lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205077 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DOLICANIN SAFET |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 26 août 2022 sous le n° 2205077 et trois mémoires en production de pièces enregistrés les 29 septembre, 1er octobre et 2 octobre 2022, M. E B, représenté par Me Dolicanin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet du Lot lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à condition que Me Dolicanin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- des éléments sérieux justifient la suspension de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile se prononçant sur sa demande de réexamen de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, le préfet du Lot conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 26 août 2022 sous le n° 2205079 et trois mémoires en production de pièces enregistrés les 29 septembre, 1er octobre et 2 octobre 2022, Mme F A, représentée par Me Dolicanin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel le préfet du Lot lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
3°) de suspendre l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français jusqu'à lecture en audience publique de la décision de la Cour national du droit d'asile soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ;
4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à condition que Me Dolicanin renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ;
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;
- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- des éléments sérieux justifient la suspension de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile se prononçant sur sa demande de réexamen de sa demande d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, le préfet du Lot conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D.
- les observations de M. B et Mme A, assistés de Mme C, interprète en langue albanaise,
- le préfet du Lot n'étant ni présent ni représenté.
Une note en délibéré présentée par le préfet du Lot a été enregistrée le 11 octobre 2022 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. B et Mme A, nés respectivement le 15 janvier 1979 à Samatice (Albanie) et le 9 mai 1987 à Suc (Albanie), tous deux ressortissants albanais, déclarent être entrés sur le territoire français le 13 septembre 2021. Ils ont sollicité leur admission au séjour au titre de l'asile et l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile par décisions du 28 mars 2022. Par deux arrêtés en date du 16 août 2022, le préfet du Lot a rejeté leurs demandes d'admission au séjour, les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par leurs présentes requêtes, M. B et Mme A demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
2. Les requêtes susvisées nos 2205077 et 220579 concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 10 février 2020 publié le même jour au recueil administratif spécial n° 46-2020-008, le préfet du Lot a donné délégation à M. Nicolas Regny, secrétaire général de la préfecture du Lot, à l'effet de " signer tous actes, arrêtés, décisions, circulaires, requêtes juridictionnelles et correspondances relevant des attributions de l'Etat dans le département ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. B et Mme A se prévalent de leur vie commune et de la présence de leurs deux enfants mineurs en France. Toutefois, les requérants, qui résident en France depuis moins d'un an, ne justifient pas d'une intégration particulière sur le territoire français. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient reconstituer leur cellule familiale hors du territoire français et notamment en Albanie, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie. Dans ces conditions, M. B et Mme A ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale, tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En troisième lieu, les décisions fixant le pays de destination visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces décisions mentionnent que les requérants n'établissent pas être exposés à des peines ou traitement contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans leur pays d'origine. Elles comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent les fondements et sont, par suite, suffisamment motivées.
7. En quatrième lieu, selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Les requérants soutiennent qu'ils seraient exposés à des traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour en Albanie en raison de l'implication de M. B dans une affaire de vendetta. A l'appui de leurs allégations, les intéressés produisent deux attestations de persécutions émanant de la commune de Kutali, dont l'une est datée du 15 juillet 2014 et l'autre est non datée, ainsi qu'une attestation de l'association internationale de convention du sang prise le 18 juillet 2022. Toutefois, ces documents peu circonstanciés et, pour certains, anciens ou non datés, ne permettent pas d'établir que les requérants seraient personnellement et actuellement exposés à des risques de subir des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales alors que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté leurs demandes d'asile le 28 mars 2022. Dans ces conditions, le préfet du Lot n'a pas porté atteinte à leur droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants au regard des stipulations précitées.
Sur les conclusions à fin de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :
9. L'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ".
10. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. A l'appui de ses conclusions à fin de suspension, l'intéressé peut notamment se prévaloir d'éléments nouveaux apparus postérieurement à la décision de l'Office ou à l'obligation de quitter le territoire français.
11. M. B et Mme A, dont les demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 mars 2022, sollicitent la suspension de l'exécution de la décision d'éloignement en application des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ils soutiennent qu'ils présentent des éléments sérieux justifiant qu'ils puissent se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile statue sur leur prochain recours. Toutefois, ils ne critiquent pas utilement les décisions de rejet de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et les seules attestations de persécution qu'ils produisent, postérieurs aux décisions de rejet de leurs demandes d'asile, sont peu circonstanciées et ne sont pas de nature à faire naître, en l'état, un doute sérieux sur l'appréciation retenue par l'Office. Les conclusions à fin de suspension de l'exécution des mesures d'éloignement doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés aux litiges :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, les sommes réclamées au titre des frais exposés non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B et Mme A sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme F A, à Me Dolicanin et au préfet du Lot.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
F. D Le greffier,
B. GALAND
La République mande et ordonne au préfet du Lot en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Nos 2205077, 2205079
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026