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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204541

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204541

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAGORCE & BILLIAUD AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 5 août 2022 et 11 avril 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Panfili, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 1er août 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Caussade a prononcé sa révocation ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Caussade à l'indemniser des préjudices économiques et moraux qui résultent de cette décision ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Caussade la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du 1er août 2022 est entachée d'un vice de procédure ; elle méconnait les dispositions de l'article 2 du décret n° 89-822 dès lors qu'elle n'a pas bénéficié du délai règlementaire de quinze jours pour organiser sa défense avant la tenue du conseil de discipline ;

- la sanction est disproportionnée ;

- elle peut prétendre au versement d'une indemnité pour réparation de son préjudice économique équivalente à la perte de traitement de la date de la révocation à la date de sa réintégration ;

- le montant de son préjudice moral peut être évalué à 3 000 euros.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 16 mars 2023 et le 29 novembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le centre hospitalier de Caussade, représenté par Me Lagorce, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une lettre en date du 23 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de Mme A en l'absence de demande préalable adressée au centre hospitalier de Caussade et d'une décision de celui-ci l'ayant rejetée.

Une réponse à ce moyen d'ordre public, présentée pour Mme A, a été enregistrée le 23 novembre 2023 et a été communiquée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations Me Panfili, représentant Mme A, et de Me Lagorce, représentant le centre hospitalier de Caussade.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée par le centre hospitalier de Caussade à compter de l'année 2014 sous couvert d'un contrat à durée indéterminée. Par décision du 11 juillet 2018, elle a été titularisée, à compter du 1er février 2018, dans le grade d'adjoint administratif de 2ème classe et affectée au sein du service des ressources humaines sur le site de Negrepelisse en qualité de gestionnaire des ressources humaines (" gestionnaires RH "). Par lettre du 16 décembre 2020, elle a transmis à son employeur une déclaration d'accident de travail relative à des troubles psychologiques consécutifs à une réunion de service ayant eu lieu le 26 novembre 2020 avec la directrice de l'établissement et la directrice adjointe des ressources humaines, la responsable des ressources humaines ainsi que les trois autres gestionnaires du service des ressources humaines. Par une décision en date du 28 juin 2022, la directrice de l'établissement a reconnu l'imputabilité au service de l'accident survenu le 26 novembre 2020 et placé Mme A en congé pour invalidité temporaire imputable au service (CITIS), à compter du 5 décembre 2020 jusqu'à la fin de l'enquête administrative. Par une lettre du 11 juillet 2022, cette même autorité a informé Mme A que le conseil de discipline ne s'était pas accordé sur le prononcé d'une sanction à son encontre. Par une décision du 1er août 2022, ladite autorité a toutefois prononcé la sanction de révocation. Par une ordonnance n° 2204535 du 1er septembre 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu cette décision et enjoint au centre hospitalier de Caussade de rétablir l'intéressée dans ses droits. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 1er août 2022 et de condamner le centre hospitalier à l'indemniser du préjudice économique et moral ayant résulté de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". Aux termes des dispositions de l'article 81 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière en vigueur à la date de la décision en litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes. / Premier groupe : / l'avertissement, le blâme ; / Deuxième groupe : / la radiation du tableau d'avancement, l'abaissement d'échelon, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de quinze jours, le déplacement d'office ; / Troisième groupe : / la rétrogradation, l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d'office, la révocation. "

3. D'une part, en l'absence de disposition législative contraire, l'autorité investie du pouvoir disciplinaire, à laquelle il incombe d'établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public, peut apporter la preuve de ces faits devant le juge administratif par tout moyen. Toutefois, tout employeur public est tenu, vis-à-vis de ses agents, à une obligation de loyauté. Il ne saurait, par suite, fonder une sanction disciplinaire à l'encontre de l'un de ses agents sur des pièces ou documents qu'il a obtenus en méconnaissance de cette obligation, sauf si un intérêt public majeur le justifie. Il appartient au juge administratif, saisi d'une sanction disciplinaire prononcée à l'encontre d'un agent public, d'en apprécier la légalité au regard des seuls pièces ou documents que l'autorité investie du pouvoir disciplinaire pouvait ainsi retenir.

