mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204558 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GAMARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 août 2022, M. A C, représenté par Me Gamard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer dès la notification de la décision à intervenir un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 4. de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dès la notification de la décision à intervenir, dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. C soutient, outre que la requête est recevable, que :
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ; ce vice de procédure l'a privé d'une garantie substantielle ;
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 314-14 du même code ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est dépourvue de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 octobre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 16 août 1998, est entré en France selon ses déclarations le 9 septembre 2016. Il est le père d'un enfant français né le 2 juin 2018 de sa relation avec une ressortissante française. M. C a sollicité le 10 mars 2020 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de cette décision ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. C.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision attaquée, le préfet de la Haute-Garonne a saisi la commission du titre de séjour, laquelle s'est réunie le 1er décembre 2021, en présence de M. C, régulièrement convoqué, et de son avocat. Le requérant ne saurait ainsi sérieusement soutenir que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de consultation de cette commission.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 4. Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
7. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. C a été condamné le 28 mars 2019 par la cour d'appel de Montpellier à 2 ans d'emprisonnement dont 6 mois avec sursis pour menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire, dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou la décoration publique et violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité. Il a également fait l'objet le 13 avril 2021 d'une condamnation à 6 mois d'emprisonnement pour détention non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants. Ces faits caractérisent le comportement de M. C comme étant une menace à l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier que la commission du titre de séjour a émis le 1er décembre 2021 un avis défavorable à la délivrance d'un titre de séjour à M. C. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne pouvait, pour ce seul motif de menace à l'ordre public, refuser de délivrer à M. C un certificat de résidence algérien.
8. Ensuite, il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. C en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Haute-Garonne ne s'est pas fondé sur l'absence de contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant, mais sur le seul motif, non sérieusement contesté, tiré de ce que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, M. C, qui au demeurant ne le démontre pas par les pièces produites à l'appui de la requête, ne peut utilement soutenir qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de son fils.
9. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la demande de titre de séjour formée par M. C, que celui-ci aurait sollicité son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale, ou son admission exceptionnelle au séjour en raison de motifs exceptionnels ou de circonstances humanitaires. Il ne ressort pas non plus de la décision attaquée que le préfet aurait examiné d'office si M. C pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ces fondements. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au demeurant abrogées depuis le 1er mai 2021, doit en tout état de cause être écarté comme inopérant.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France selon ses déclarations en septembre 2016, à l'âge de 18 ans. Il est célibataire et ne justifie pas, par les pièces produites à l'appui de la requête, contribuer à l'entretien et à l'éducation de son fils de nationalité française né le 2 juin 2018. Il n'établit pas non plus, par la production de quelques photographies et d'un calendrier fixant les dates de visites médiatisées avec son fils pour les mois de mars et avril 2022, l'intensité et la stabilité de ses relations avec cet enfant. Il se prévaut de relations privées et amicales, sans préciser la nature de telles attaches. Eu égard à la menace pour l'ordre public que représente le requérant, au regard des éléments mentionnés au point 7 du présent jugement, et alors que comme il vient d'être dit, il n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son fils, la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
13. Les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le seul moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tiré de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. C à quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
14. Les conclusions à fin d'annulation de M. C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
15. Les conclusions de M. C tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gamard et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026