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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204500

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204500

mardi 30 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantRIZOM-LEGAL AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 et le 19 août 2022, le syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne (SMEA) Réseau 31, représenté par Me Remy, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion de la société Hydro Exploitations des terrains irrégulièrement occupés sur le domaine public de Saint Martory au niveau des centrales hydroélectriques de Labastidette et de Mondavezan ;

2°) d'enjoindre à la société Hydro Exploitations de cesser immédiatement l'exploitation des centrales hydroélectriques en litige, et d'assurer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, la fermeture des prises d'eau réalisées sur le canal de Saint Martory ainsi que l'ouverture complète des vannages de décharge et siphons ;

3°) de prononcer à la charge de la société Hydro Exploitations, une astreinte d'un montant de 10 000 euros par jour, applicable en cas de constatation du fonctionnement des centrales hydroélectriques de Labastidette et de Mondavezan passée la notification du jugement à intervenir et/ou passé le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, en cas de refus de fermeture des prises d'eau et d'ouverture incomplète des vannes de décharges ;

4°) de mettre à la charge de la société Hydro Exploitations la somme de 5000 euros, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- d'une part, il y a lieu de distinguer le régime des concessions de travaux publics et de service et le régime des concessions d'utilisation de l'énergie hydraulique. Ainsi, la construction et l'exploitation des centrales hydroélectriques en litige ont donné lieu à la conclusion entre le département de la Haute Garonne et la société Hydro Exploitation de deux concessions de travaux publics et de services : l'une conclue le 11 janvier 1954 pour la centrale hydroélectrique de Labastidette, valable pour une durée de 30 ans (soit jusqu'au 11 janvier 1984) renouvelable dans la limite de la durée du titre de concession, l'autre concession conclue le 21 mai 1989 pour les centrales hydroélectriques de Mondavezan, valable pour une durée de 30 ans, soit une échéance fixée au 21 mai 2019.

- d'autre part, les conditions exigées par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont remplies :

sur l'urgence :

- elle est établie dès lors que la société Hydro Exploitations occupe sans titre le domaine public du canal de St Martory à l'endroit de la centrale hydroélectrique de Labastidette et qu'elle intervient dans la manœuvre d'ouvrages faisant partie intégrante du domaine public par le blocage, en juillet 2022, de la vanne de décharge en position fermée, ces interventions présentant des risques pour la sécurité des personnes et des biens et perturbant la gestion des ouvrages publics dont le SMEA Réseau 31 a la charge ;

- s'agissant de la centrale hydroélectrique de Mondavezan, l'urgence est également établie dès lors que la concession de travaux publics et de services conclue avec le département est arrivée à échéance le 21 mai 2019 sans avoir été renouvelée, que la société ayant refusé le renouvellement de la convention, continue à exploiter les ouvrages sans aucun droit ni titre ; en outre, elle assure son activité sans autorisation d'utilisation de l'énergie hydraulique en méconnaissance des dispositions de la loi du 16 octobre 1919 sur l'utilisation de l'énergie hydraulique et des articles L. 511-1 et suivants du code de l'énergie et elle est redevable depuis près de deux ans des redevances mises en recouvrement par Réseau 31 au titre de l'occupation irrégulière du domaine public de Saint Martory qu'elle a contestées devant la présente juridiction ;

- ce maintien dans les lieux l'empêche de réaliser le projet de construction de trois centrales hydroélectriques autorisé par l'arrêté préfectoral du 23 septembre 2020 ;

-contrairement à ce que soutient la société, il n'y a pas de contestation sérieuse de l'occupation irrégulière du domaine public.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 août 2022, la société Hydro-Exploitation représentée par Me Coin et Me Jalade conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du Syndicat mixte eau et assainissement Haute-Garonne la somme de 5000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, les conclusions présentées sur le fondement du référé liberté par le Syndicat mixte eau et assainissement 31 ne peut être dirigé qu'à l'encontre d'une personne morale de droit public ou d'un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public. Elles sont donc irrecevables ;

- à titre subsidiaire, la condition de l'urgence n'est pas remplie dès lors qu'elle exploite régulièrement, les deux centrales de Labastidette et de Mondavezan. En l'état actuel de la situation juridique, et de manière transitoire en attendant la délivrance de l'autorisation selon les modalités prévues par les articles L.521-16 et L.531-1 du code de l'énergie, les ouvrages concernés sont placés sous un régime de prolongation de concession de service et de travaux publics et il n'est pas démontré une situation présentant un risque, les allégations du Syndicat n'étant étayées par aucun élément ;

- la demande du Syndicat se heurte à de nombreuses contestations sérieuses et elle justifie de sa qualité d'exploitant des centrales de Labastidette et de Mondavezan, cette qualification emportant droit d'occupation du domaine public en cause comme l'attestent entre autres, d'une part les avis de paiement de redevances d'exploitation émis à son encontre au titre des années 2019, 2020 et 2021 qui font l'objet d'un recours contentieux devant la présente juridiction, d'autre part, l'arrêté préfectoral du 7 novembre 2017 s'agissant de l'exploitation de la centrale de Labastidette.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de l'énergie ;

- le décret d'utilité publique du 4 mai 1864 relatif au canal de Saint-Martory ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Perrin, première conseillère, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique.

Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 19 août 2022, en présence de Mme Guérin, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Perrin, juge des référés,

- les observations de Me Rémy pour le SMEA Réseau 31 qui reprend les conclusions et les moyens exposés dans ses écritures,

-et les observations de Me Jalade, substituant Me Barthe, représentant la société Hydro-Exploitation qui persiste dans ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

2. D'autre part, le premier alinéa de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques dispose que : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L1ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous ". L'autorité propriétaire ou le gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier de ce domaine.

3. Lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'une demande d'expulsion d'un occupant du domaine public, il lui appartient de rechercher, après avoir vérifié que le bien concerné n'est pas manifestement insusceptible d'être qualifié de dépendance du domaine public dont le contentieux relève de la compétence de la juridiction administrative, si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

4. En l'espèce, il est constant que par décret impérial du 16 mai 1866 approuvant la convention du 15 février 1866, l'Etat a concédé à titre perpétuel au département de la Haute-Garonne le canal d'irrigation de Saint-Martory et qu'aux termes de l'article 30 du cahier des charges annexé à ladite convention: "le département aura le droit de se servir des eaux du canal et d'en tirer profit pour la mise en jeu des usines qu'il jugera utile d'établir sur son parcours, à charge pour lui de se conformer aux lois et règlements sur la police des cours d'eau et de satisfaire, avant tout, aux besoins de l'irrigation".

5. Il résulte de l'instruction que le département de la Haute-Garonne a ainsi conclu avec la société Hydro-Exploitations, d'une part le 15 janvier 1954 une convention d'aménagement et d'exploitation de l'usine hydro-électrique de Labastidette utilisant la chute dite " Rapide " de Labastidette, laquelle a fait l'objet de deux avenants le 11 avril 1967 et le 17 novembre 2014, et a été complétée par le décret du 29 septembre 1975 pris par le ministre de l'industrie et de la recherche concédant à la société Hydro-Exploitations l'activité de production et de vente d'énergie électrique, le cahier des charges établi le 1er mars 1976 stipulant que ladite concession expirait le 31 décembre 2014.

6. Le département de la Haute-Garonne a conclu avec cette même société Hydro-Exploitations, d'autre part, le 3 avril 1956, une convention d'aménagement et d'exploitation des " chutes de Mondavezan " situées entre les points 15.739 et 18.300 pour la production et la vente d'électricité pour une durée de 30 ans renouvelable. Une nouvelle convention ayant le même objet a été conclue le 21 mai 1989 pour une durée de 30 ans, expirant le 21 mai 2019.Cette convention a fait l'objet d'un avenant le 17 novembre 2014 pour notamment, prendre en compte l'adhésion du département de la Haute-Garonne au Syndicat Mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne par délibération du 16 septembre 2009 et le transfert de compétences y afférant concernant notamment la gestion du canal de Saint-Martory, complété par le procès-verbal du 9 janvier 2012 décidant la mise à disposition du Syndicat mixte des eaux et de l'assainissement (SMEA) de la Haute-Garonne par le département de la Haute-Garonne des biens nécessaires à l'exercice de ces compétences ainsi dévolues.

7. Au vu de ce qui précède, le SMEA Réseau 31 estime que la société Hydro-Exploitations, à l'expiration des concessions " de travaux publics et de services " conclues avec le département de la Haute-Garonne, occupe sans titre le domaine public constitué par le canal de Saint-Martory et demande au juge des référés son expulsion sur le fondement de l'article L.521-3 du code de justice.

8. Toutefois, ni les faits portant sur l'obturation de la vanne de régulation sur la centrale de Labastidette, alors qu'ils sont contestés, ni l'expiration des conventions ne suffisent à caractériser une situation d'urgence alors qu'en outre, il ne résulte pas de l'instruction que la société Hydro-Exploitations n'aurait plus la qualité d'exploitant lui donnant droit à occupation du domaine public ainsi qu'au demeurant l'attestent les avis de paiement des redevances émis en 2019, 2020 et 2021 par le syndicat requérant. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, que par arrêté du 7 novembre 2017, le préfet de la Haute-Garonne a maintenu pour la société Hydro-Exploitations le droit d'exploitation des ouvrages de Labastidette sur le canal de Saint-Martory, tenant lieu de titre d'occupation temporaire du domaine public de l'Etat. Cette autorisation a été délivrée pour une durée de deux ans renouvelable par tacite reconduction. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, cet arrêté ne serait plus en vigueur. La mesure sollicitée sur le fondement de l'article L521-3 du code de justice administrative ferait ainsi obstacle à la mise en œuvre d'une décision exécutoire. Enfin, par courrier du 12 juillet 2022, le syndicat a informé le préfet de la Haute-Garonne des dysfonctionnements qu'il impute à la société Hydro-Exploitations. Il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, le préfet, en sa qualité d'autorité administrative de la police de l'eau, ne ferait pas droit à sa demande, rendant ainsi la mesure sollicitée au juge des référés, dans la présente instance, dépourvue d'utilité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions prévues par l'article L.521-3 du code de justice administrative ne peuvent être regardées comme étant remplies. Par suite, la demande présentée par le SMEA Réseau 31 tendant à l'expulsion de la société Hydro-Exploitations doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société Hydro-Exploitations, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme réclamée par le SMEA Réseau 31 au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par la société Hydro Exploitations.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête présentée par le Syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne (SMEA) Réseau 31 est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Hydro-Exploitation en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3: La présente ordonnance sera notifiée au syndicat mixte de l'eau et de l'assainissement de la Haute-Garonne (SMEA) Réseau31 et à la société Hydro Exploitations.

Fait à Toulouse, le 30 août 2022.

La juge des référés,La greffière,

F. PERRINS. GUÉRIN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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