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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204729

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204729

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par une requête enregistrée le 12 août 2022 sous le n° 2204729 et des pièces complémentaires enregistrées le 18 août 2022 et le 19 septembre 2022. M B E, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour,

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de prendre toutes les mesures nécessaires propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens du procès et le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, le versement de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux,

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète s'est cru à tort liée par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale,

- elle est entachée d'un défaut de motivation,

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux,

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

- il présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire national pendant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II - Par une requête enregistrée le 12 août 2022 sous le n° 2204730 et des pièces complémentaires enregistrées le 18 août 2022, Mme A C, représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 25 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Ariège l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à tout le moins, de procéder à au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour,

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de prendre toutes les mesures nécessaires propres à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen à compter de la notification du jugement à intervenir ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens du procès et le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, le versement de cette même somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux,

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète s'est cru à tort liée par la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale,

- elle est entachée d'un défaut de motivation,

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux,

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,

En ce qui concerne la demande de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle présente des éléments sérieux de nature à justifier son maintien sur le territoire national pendant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M E et Mme C qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et produit à l'audience des pièces complémentaires, notamment des pièces médicales concernant les intéressés,

- les observations M E et Mme C assistés de Mme Farjik'ia, interprète en langue géorgienne, qui répondent aux questions du magistrat,

- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant géorgien né le 11 décembre 1976 à Zeztaphohi (URSS) et Mme C, ressortissante géorgienne née le 7 mai 1988 à Martvili (URSS), sont entrés sur le territoire français le 26 novembre 2021 et ont sollicité l'asile le 28 décembre 2021. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande le 29 avril 2022 Par des arrêtés du 25 juillet 2022, la préfète de l'Ariège les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et les a interdits de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par leur requête, M E et Mme C demandent, à titre principal, l'annulation de ces arrêtés, et à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français prises à leur encontre.

2. Les requêtes susvisées n° 2204729 et 2204730 concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles mentionnent avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles elles se fondent, rappelant en particulier les conditions d'entrée et de séjour des requérants sur le territoire français, les étapes de leur procédure d'asile et les éléments liés à leurs vie privée et familiale. Dès lors, les décisions contestées sont suffisamment motivées.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des autres pièces des dossiers, que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux des situations personnelles des intéressés.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E et Mme C ne sont présents sur le territoire français que depuis novembre 2021 et qu'ils n'y ont pas d'attaches particulières. S'ils se prévalent d'avoir réalisé des actions de bénévolat au sein d'organismes associatifs, ces éléments ne suffisent pas à démontrer qu'ils ont fixé le centre de leurs intérêts privés en France, alors qu'il est constant qu'ils ne sont pas dépourvus d'attaches dans leur pays d'origine, où ils ont vécu jusqu'aux âges de quarante-quatre et trente-trois ans, et où résident, selon leurs déclarations auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, deux des sœurs de M. E, et les parents et les deux frères de Mme C. Par ailleurs, si M E fait état d'un syndrome de stress post traumatique en lien avec les événements vécus en Géorgie, ni la note psychologique le concernant, ni les éléments à caractère médical produits à l'instance ne permettent d'établir que M. E serait atteint d'une pathologie à l'égard de laquelle l'absence de traitement pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité Au surplus, il est constant que le requérant n'a jamais sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé. Dans ces conditions, la préfète de l'Ariège n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation des intéressés.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français " l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

8. Il résulte des motifs cités au point 6 du présent jugement que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. E méconnaîtrait les dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, les arrêtés en litige visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indiquent que M. E et Mme C n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans leur pays d'origine. Dès lors, les décisions contestées sont suffisamment motivées.

11. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni des pièces des dossiers que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M E et de Mme C ou se serait crue en situation de compétence liée par les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Et selon l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En l'espèce, M. E et Mme C soutiennent qu'ils encourent des risques de subir des persécutions au regard de l'engagement politique et des fonctions d'élu local que M. E a occupées en Géorgie, présentées dans ses écritures et à l'audience comme des fonctions de député, en raison de son appartenance au parti " Géorgie Européenne " et de son opposition aux représentants locaux du parti du " Rêve Géorgien ", et notamment de son refus d'être corrompu et de renoncer à se présenter aux élections. Les requérants, et notamment M. E, font valoir qu'ils ont fait l'objet à cet égard de menaces à plusieurs reprises, qui ont conduit le requérant à être victime d'un accident vasculaire cérébral et d'un stress post-traumatique, et que la maison des parents de Mme C a fait l'objet d'une perquisition à des fins d'intimidation. Toutefois, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté leur demande, et s'ils produisent des nouveaux éléments, notamment un témoignage et la traduction d'un message téléphonique court et de deux messages vocaux de menaces de mort qui auraient été adressés à M. E, ceux-ci ne permettent pas d'établir, en l'état de l'instruction, qu'ils sont exposés de façon personnelle, directe et actuelle, à des risques sérieux pour leur vie, leur sécurité ou leur liberté en cas de retour en Géorgie. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français seraient privées de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui énoncent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent, sont suffisamment motivées.

16. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des arrêtés attaqués, ni des pièces des dossiers, que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux des situations personnelles des intéressés.

17. En quatrième et dernier lieu, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

18. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que les requérants ne justifient ni d'une ancienneté de séjour significative ni de liens particuliers en France. Par suite, et nonobstant l'absence de précédentes mesures d'éloignement et de menaces pour l'ordre public que représenterait leur présence sur le territoire français, en prenant à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée limitée à un an, la préfète de l'Ariège n'a pas commis une inexacte application des dispositions précitées des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, les moyens invoqués à cet égard tirés de ce que les décisions seraient entachées d'une erreur de droit ne peuvent qu'être écartés.

19 Il résulte de tout ce qui précède que M. E et Mme C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés de la préfète de l'Ariège en date du 25 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

20. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. "

21. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande d'asile, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus postérieurement à la décision de l'OFPRA ou à l'obligation de quitter le territoire français.

22. En l'espèce, le récit circonstancié que les requérants ont développé à l'audience, corroboré par l'ensemble des pièces produites, qui sont postérieures aux décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et notamment un nouveau témoignage compatible avec leurs déclarations et la traduction d'un message téléphonique court et de deux messages vocaux de menaces de mort qui auraient été adressés M. E, n'est pas dépourvu de crédibilité quant aux menaces dont ils se disent victimes. Dans ces conditions, ils peuvent être regardés comme apportant des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de leur demande d'asile, leur maintien sur le territoire français durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Ils sont donc fondés à demander la suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur leur recours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E et Mme C n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions qu'ils présentent aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

24. Sous réserve de l'admission définitive des requérants à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de leur avocate à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme globale de 1 500 euros à Me Kosseva-Venzal. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux intéressés par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1500 euros leur sera versée directement.

25. Enfin, la présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par les requérants sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : M. E et Mme C sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français est suspendue jusqu'à la date de lecture des décisions de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la notification de celles-ci.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive des requérants à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de leur avocate à percevoir les sommes correspondant à la part contributive de l'Etat, celui-ci versera la somme globale de 1 500 euros à Me Kosseva-Venzal. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée aux intéressés, la somme de 1500 euros leur sera versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Mme A C, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

B. D La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

2, 2204730

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