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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2204742

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2204742

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2204742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. A une requête, enregistrée le 12 août 2022 sous le n° 2204742 et un mémoire, enregistré 8 septembre 2022, M. I B, représenté A Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 de la préfète de l'Ariège portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 de la préfète de l'Ariège portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 de la préfète de l'Ariège portant fixation des modalités de contrôle et obligations liées à l'assignation à résidence ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour avec droit au travail ou à tout le moins de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros A jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

6°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de mettre fin à la mesure d'assignation à résidence ;

7°) à titre subsidiaire, de renvoyer en formation collégiale les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour du 1er juillet 2022 ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que la somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une défaut d'examen de sa situation familiale et privée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est présent en France depuis plus de quatre ans, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale compte-tenu de sa présence en France depuis quatre ans, alors qu'il est suivi A un psychiatre et qu'il est diabétique, que son fils ainé bénéficie d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français, qu'il est intégré dans la société française en raison de ses activités bénévoles et de sa maîtrise de la langue française et qu'il justifie d'une promesse d'embauche ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 611-3 (9°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant remise de passeport :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant présentation personnelle deux fois A semaine au commissariat de police :

- la préfète ne précise pas la durée de la mesure alors même qu'elle doit être limitée dans le temps ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence du 7 septembre 2022 :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- la préfète a commis un détournement de procédure dès lors qu'elle le prive de la possibilité que son affaire soit soumise aux règles contentieuses de droit commun et notamment aux règles liées au contentieux des refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation des modalités de contrôle du 8 septembre 2022 :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle ne justifie pas la perspective raisonnable de la mesure ;

- la préfète a confondu les conditions d'assignation à résidence et de rétention administrative ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'un détournement de la procédure et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

A une pièce et un mémoire en défense, enregistrés les 8 et 9 septembre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. A une requête, enregistrée le 12 août 2022 sous le n° 2204744, et un mémoire enregistré le 8 septembre 2022, Mme H J épouse B, représentée A Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 de la préfète de l'Ariège portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;

3°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 de la préfète de l'Ariège portant assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 de la préfète de l'Ariège portant fixation des modalités de contrôle et obligations liées à l'assignation à résidence ;

5°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour avec droit au travail ou à tout le moins de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros A jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

6°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de mettre fin à la mesure d'assignation à résidence ;

7°) à titre subsidiaire, de renvoyer en formation collégiale les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour du 1er juillet 2022 ;

8°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que la somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle. Dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale compte-tenu de sa présence en France depuis quatre ans, alors qu'elle est présente en France avec son époux et leurs trois enfants, que son fils aîné bénéficie d'un titre de séjour en tant que parent d'enfant français, qu'elle est intégrée dans la société française en raison de ses activités bénévoles et de sa maîtrise de la langue française et que son époux justifie d'une promesse d'embauche ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

En ce qui concerne la décision portant remise de passeport :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision portant présentation personnelle deux fois A semaine au commissariat de police :

- la préfète ne précise pas la durée de la mesure alors même qu'elle doit être limitée dans le temps ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence du 7 septembre 2022 :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- la préfète a commis un détournement de procédure dès lors qu'elle la prive de la possibilité que son affaire soit soumise aux règles contentieuses de droit commun et notamment aux règles liées au contentieux des refus de titre de séjour assortis d'une obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation des modalités de contrôle du 8 septembre 2022 :

- elle est entachée d'un défaut de compétence de son auteur ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

- elle ne justifie pas la perspective raisonnable de la mesure ;

- la préfète a confondu les conditions d'assignation à résidence et de rétention administrative ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur dans la qualification juridique des faits ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est privée de sa liberté d'aller et venir et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

