vendredi 12 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204618 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FRANCOS |
Vu la procédure suivante :
E une requête, enregistrée le 8 août 2022 et deux pièces complémentaires enregistrées le 10 août 2022, M. A C, représenté E Me Francos, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté en date du 6 août 2022 du préfet du Tarn portant obligation de quitter le territoire français sans délai, portant fixation du pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux mois et l'arrêté du même jour prise E la même autorité portant assignation à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros E jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de la justice administrative et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
4°) d'enjoindre le préfet du Tarn à supprimer son inscription aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens et la somme de 2000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de condamner l'Etat à verser cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale puisque fondée sur une décision portant refus de séjour ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation puisqu'elle est confondue avec la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux mois :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est fondée sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est privé de base légale dans la mesure où il est fondé sur la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
E un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, faute de la production de la décision attaquée, et, à titre subsidiaire, que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jozek, magistrat désigné,
- les observations de Me Zemihi substituant Me Francos, représentant M. C, absent, qui conclut aux mêmes fins et précise que l'article R. 776-18 du code de justice administrative prévoit que la décision attaquée n'a pas à être produite E le requérant, que la requête est donc recevable. Me Zemihi soulève des nouveaux moyens tirés de ce que l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, de défaut d'examen, et de violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention de New York, aux motifs que M. C a fui son pays en raison de craintes quant à son intégrité physique, qu'il est présent en France depuis trois ans, que son épouse et leur fille l'ont rejoint à Albi en janvier 2022, qu'ils sont hébergés E le Secours Catholique, qu'il est en train de préparer une demande de titre de séjour pour le travail, que la compagne du requérant a déposé une demande d'asile qui est aujourd'hui encore examinée, que cette décision de rejet n'a pas été notifiée, et que l'intérêt de leur fille fait obstacle à ce que M. C soit renvoyé en Géorgie,
- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien né le 22 août 1985 à Zestaphoni (Géorgie) déclare être entré le 19 juin 2019 et a sollicité le bénéficie de l'asile. E un arrêté du 22 janvier 2020, le préfet du Tarn-et-Garonne a édicté une décision portant obligation de quitter le territoire français. Il a sollicité une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié auprès de la préfecture du Tarn, qui a refusé sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français le 31 mars 2021, confirmé E le tribunal de céans le 19 mai 2022. Le 6 août 2022, le préfet du Tarn a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. E un arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. E la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit E le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit E la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
3. Aux termes de l'article R. 776-1 du code de justice administrative : " Sont présentées, instruites et jugées selon les dispositions du chapitre IV du titre I du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 732-8 du même code, ainsi que celles du présent code, sous réserve des dispositions du présent chapitre, les requêtes dirigées contre : 1° Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, prévues aux articles L. 241-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les décisions relatives au séjour notifiées avec les décisions portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article R. 776-14 de ce code : " La présente section est applicable aux recours dirigés contre les décisions mentionnées à l'article R. 776-1, lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence ". Aux termes de l'article R. 776-18 du même code : " La requête est présentée en un seul exemplaire. () Les décisions attaquées sont produites E l'administration. ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées des articles R. 776-1, R. 776-14 et R. 776-18 du code de justice administrative que, E dérogation à l'article R. 412-1 du même code, il incombe à l'administration de produire la décision attaquée en cas de recours formé contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prises sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lorsque l'étranger est assigné à résidence. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée E le préfet et tirée du défaut de production des arrêtés attaqués ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
5. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue E la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué E ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "
7. Il ressort des pièces du dossier que M. C est marié avec Mme D et père de B C, qui résident tous à une adresse commune à Albi. Mme D et leur fille, B, ont déposé une demande d'asile qui a fait l'objet d'un examen E l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides. S'il résulte de la consultation de l'application TelemOfpra qu'une décision de rejet a été prise le 30 juin 2022, elle n'avait pas été notifiée à la date de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français de M. C. Dès lors, à la date de l'édiction de cet arrêté, Mme D et sa fille bénéficiaient du droit de se maintenir sur le territoire français en leur qualité de demandeuses d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment des attestations d'hébergement du secours catholique que ces dernières résident à la même adresse que M. C. Ainsi, le requérant, son épouse et leur fille B, doivent être regardés comme formant une même cellule familiale. Il est, dès lors, au regard du respect au droit à la vie privée et familiale du requérant, de l'intérêt supérieur de l'enfant B, que M. C, qui vit avec son épouse et sa fille et qui a la même nationalité, demeure sur le territoire français dans le cadre de la procédure relative à la demande d'asile. E suite, en prenant à l'encontre de M. C une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet du Tarn a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 août 2022 du préfet du Tarn portant obligation de quitter le territoire français et, E voie de conséquence, les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux mois et l'arrêté du même jour portant assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet du Tarn procède au réexamen de la situation de M. C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dès la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Il y a également lieu d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen de M. C.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Francos de la somme totale de 1 250 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. C.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet du Tarn du 6 août 2022 sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Il est enjoint au préfet du Tarn de supprimer son inscription aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle provisoire et sous réserve que Me Francos renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Francos une somme totale de 1 250 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C E le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 250 euros sera versée à M. C.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Francos et au préfet du Tarn.
Rendu public E mise à disposition au greffe le 12 août 2022.
Le magistrat désigné,
F. JOZEK La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
N°2204618
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026