation du requérant, le préfet de la Haute-Garonne disposait d'éléments d'information suffisamment précis sur son état de santé lui imposant de saisir le collège de médecins. En tout état de cause, les documents médicaux produits, qui ne se prononcent pas sur les conséquences pour le requérant en cas de défaut de prise en charge, ni sur la disponibilité des soins dans son pays d'origine, ne permettaient de présumer que M. D pouvait entrer dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure et de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 611-1 de ce code du fait du défaut de saisine du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, qui indique les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation.

7. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point 5 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

8. En quatrième lieu, si M. D soutient qu'il est devenu père d'une enfant, née le 5 septembre 2022 de sa relation avec une compatriote demandeuse d'asile, cette naissance est postérieure à l'arrêté attaqué et donc sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie à la date à laquelle la décision a été prise.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

10. Si M. D soutient que la décision fixant le pays de renvoi le place dans une situation de risque de traitements inhumains et dégradants, il ne produit aucun élément de nature à établir la réalité des risques personnels et directs qu'il invoque, alors que tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont conclu au rejet de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 juin 2022 du préfet de la Haute-Garonne

Sur les conclusions accessoires :

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte et aux frais non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 202Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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