vendredi 7 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2204828 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 17 août 2022, sous le n° 2204828, Mme C F représentée par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 28 juillet 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre les effets de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire du séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et d'ordonner le réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2ème de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, condamner l'Etat à lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'un examen insuffisant de sa situation personnelle, le préfet n'ayant pas vérifié auprès de l'OFPRA les motifs qui ont conduit au rejet de sa demande de protection avant de décider de la renvoyer vers la Géorgie ;
- elles méconnaissent son droit d'être entendu, dès lors que l'autorité préfectorale ne l'a pas informée de son droit de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales ;
- le préfet, en lui refusant le droit de bénéficier du droit au séjour pendant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, a méconnu son droit au recours effectif garanti par l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que les articles 6§1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, puisqu'elle a été victime de violences domestiques de la part de son conjoint, policier, qui bénéficiait du soutien des institutions géorgiennes et n'a pas pu bénéficier de la protection des autorités géorgiennes ;
En ce qui concerne la demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle présente des éléments sérieux de contestations du refus de protection par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 17 août 2022, sous le n° 2204829, M. G, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 28 juillet 2022 du préfet de la Haute-Garonne qui l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre les effets de la mesure d'éloignement dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une attestation provisoire du séjour dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et d'ordonner le réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir;
5°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2ème de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, condamner l'Etat à lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'un examen insuffisant de sa situation personnelle, le préfet n'ayant pas vérifié auprès de l'OFPRA les motifs qui ont conduit au rejet de sa demande de protection avant de décider de le renvoyer vers la Géorgie ;
- elles méconnaissent son droit d'être entendu, dès lors que l'autorité préfectorale ne l'a pas informée de son droit de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales ;
- le préfet, en lui refusant le droit de bénéficier du droit au séjour pendant l'examen de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, a méconnu son droit au recours effectif garanti par l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que les articles 6§1 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, sa demande de protection étant liée aux violences domestiques que son beau-père infligeait à sa mère et qui l'ont conduit à se battre avec lui, l'impossibilité d'une protection des autorités de son pays l'ayant conduit à quitter le pays avec sa mère ;
En ce qui concerne la demande de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :
- il présente des éléments sérieux de contestation du refus de protection par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Koseva-Venzal, substituant Me Tercero, représentant Mme F et M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, produit à l'audience une attestation de participation de M. E à une équipe de football, et précise que la préfecture aurait dû apprécier le droit au séjour des requérants au regard des violences domestiques subies par la requérante, que la Cour nationale du droit d'asile a retenu la protection pour des femmes géorgiennes victimes de telles violences, que la requérante a été frappée par son conjoint, que son fils s'est interposé, que la préfecture s'est précipitée pour prononcer les mesures d'éloignement alors qu'elle aurait pu attendre les décisions de la Cour nationale du droit d'asile, que la famille réside à Nailloux et que M. E est footballeur,
- les observations des requérants, assistés de Mme D, interprète en langue géorgienne, qui répond aux questions du magistrat,
- la préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F et son fils majeur, M. E, ressortissants géorgiens nés respectivement les 17 octobre 1975 à Tbilissi (Géorgie) et 5 juillet 2000 à Tbilissi (Géorgie), seraient entrés sur le territoire français le 20 décembre 2021. Ils ont introduit le 11 février 2022 des demandes d'admission au bénéfice de l'asile, lesquelles ont été rejetées par deux décisions du 18 mai 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides statuant en procédure accélérée. Par deux arrêtés en date du 28 juillet 2022, le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par leurs requêtes, Mme F et M. E demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés.
2. Les requêtes n° 2204828 et n° 2204829 de Mme F et M. E présentent à juger les mêmes questions. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par une même décision.
Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
4. En premier lieu, les arrêtés précisent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont ils font application, notamment le 4° de l'article L. 611-1, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ils rappellent les conditions d'entrée et de séjour des requérants en France, retracent la procédure de leurs demandes d'asile et mentionnent les principaux éléments de leur situation personnelle et familiale. Ils indiquent que les intéressés n'établissent pas être exposés à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Par conséquent, les décisions attaquées sont suffisamment motivées.
5. En deuxième lieu, il ne ressort nullement des pièces des dossiers que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation des intéressés.
6. En troisième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Il se définit comme le droit de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité compétente serait tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue sur la décision en cause. Dans l'hypothèse prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, où l'obligation de quitter le territoire français est prise après que la qualité de réfugié ou la protection subsidiaire a été définitivement refusée à l'étranger ou lorsque l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-1 du même code, la mesure d'éloignement découle nécessairement du rejet de la demande d'asile. Le droit d'être entendu n'implique alors pas que l'autorité préfectorale ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur l'obligation de quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu lors de l'examen de sa demande d'asile.
