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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204619

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204619

vendredi 12 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 août 2022 et un mémoire en production de pièces, enregistré le 10 août 2022, M. E D, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile et l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence dans le département de la Haute-Garonne ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de 24 heures suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens ainsi qu'une somme de 1 500 euros, à titre principal, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités croates :

- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation en fait ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation dès lors qu'il ne mentionne pas sa situation personnelle ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté a été pris en violation du droit de présenter des observations avant l'édiction de la mesure et en violation du principe du contradictoire ;

- le préfet n'établit pas que les autorités françaises ont formulé une demande aux fins de reprise en charge, ni que les autorités croates ont accepté cette demande, en méconnaissance des dispositions des articles 24 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- l'arrêté ne comporte pas les mentions obligatoires relatives aux informations tirées de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en particulier la possibilité de la mise en œuvre du transfert par ses propres moyens ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande eu égard aux dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et s'est estimée liée par la seule circonstance que sa demande d'asile semblait relever de la compétence des autorités croates ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles 17.1 et 17.2 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors qu'il dispose de circonstances particulières pour bénéficier de la clause discrétionnaire.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté est entaché d'un défaut de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant transfert aux autorités croates.

Par des pièces envoyées le 9 août 2022 un mémoire en défense enregistré le 10 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cohen, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant est ressortissant afghan, qu'il a fui son pays d'origine, que sa famille est réfugiée en Iran, qu'il est entré en France le 10 juin 2022, qu'il a présenté une demande d'asile, que le préfet a estimé que la Croatie était responsable de sa demande d'asile, que le requérant s'est présenté trois fois à la frontière croate, qu'il a été refoulé à deux reprises, que la préfecture n'a pas fait application de l'article 3.2 du règlement Dublin III, qu'il existe pourtant des défaillances systémiques importantes en Croatie en ce qui concerne les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qu'un article d'Amnesty International relève que les autorités croates privent les étrangers du droit de demander l'asile, que le rapport de la commission pour la prévention de la torture (CTP) a relevé des refoulements systématiques à la frontière, des renvois forcés illégaux, des violences policières, que le tribunal administratif fédéral suisse a à deux reprises refusé le transfert d'un étranger vers la Croatie au motif que les conditions de renvois (" push-back ") n'étaient toujours pas clarifiées, que tous ces éléments permettent d'établir la réalité des défaillances systémiques, que le requérant a expliqué que lui et son compagnon se sont vus priver de leur téléphone, qu'ils ont subi des violences et ont été refoulés, que ces refoulements sont prohibés par la Convention du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, qu'il est entré la troisième fois, qu'il s'est vu prendre ses empreintes de force, que la préfecture aurait donc dû appliquer l'article 3 du règlement Dublin III, que le préfet a refusé de faire jouer la clause de l'article 17 du règlement, que la préfecture affirme que la Croatie a accepté la reprise en charge de M. D, que le courrier des autorités croates n'est cependant pas aussi clair, que le courrier indique que la Croatie accepte de reprendre en charge l'intéressé uniquement pour poursuivre la détermination de l'Etat responsable de la demande d'asile, que cela pose une difficulté au regard de l'article 3 et l'effectivité de l'examen de la demande d'asile du requérant, que M. D entendait demander l'asile en France,

- les observations de M. D, assisté de M. B C, interprète en dari, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 18 mai 1994 à Ghazni (Afghanistan), de nationalité afghane, alias F, né le 18 mai 1998, déclare être entré sur le territoire français le 10 juin 2022. Lors de l'enregistrement de son dossier complet de demande d'asile le 23 juin 2022, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une demande similaire en Croatie le 11 mai 2022. Par deux arrêtés du 8 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités croates et l'a assigné à résidence. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités croates :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ". Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement du 26 juin 2013 et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère de détermination dont il est fait application.

4. L'arrêté attaqué du 8 août 2022 prononçant le transfert de M. D aux autorités croates vise le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, relève le caractère irrégulier de son entrée en France, indique qu'il s'est présenté devant les services de la préfecture de la Haute-Garonne le 23 juin 2022 pour y formuler une demande d'asile et précise que le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait fait l'objet d'un contrôle de police et qu'il avait introduit une demande similaire en Croatie le 11 mai 2022. L'arrêté indique par ailleurs que les autorités croates, saisies le 6 juillet 2022 sur le fondement de l'article 18.1 b) de ce règlement, ont donné leur accord à la reprise en charge de M. D le 20 juillet 2022 sur la base de l'article 20.5 de ce même règlement. Il mentionne enfin que la volonté de l'intéressé de se maintenir en France est motivée principalement par le fait qu'il déclare que ses empreintes ont été prises de force par la police croate de manière violente. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui permet d'identifier que la préfecture a entendu faire application du critère de détermination prévu à l'article 18.1 b) du règlement, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 prévoit que le demandeur d'asile doit se voir remettre une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application dudit règlement, et, en tout état de cause, avant la décision par laquelle l'autorité administrative refuse l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de cette information, la remise de la brochure commune prévue par les dispositions précitées constitue une garantie pour le demandeur d'asile.

