mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 août 2022 et le 21 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, ou de réexaminer immédiatement sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation ;
S'agissant de la décision de refus de séjour :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'a pas été convoqué devant la commission du titre de séjour, n'a pu y faire part de ses observations et n'a pu vérifier la régularité de la composition de cette commission ;
- ce vice de procédure l'a privé d'une garantie ;
- le rapport formé par la préfecture devant la commission du titre de séjour comporte des mentions erronées sur sa situation et sur l'existence d'une menace à l'ordre public ;
- le préfet, qui n'a pas tenu compte de l'avis favorable émis par cette commission sur la délivrance d'un titre de séjour d'un an, s'est cru à tort lié par l'avis défavorable de cette commission sur la délivrance d'un certificat de résident de 10 ans ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait sur sa contribution et à l'entretien et à l'éducation de son enfant ;
- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur dans l'appréciation de l'existence d'une menace actuelle à l'ordre public ;
- la décision attaquée viole les stipulations du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 8 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Héry a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant algérien né le 3 mars 1988, est entré en France le 7 juin 2016 sous couvert d'un visa " Schengen " délivré par les autorités consulaires espagnoles en Algérie et valable du 1er mai 2016 au 30 juillet 2016. Il a fait l'objet le 9 janvier 2017 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. M. B a ensuite été mis en possession d'un certificat de résidence en qualité de salarié valable du 12 août 2019 au 11 août 2020, puis d'un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale valable du 12 août 2020 au 11 août 2021. Il a sollicité le 15 juin 2021 le renouvellement de son titre de séjour ainsi que la délivrance d'un certificat de résidence de 10 ans. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 14 juin 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance ou le renouvellement du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
3. Le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler le certificat de résidence d'un an dont bénéficiait M. B au titre de la vie privée et familiale, en se fondant sur la menace pour l'ordre public représentée par le requérant.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en juin 2016, à l'âge de 28 ans. Il est père d'une fille née le 30 novembre 2017 de sa relation avec une ressortissante marocaine, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en février 2024, reconnue de manière anticipée par ses deux parents le 9 juin 2017. Le couple s'est séparé en décembre 2020. Le requérant produit des documents bancaires mentionnant des virements mensuels de la somme de 100 euros sur le compte bancaire de son ex-compagne depuis le mois de février 2021. Il justifie également s'acquitter depuis le mois de juin 2021 des frais périscolaires de son enfant. En outre, il produit une attestation de son ex-compagne indiquant que ce dernier voit sa fille tous les dimanches et confirmant qu'une pension alimentaire mensuelle de 100 euros lui est versée ainsi que plusieurs photographies en compagnie de sa fille. M. B exerce par ailleurs une activité professionnelle régulière, sous couvert d'un contrat à durée indéterminée conclu en août 2019, pour un emploi de coiffeur. Ainsi, eu égard à sa durée de présence en France et aux liens entretenus avec sa fille, à l'éducation et à l'entretien de laquelle il contribue, M. B doit être regardé comme justifiant avoir établi le centre de sa vie privée et familiale en France.
5. M. B a été condamné le 24 novembre 2020 par le tribunal correctionnel de Toulouse à 8 mois d'emprisonnement dont 4 mois avec sursis probatoire pendant 2 ans, sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique, pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité le 19 novembre 2020. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant et son ex-compagne ont trouvé un accord dans l'intérêt de l'enfant, en vue de conserver les liens de cette enfant avec son père. En outre, contrairement à ce que fait valoir le préfet en défense, si la commission du titre de séjour a émis le 1er décembre 2021 un avis défavorable à la délivrance à M. B d'un certificat de résident de 10 ans, elle a en revanche émis un avis favorable au renouvellement de son certificat de résidence d'un an en considérant que sa demande d'admission au séjour " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels ".
6. Il résulte de ce qui précède que le comportement du requérant a donné lieu à une condamnation à huit mois d'emprisonnement dont quatre avec sursis probatoire pendant 2 ans, pour des faits qui, bien que troublant l'ordre public, ne peuvent être regardés comme caractérisant une menace grave et actuelle de nature à faire obstacle à la délivrance à M. B d'un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale, sur le fondement des stipulations précitées du point 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 14 juin 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler le certificat de résidence de M. B doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions du même jour obligeant M. B à quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
9. L'exécution du présent jugement, qui annule l'arrêté attaqué du 14 juin 2022, implique nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation et sauf changement dans les circonstances de droit ou de fait, que le préfet de la Haute-Garonne délivre à M. B un certificat de résidence d'un an au titre de la vie privée et familiale dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Sadek renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sadek de la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 14 juin 2022 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. B un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sadek une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Sadek renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La présidente-rapporteure,
F. HÉRY
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026