A une pièce et un mémoire en défense, enregistrés les 8 et 12 septembre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. et Mme B, qui conclut aux mêmes fins A les mêmes moyens et précise qu'il s'agit d'arrêtés de refus de titre et obligation de quitter le territoire français qui ont fait l'objet d'un recours dans les délais requis, que les recours étaient en cours d'instruction au tribunal lorsque les requérants se sont vus notifiés une mesure d'assignation à résidence et des modalités de contrôle, qu'il y a donc au total sept mesures édictées à l'encontre de chacun des requérants, que c'est la quatrième assignation dont ils font l'objet depuis dix-huit mois, que deux instances sont toujours en cours les concernant pour des refus de séjour opposés le 4 juin 2021 et des assignations à résidence de longue durée du 19 juillet 2021, que la dernière assignation à résidence est intervenue le 6 octobre 2021, pour une durée de quarante-cinq jours, que cette dernière mesure a été annulée, que de nouveaux arrêtés portant refus de titre ont été édictés le 1er juillet 2022 après un premier recours, que les requérants ne peuvent pas retourner chez eux, qu'en 2019 le tribunal avait annulé les décisions fixant le pays de renvoi, que pourtant la préfète continue à fixer l'Albanie comme pays de renvoi, qu'il y a des éléments qui justifient qu'il y a lieu d'annuler encore une fois la décision fixant le pays de renvoi, que le père de Mme B a fait l'objet d'une tentative d'assassinat, que leur fils a grandi en France, que l'aîné de leurs enfants est père d'un enfant français, que le centre des intérêts de toute la famille se trouve sur le territoire national, que la famille a quitté l'Albanie en 2011, qu'ils sont arrivés en France en 2019, que les requérants ont des activités bénévoles, qu'ils ont deux enfants, que le plus jeune a obtenu un CAP et est inscrit dans un nouveau CAP " peinture véhicules automobiles ", qu'il a fait des progrès exemplaires et pourra bientôt commencer à travailler, que la famille parle parfaitement le français, que leur vie est vraiment menacée, que l'arrêté ne fait pas état de l'intérêt supérieur des enfants, qu'il faut tenir compte de l'état de santé de M. B, qui souffre d'un diabète insulino-dépendant, qu'il est suivi A un psychiatre, que cette situation justifie que la mesure ne soit pas mise à exécution, que l'assignation, qui se fonde sur des critères propres à la rétention est entachée d'une erreur de droit, qu'il n'y a pas d'utilité à les assigner à nouveau, alors qu'ils ont une adresse, ne peuvent s'enfuir, ont des recours en cours d'instance, que les assignations les obligent à se présenter du lundi à samedi avec leur enfant de deux ans, qu'il s'agit de mesures qui ne sont pas proportionnées et enfin que le préfet ne justifie d'aucune diligence,

- les observations de M. et Mme B, assistés de Mme D, interprète en langue albanaise, qui répondent aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais, nés le 1er juillet 1977 et le 25 novembre 1979 à Vlore (Albanie), sont entrés sur le territoire français le 17 septembre 2018 et ont sollicité le bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leur demande d'asile le 31 mai 2019. A un arrêté du 24 juillet 2019 l'autorité préfectorale a édicté deux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et assignation à résidence. Le Tribunal administratif de Toulouse a annulé la décision portant fixation du pays de renvoi le 2 août 2019. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé les décisions de rejets de l'Office le 23 octobre 2019. L'autorité préfectorale a prononcé deux nouveaux arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et fixation du pays de renvoi le 26 avril 2021, confirmés A le Tribunal administratif de Toulouse. M. et Mme B ont demandé leur admission au séjour le 4 mai 2021 laquelle a été rejetée A deux arrêtés du 4 juin 2021 portant refus de séjour et les invitant à quitter le territoire. La même autorité préfectorale les a assignés à résidence A deux arrêtés du 7 juin 2021, confirmés A le Tribunal administratif de Toulouse le 16 juin 2021. A deux arrêtés du 6 octobre 2021 la préfète de l'Ariège a renouvelé leur assignation à résidence. Ces arrêtés ont été annulés A le Tribunal administratif de Toulouse le 13 octobre 2021. Mme B et M. B ont sollicité la régularisation de leur situation le 20 et 30 mai 2022 en demandant une carte de séjour temporaire. A des arrêtés en date du 1er juillet 2022, la préfète de l'Ariège a refusé leur admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. A deux nouveaux arrêtés, la même préfète a édicté deux arrêtés portant assignation à résidence du 7 septembre 2022 et fixant les modalités et les obligations de ces assignations à résidence le 8 septembre 2022. A les présentes requêtes, M. et Mme B demandent au tribunal l'annulation de ces arrêtés.

2. Les requêtes n° 2204742 et n° 2204744 de M. B et Mme B présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué A une même décision.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

3. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée A la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas de placement en rétention ou d'assignation à résidence d'un étranger en situation irrégulière, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur ce territoire prises à son encontre, les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination, ainsi que la décision d'assignation à résidence, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en centre de rétention administrative ou assigné à résidence à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif.