7. En l'espèce, lors de la présentation de leurs demandes d'asile, Mme. F et M. E ont été mis en situation de présenter toutes les observations pertinentes sur leur situation personnelle au cours de l'instruction de leurs demandes d'asile et n'avaient donc pas à être spécifiquement invités à formuler de nouvelles observations avant l'édiction des mesures d'éloignement. De surcroît, les requérants ne soutiennent pas avoir été empêchés de faire état de nouveaux éléments auprès de l'autorité préfectorale entre le rejet de leurs demandes d'asile et l'édiction des décisions en litige. Dès lors, ils ne sont pas fondés à soutenir que leur droit d'être entendu a été méconnu.
8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L.542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 521-25 ; () ".
9. D'autre part, aux termes de l'article 18 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Le droit d'asile est garanti dans le respect des règles de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et du protocole du 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés et conformément au traité sur l'Union européenne et au traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (ci-après dénommés "les traités") " et de l'article 47 de la charte : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ". Aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". Et aux termes de l'article 13 de cette convention : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente Convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles "
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les décisions contestées obligeant les requérants à quitter le territoire français ont été prises sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à la suite des décisions de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 18 mai 2022, de leurs demandes d'asile. Les requérants sont originaires de Géorgie, pays considéré comme sûr au sens de l'article L. 531-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le droit des requérants de se maintenir sur le territoire français a pris fin avec la notification des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 juin 2022. Par ailleurs, le droit à un recours effectif protégé par le droit de l'Union européenne n'implique pas nécessairement que le demandeur ait le droit de se maintenir sur le territoire de l'État membre dans l'attente de l'issue du recours formé contre la décision rejetant sa demande de protection, mais implique seulement, lorsque cette décision a pour conséquence de mettre un terme à son droit au séjour dans l'État membre, qu'une juridiction décide s'il peut se maintenir sur le territoire de cet État. Or, il résulte des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, s'il ne bénéficie pas du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours, un ressortissant étranger originaire d'un pays sûr dont la demande de protection a été rejetée, peut toujours contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif et le juge saisi alors la possibilité, le cas échéant, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement et de permettre ainsi à l'intéressé de se maintenir sur le territoire jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur son recours. Par voie de conséquence, ni les arrêtés contestés, ni les dispositions de droit interne sur lesquelles ils se fondent, ne méconnaissent les droits protégés par les stipulations précitées.
11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Les requérants soutiennent que les arrêtés contestés auraient été pris en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales compte tenu de leurs craintes d'être exposés à des violences de la part du conjoint de Mme F en cas de retour en Géorgie. Ils font valoir, que cet homme, exerçant les missions d'un policier bénéficie du soutien des institutions géorgiennes ce qui empêche la possibilité d'une protection des autorités. Toutefois, d'une part, les requérants ne peuvent utilement invoquer les risques encourus dans leur pays d'origine à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui n'ont pas pour objet de déterminer par elles-mêmes le pays de destination, d'autre part alors que leurs demandes de protection ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, les requérants n'apportent pas d'éléments suffisants de nature à établir qu'ils seraient personnellement et actuellement exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Géorgie. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent donc être écartés.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés en date du 28 juillet 2022 par lesquels le préfet de la Haute-Garonne les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé leur pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin de suspension :
14. L'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". L'article L. 752-11 précise : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
15. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, l'intéressé peut notamment se prévaloir d'éléments nouveaux apparus postérieurement à la décision de l'Office ou à l'obligation de quitter le territoire français.
16. En l'espèce, Mme F et M. E demandent, à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution des mesures d'éloignement prises à leur encontre durant l'examen de leurs demandes d'asile par la Cour nationale du droit d'asile. Ils ont livré à l'audience un récit particulièrement circonstancié sur les violences commises par le conjoint de Mme F et notamment les conditions dans lesquelles M. E s'était interposé pour défendre sa mère avant d'être blessé, conduit à l'hôpital et menacé physiquement par son beau-père s'il révélait l'existence de ces violences. Leur récit, notamment s'agissant de l'impossibilité de prétendre à la protection des autorités géorgiennes, est corroboré par plusieurs rapports des organisations non gouvernementales et de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, cités par les requérants, dont il ressort que les violences domestiques constituent un problème d'ampleur en Géorgie, concernant au moins une femme sur onze, et que la réponse des autorités géorgiennes demeure très souvent inadaptée et inefficace. Dans ces conditions, les requérants doivent être regardés comme apportant des éléments qui, s'ils ne suffisent pas, en l'état du dossier, à établir qu'ils seraient exposés à un risque de traitement inhumain ou dégradant en cas de retour en Géorgie, sont néanmoins de nature à créer un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.
17. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution des obligations de quitter le territoire français soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique des décisions de la Cour nationale du droit d'asile, soit, s'il est statué par ordonnances, jusqu'à la date de la notification de celles-ci.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
18. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Mme F et M. E sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'exécution des décisions du 28 juillet 2022 faisant obligation à Mme F et M. E de quitter le territoire français est suspendue jusqu'à la date de la lecture en audience publique des décisions de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnances, jusqu'à la date de la notification de celles-ci.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et M. A E, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B
La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2204828, 2204829
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026