mercredi 17 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204763 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CAPDEVIELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 août 2022 et le 16 août 2022, M. A B, représenté par Me Capdevielle, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé en tant que pays de renvoi tout pays dans lequel il serait admissible, ce qui exclut l'Ukraine dont il a la nationalité, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État les entiers dépens du procès et le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans le cas où M. B ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des stipulations des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des stipulations des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est privée de base légale ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Capdevielle, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, à l'exception des moyens tirés du vice de procédure au regard des stipulations des articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne qu'il indique abandonner ;
- les observations de M. B, qui répond aux questions du magistrat désigné ;
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortisant ukrainien, né le 27 septembre 1976 à Jvyrka (Ukraine), déclare être entré sur le territoire français en 2002. Il a sollicité son admission sur le territoire au titre de l'asile, sous l'identité de M. A F dont il a été définitivement débouté par une décision de la commission des recours des réfugiés en date du 17 décembre 2004. Un refus de séjour lui a été par la suite opposé le 5 janvier 2005. L'intéressé a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales, et notamment d'une condamnation par la Cour d'assisses des Landes le 14 juin 2013, pour des faits de meurtre, à une peine de vingt ans de réclusion criminelle assortie d'une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Par un arrêt du 12 juillet 2022, la Cour d'appel de Pau a relevé M. B de cette interdiction. Par un arrêté du 11 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé en tant que pays de renvoi tout pays dans lequel il serait admissible, ce qui exclut l'Ukraine dont il a la nationalité, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B. Si M. B soutient à l'audience que le préfet n'a pas tenu compte de ses problèmes de santé et qu'il aurait dû saisir le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), il ne verse aucune pièce étayant ses allégations. Par suite, le moyen d'erreur de droit invoqué à cet égard doit être écarté.
4. En second lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 28 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 : " 1. Les États membres peuvent exclure du bénéfice de la protection temporaire les personnes: () b) dont on aura des motifs raisonnables de penser qu'elles représentent un danger pour la sécurité nationale de l'État membre d'accueil ou, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, qu'elles constituent une menace pour la communauté de cet État membre d'accueil. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la décision contestée se fonde sur le motif tiré de ce que la présence en France de M. B représente une menace pour l'ordre public. Il résulte à cet égard de ce qui a été dit au point 1 que le requérant a notamment fait l'objet d'une condamnation par la Cour d'assises des Landes le 14 juin 2013, pour des faits de meurtre, à une peine de vingt ans de réclusion criminelle assortie d'une peine complémentaire d'interdiction définitive du territoire français. Si M. B se prévaut de ce qu'un arrêt de la Cour d'appel de Pau du 12 juillet 2022 a prononcé le relèvement de cette peine complémentaire, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 4 août 2022 adressé au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulouse, le chef d'établissement du centre de détention de Muret a signalé le caractère préoccupant de la sortie prochaine de M. B en précisant que la situation personnelle de l'intéressé, son profil, ainsi que son opposition totale à la préparation de sa sortie l'amenaient à considérer qu'il pouvait représenter un danger pour les autres dans l'espace public. Dans ces conditions, au vu de la nature des faits ayant conduit à l'incarcération du requérant et de ce dernier signalement, les éléments sur lesquels s'est fondée l'administration sont de nature à justifier que la présence de M. B en France constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, si l'intéressé soutient qu'il bénéficierait d'une protection temporaire d'une durée d'un an à la suite d'une décision d'exécution n° 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant un afflux massif de personnes déplacées en provenance de l'Ukraine et de l'application de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 ayant pour effet d'introduire une protection temporaire pour les personnes concernées, l'article 28 de cette directive cité au point précédent permet d'exclure de cette protection les personnes qui ont fait l'objet d'une condamnation définitive pour un crime et dont on a des motifs raisonnables de penser qu'elles constituent une menace pour la communauté de l'État membre d'accueil. Par suite, il apparaît que le préfet de la Haute-Garonne n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Le moyen invoqué à cet égard doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'accorder un délai de départ de volontaire serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
8. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à une examen réel et sérieux de la situation de M. B doit également être écarté.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles présentées au point 8, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.
11. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "
12. Il ressort des termes de la décision contestée, et en particulier de son article 1, que l'intéressé est " obligé de quitter le territoire français sans délai pour rejoindre tout pays dans lequel il est admissible sous réserve que sa vie ou sa liberté n'y soient pas menacées et qu'il n'y soit pas exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il en résulte qu'en application des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas fixé l'Ukraine, dont il a considéré que l'intéressé avait la nationalité, comme pays de destination. Dès lors, si M. B soutient que la décision contestée méconnaît ces dispositions en raison des opérations militaires en cours dans son pays d'origine, un tel moyen doit être écarté comme étant inopérant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles la décision contestée est fondée en prenant en compte les critères prévus par la loi. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est suffisamment motivée.
15. Enfin, pour les mêmes raisons que celles présentées aux points précédents, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 11 août 2022.
Sur les frais liés aux litiges :
17. La présente instance n'ayant pas donné lieu à des dépens, les conclusions présentées au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative sont sans objet.
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par le requérant au titre des frais exposés non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Capdevielle et au préfet de la Haute-Garonne.
Lu en audience publique le 17 août 2022.
Le magistrat désigné,
B. E Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026