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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205065

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205065

lundi 5 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 août 2022, et des pièces complémentaires et un mémoire, enregistrés le 29 août 2022 et le 1er septembre 2022, M. A E ARBI, représenté par Me Touboul, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne l'a assigné à résidence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Par des pièces enregistrées le 29 août 2022 et le 1er septembre 2022 et un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant,

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Touboul, représentant M. E ARBI, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise notamment que l'exécution de la mesure d'éloignement aurait pour effet de séparer l'enfant de ses grands-parents maternels avec lesquels il vit depuis sa naissance,

- les observations de M. E ARBI, assisté de M. D F, interprète en arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- la préfète de Tarn-et-Garonne n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. E ARBI, ressortissant tunisien, né le 28 avril 1996 à Tunis (Tunisie), est entré sur le territoire français selon ses déclarations au mois de mars 2019. Par un arrêté du 2 octobre 2019, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 25 août 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence sur la commune de Montauban pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa présente requête, M. E ARBI demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés du 25 août 2022.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. E ARBI est marié depuis le 15 septembre 2021 avec une compatriote, Mme C, et qu'ils sont les parents d'un jeune garçon né le 24 mars 2021 à Argenteuil. Si le requérant soutient que la mesure d'éloignement prise à son encontre aurait pour effet de le séparer de son épouse et de leur enfant, il ressort des pièces du dossier que sa conjointe a également fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée par le préfet de Tarn-et-Garonne le 18 juin 2019, dont la légalité a été confirmée par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 11 mars 2021, de sorte que rien ne fait obstacle à sa que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. En outre, il est constant que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie, où résident, selon ses déclarations devant les services de police le 24 août 2022, sa mère et son frère. Enfin, il résulte de ce qui précède que la circonstance que le requérant, son épouse et leur fils vivent chez les parents de cette dernière qui résident régulièrement sur le territoire français est sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Au surplus, il résulte de ce qui a été dit au point 1 que l'intéressé a fait l'objet d'un précédent arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 2 octobre 2019 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Dans ces conditions, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Compte tenu de ce qui a été indiqué au point 4, l'exécution de la mesure d'éloignement attaquée n'a pas pour effet de séparer l'enfant du requérant de l'un ou l'autre de ses parents, qui peuvent reconstituer la cellule familiale dans leur pays d'origine. Si l'intéressé soutient que l'exécution de la décision en litige aurait pour effet de séparer l'enfant de ses grands-parents maternels avec lesquels il vit depuis sa naissance, cette circonstance ne suffit pas à estimer que la décision aurait méconnu les stipulations précitées de la convention relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction prévue à l'article L. 612-11 ".

8. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. E ARBI n'est présent sur le territoire français, selon ses déclarations, que depuis mars 2019, et qu'en raison de ce que sa cellule familiale peut se reconstituer en Tunisie, il ne justifie pas de liens intenses et anciens avec la France. Par suite, le requérant, qui a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, n'est pas fondé à soutenir que la préfète de Tarn-et-Garonne aurait commis une erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent également être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E ARBI n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne du 25 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et de l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne du même jour portant assignation à résidence.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. E ARBI au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E ARBI est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E ARBI, à Me Touboul et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. G La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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