5. En l'espèce, en raison des mesures d'assignation à résidence prononcée à l'encontre de M. et Mme B le 7 septembre 2022, il y a lieu pour le juge compétent au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de statuer sur les conclusions à fin d'annulation des décisions obligeant les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination. En revanche, les conclusions à fin d'annulation des décisions leur refusant la délivrance d'un titre de séjour relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme B, qui ont quitté l'Albanie en 2011, sont entrés en France au cours de l'année 2018 accompagnés de leur fils majeur, C, et de leur enfant mineur, F. S'ils se sont irrégulièrement maintenus sur le territoire français, après un refus d'asile, deux obligations de quitter le territoire français et une invitation à quitter le territoire français, la famille a fait preuve d'une volonté d'intégration caractérisée. M. B exerce depuis le mois de juillet 2019 des activités bénévoles au sein du Secours populaire français à Foix où il assure la préparation et la livraison des denrées alimentaires dans les structures départementales. Il apporte également son aide à une association s'occupant des espaces verts de la commune d'Arignac et contribue à la gestion d'un jardin partagé dans cette commune. M. B dispose d'une promesse d'embauche pour un contrat de travail à durée déterminée pour un emploi de mécanicien automobile, en adéquation avec son expérience de chauffeur de poids lourds acquise en Albanie. Mme B s'est également investie dans les activités du Secours populaire français où elle s'occupe de la réception, du tri et de la mise en valeur des vêtements avant leur mise à disposition des personnes accueillies. Les requérants attestent d'une bonne maîtrise de la langue française, dans laquelle ils se sont exprimés à l'audience et qu'ils ont apprise en participant, à compter de 2019, à des séances d'apprentissage au centre social du Courbet à Foix à raison de deux heures A semaine. Depuis son arrivée sur le territoire français, le jeune F, âgé de dix-sept ans, a été scolarisé, d'abord, au collège du Girbet à Saverdun, puis au collège Lakanal à Foix et, depuis septembre 2020, au lycée professionnel Irénée Cros de Pamiers, où il était inscrit, à la date des décisions portant obligations de quitter le territoire français, en deuxième année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " maintenance des véhicules automobiles ". Il justifie, A la production de relevés, de notes très largement supérieures à la moyenne générale de sa classe et tant son professeur principal que l'équipe pédagogique témoignent de ses capacités, de son sérieux, de sa curiosité, du bon déroulement des stages qu'il a effectués et de ses " très bons résultats scolaires " qui vont lui permettre de poursuivre une mention complémentaire en peinture automobile et de s'orienter à terme vers l'obtention d'un bac professionnel. Le fils aîné de M. et Mme B, C, âgé de vingt-trois ans, est le père d'un enfant de nationalité française, né le 9 février 2021 à Toulouse, et s'est vu délivrer à ce titre une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 15 novembre 2022. Enfin, M. et Mme B sont les parents d'une jeune fille, G, née le 13 novembre 2020 sur le territoire français. Dans les circonstances particulières de l'espèce, les requérants sont fondés à soutenir qu'en les obligeant à quitter le territoire français, la préfète de l'Ariège a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens, que M. et Mme B sont fondés à demander l'annulation des arrêtés du 1er juillet 2022 de la préfète de l'Ariège portant obligation de quitter le territoire français et, A voie de conséquence, les décisions leur fixant le pays de renvoi et les arrêtés du 7 et 8 septembre 2022 portant assignation à résidence et fixant les modalités de contrôle et obligations liées à l'assignation à résidence de la même préfecture.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Selon l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Ariège mette fin aux mesures d'assignation à résidence et procède au réexamen de la situation de M. et Mme B dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et leur délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Kosseva-Venzal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de ses clients à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kosseva-Venzal de la somme totale de 1 500 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. et Mme B A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. et Mme B.

11. La présente instance n'ayant donné lieu à aucuns dépens, ces conclusions sont sans objet.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'examen des conclusions dirigées contre les décisions portant refus d'admission au séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Toulouse.

Article 3 : Les arrêtés de la préfète de l'Ariège en date du 1er juillet 2022 sont annulés en tant qu'ils portent obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi.

Article 4 : Les arrêtés de la préfète de l'Ariège en date des 7 et 8 septembre 2022 sont annulés.

Article 5 : Il est enjoint à la préfète de procéder au réexamen de la situation de M. B et de Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de leur délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 6 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B et de Mme B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Kosseva-Venzal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Kosseva-Venzal une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne leur serait pas accordée A le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à M. B et Mme B.

Article 7 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. I B et Mme H J épouse B, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 15 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. E La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,, 2204744

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