7. Il ressort des pièces produites en défense que le requérant s'est vue remettre, le 23 juin 2022, jour de l'enregistrement de sa demande, outre le guide du demandeur d'asile en France et le document d'information relatif aux empreintes digitales et au système Eurodac, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de ma demande d'asile ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", traduits par un interprète en langue dari, qu'il a déclaré comprendre, ainsi qu'en atteste sa signature portée sans réserve sur lesdites brochures. Ces deux brochures constituent la brochure commune prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel () est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été reçu en entretien le 23 juin 2022. Le résumé, produit en défense, mentionne que l'entretien a été mené par un agent qualifié de la préfecture de la Haute-Garonne par le biais d'un interprète d'ISM interprétariat en langue dari, comprise par le requérant et rien ne laisse supposer que l'entretien ne se serait pas tenu dans le respect des prescriptions susvisées ou que le requérant n'aurait pas été mis à même de présenter toutes les observations utiles sur sa situation personnelle. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 précité doit être écarté.

10. En cinquième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point précédent, un entretien individuel a été accordé à M. D le 23 juin 2022, à l'occasion duquel l'intéressé a notamment pu faire part de sa situation personnelle, de ses conditions d'entrée, et exposé les raisons pour lesquelles il ne souhaitait pas retourner en Croatie. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas sérieusement allégué qu'il aurait été privé de la possibilité de faire valoir utilement ses observations, M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux aurait été pris en méconnaissance du principe du contradictoire et de son droit à présenter des observations, reconnu par les dispositions codifiées à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et non, d'ailleurs, à l'article L. 211-5 de ce code.

11. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'administration a adressé, le 6 juillet 2022 une demande de reprise en charge aux autorités croates via le réseau de communication " DubliNet ". Contrairement à ce que soutient le requérant, les autorités croates ont bien, par leur courrier en date du 20 juillet 2022, donné leur accord à la reprise en charge de l'intéressé. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet n'apporte pas la preuve de la saisine des autorités croates aux fins de reprise en charge ni de leur accord. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 24 et 25 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.

12. En septième lieu, contrairement à ce que soutient M. D, les dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ne faisaient pas obligation au préfet de la Haute-Garonne de l'informer de la possibilité qu'il avait de se rendre en Croatie par ses propres moyens. Si le requérant soutient n'avoir reçu aucune information quant à la date et au lieu auxquels il devait se présenter, il ne justifie pas avoir informé l'administration de son intention de se rendre en Croatie par ses propres moyens. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure invoqué en ce sens doit être écarté.

13. En huitième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas apprécié l'opportunité d'appliquer les clauses discrétionnaires prévues par les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et qu'il se serait estimé lié par la compétence des autorités croates. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

14. En neuvième lieu, aux termes du deuxième paragraphe de l'article 3 du

règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 visé ci-dessus : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable (). ".

15. M. D soutient qu'il existe des défaillances systémiques importantes en Croatie en ce qui concerne les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, à l'appui de ses allégations, à l'audience, il évoque un article d'Amnesty International qui relève que les autorités croates privent les étrangers de demander l'asile ainsi que le rapport de la commission pour la prévention de la torture qui a relevé des refoulements systématiques à la frontière, des renvois forcés illégaux, des violences policières. Il mentionne également que le tribunal administratif fédéral suisse a, à deux reprises, refusé le transfert d'un étranger vers la Croatie au motif que les conditions de renvois n'étaient toujours pas clarifiées. Toutefois, il n'établit pas cependant, par les pièces qu'il produit, qu'il ne serait pas accueilli par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que ce pays est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3.2 du règlement UE n° 604/2013 doit être écarté.

16. En dixième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée à chaque Etat membre, par les dispositions précitées, de décider d'examiner une demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ledit règlement, ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

17. M. D soutient qu'il justifie de motifs humanitaires en raison des risques qu'il encourt d'être renvoyé de force dans son pays d'origine où il a été contraint à l'exil. Toutefois, l'arrêté en litige a seulement pour objet de renvoyer l'intéressé en Croatie et non dans son pays d'origine et il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités croates n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Afghanistan. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant son transfert aux autorités croates, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

18. En premier lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et précise notamment que M. D fait l'objet d'une décision de transfert aux autorités croates dont l'exécution demeure une perspective raisonnable, eu égard à l'accord de transfert des autorités croates du 20 juillet 2022, valable six mois. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet mentionne que l'intéressé justifie actuellement d'une domiciliation postale à Toulouse et que, dès lors, il pouvait être assigné à résidence dans cette commune. Cet arrêté est, par suite, suffisamment motivé.

19. En second lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision prononçant le transfert aux autorités croates de M. D doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités croates et l'arrêté du même jour par lequel il a été assigné à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

21. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction et l'astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cohen la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

23. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. D sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Cohen et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 août 202Le magistrat désigné,

F. A La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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