4. La requérante fait valoir que le centre hospitalier a recueilli des éléments dans sa messagerie électronique, en son absence et sans qu'elle n'en ait été au préalable informée, alors que les courriels dont s'agit étaient strictement personnels et n'avaient pas vocation à être dévoilés, et qu'il a ce faisant méconnu son obligation de loyauté. Toutefois, les courriels adressés ou reçus à l'aide de l'outil informatique mis à sa disposition par l'employeur sont présumés avoir un caractère professionnel et que l'employeur est en droit de les ouvrir hors la présence de l'intéressée sauf s'ils sont identifiés comme personnels. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier a accédé à la messagerie électronique de Mme A en raison de son absence prolongée et de la nécessité de traiter les messages dont elle a été destinataire pendant son absence. Ainsi, la consultation de ces courriels dont l'objet n'était pas identifié comme étant personnel, n'est pas contraire à l'obligation de loyauté de l'employeur public et le centre hospitalier a pu dès lors légalement se fonder sur ces éléments, lesquels contenaient au demeurant des précisions suffisantes pour permettre à Mme A de présenter utilement des observations.

5. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. La sanction de révocation prononcée à l'encontre de Mme A est fondée sur un manquement à son devoir de réserve, à son devoir d'obéissance hiérarchique, et sur la méconnaissance de plusieurs dispositions de la charte informatique.

7. Il ressort des extraits de mails produits par le centre hospitalier que Mme A et ses deux collègues gestionnaires RH ont tenu à plusieurs reprises des propos discourtois, grossiers et inappropriés à l'égard tant de leur hiérarchie que de certains autres agents, par le biais de la messagerie électronique professionnelle. Ces faits, commis sur le temps de service, doivent être regardés comme établis et présentent un caractère fautif. Toutefois, ils ne justifient pas une sanction de révocation, eu égard aux appréciations favorables dont l'intéressée a pu faire l'objet au cours de sa carrière, à l'absence de sanction disciplinaire ou mise en garde prononcée préalablement à son encontre, aux témoignages favorables établis par certains de ses collègues ainsi qu'au contexte dans lequel ces propos ont été échangés entre collègues d'un même service, caractérisé par la situation de crise sanitaire, une forte contrainte financière et des tensions au sein du service ressources humaines, en lien avec la réorganisation de celui-ci et, plus largement, de deux établissements en direction commune. Ainsi, et alors que la teneur de ces propos n'a pu être révélée que par une action de l'administration, Mme A est fondée à soutenir que la sanction de révocation appliquée par le centre hospitalier de Caussade est disproportionnée au regard de la gravité des faits reprochés.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er août 2022 par laquelle la directrice du centre hospitalier de Caussade a prononcé à son encontre une sanction de révocation.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans et ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : 1º) Donner acte des désistements () ".

10. A la suite de la demande de régularisation qui lui a été adressée le 23 novembre 2023 par le tribunal, tendant à ce qu'elle régularise sa requête par la production d'une demande indemnitaire préalable, Mme A a expressément indiqué qu'elle ne formulait que des conclusions en excès de pouvoir. Ce faisant, elle doit être regardée comme s'étant désistée de ses conclusions indemnitaires. Ce désistement étant pur et simple, il y a lieu de lui en donner acte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, quelle que somme que ce soit au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Caussade et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 500 euros au titre des même frais engagés par Mme A.

D E C I D E :

Article 1er : Il est donné acte à Mme A de son désistement de ses conclusions indemnitaires.

Article 2 : La décision du 1er août 2022 par laquelle le centre de Caussade a prononcé à son encontre une sanction de révocation est annulée.

Article 3 : Le centre hospitalier de Caussade versera à Mme A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié Mme B A et au centre hospitalier de Caussade.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

C. PEAN

La présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de Tarn et Garonne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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