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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205095

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205095

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCAMBON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 29 août 2022 et les 26 et 27 septembre 2022, M. E D, représenté par Me Cambon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 27 août 2022 par lequel le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire et a fixé le pays de renvoi, ensemble la décision du 12 septembre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 août 2022 par lequel le préfet du Tarn l'a assigné à résidence, l'a obligé à se présenter au commissariat trois fois par semaine et l'a interdit de sortir du département du Tarn ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et la somme de 1 600 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas respecté la procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle et à son état de santé ;

- elle porte une atteinte non nécessaire et injustifiée à sa vie privée et familiale dès lors qu'il est en couple avec une ressortissante française ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est contraire à l'article 24 de la loi du 12 avril 2000;

- elle méconnait son droit d'être entendu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et/ou d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence et fixant les modalités de l'assignation à résidence :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est disproportionnée dès lors qu'il présente des garanties de représentation et que rien ne justifie qu'il se rende au commissariat trois fois par semaine ou qu'il ne puisse sortir du département du Tarn ;

- elle porte une atteinte disproportionnée aux droits de la défense dès lors que son avocat se trouve à Toulouse hors du département du Tarn et qu'il ne peut se rendre sans avoir sollicité préalablement l'autorisation du préfet ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Cambon, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que les éléments de la situation du requérant n'ont pas été pris en compte de manière satisfaisante, que le requérant est entré en France en septembre 2021 sous couvert d'un faux titre de séjour italien, qui lui a permis de travailler, qu'il a été victime d'un accident de la route en avril 2022, au cours duquel le conducteur, un collègue, est décédé, qu'entre avril et août, il a été hospitalisé, de manière permanente, que les soins ont été pris en charge dans le cadre d'un accident du travail, que la préfecture ne pouvait donc ignorer cet état de fait, qu'elle feint pourtant de les ignorer, que l'obligation de quitter le territoire français est extrêmement succincte, qu'il fallait s'interroger sur l'état de santé du requérant, que l'examen se devait d'être attentif et complet, que le requérant a vocation en tant qu'étranger malade ou de rentier à la suite d'un accident du travail, ou au titre des circonstances exceptionnelles, à obtenir un titre de séjour en application de l'accord franco-tunisien, qu'il en va de même pour l'assignation à résidence, que son état de santé ne lui permet pas de se déplacer trois fois par semaine, que les obligations de pointage sont disproportionnées et que les conditions pour obtenir une autorisation du département du Tarn sont inconnues,

- les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 31 juillet 1990 à Tunis (Tunisie), de nationalité tunisienne, déclare être entré sur le territoire français en septembre 2021. Par deux arrêtés du 27 août 2022, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a assigné à résidence dans le département du Tarn. Par une décision du 12 septembre 2022, le préfet du Tarn a rejeté son recours gracieux. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler les deux arrêtés du 27 août 2022, ensemble le rejet de son recours gracieux.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier le 1° de l'article L. 611-1. Le préfet précise que M. D déclare, sans le justifier, être entré en France en septembre 2021, qu'il est avéré que le titre de séjour italien à son nom est un faux document, qu'il n'a jamais fait de démarches afin de régulariser sa situation administrative et qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire français. Il mentionne les éléments de sa situation personnelle et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En second lieu, d'une part, il ressort des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, ainsi que les décisions accessoires qui en découlent. Les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peuvent donc être utilement invoquées à l'encontre de l'arrêté attaqué.

5. D'autre part, le droit d'être entendu, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

6. En l'espèce, le requérant a été entendu par les services de police à l'occasion d'une audition, le 27 août 2022, au cours de laquelle il a été interrogé sur les conditions de son séjour en France, sur sa situation familiale et ses démarches administratives. M. D a été informé, durant cette audition, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il avait la possibilité de présenter spontanément des observations écrites ou orales. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait intervenue en méconnaissance du droit d'être entendu qu'elle tient des principes généraux du droit de l'Union européenne.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté litigieux que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de décider de l'obliger à quitter le territoire français.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Si M. D soutient qu'il est en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il projette de vivre, toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment des déclarations du requérant lors de son audition, que cette relation n'a débuté que très récemment en mai 2022. Le requérant est entré sur le territoire français en septembre 2021, il a fait usage d'un faux titre de séjour italien et n'a jamais sollicité son admission au séjour. Par ailleurs, la circonstance qu'il bénéficie de soins au centre hospitalier d'Albi suite à un accident de la route dont il a été victime ne fait pas obstacle à son éloignement. En outre, s'il se prévaut de sa situation professionnelle, il est constant que l'intéressé travaillait de manière irrégulière sur le territoire français et il ne démontre pas qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France. Enfin, M. D n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, où résident sa mère et ses deux frères. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, l'arrêté mentionne les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les considérations de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser d'octroyer à M. D un délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

11. En second lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, abrogées par l'article 6 de l'ordonnance du 23 octobre 2015 relative aux dispositions législatives du code des relations entre le public et l'administration.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire méconnaîtrait les principes généraux du droit de l'Union n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation du requérant avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen titré de l'erreur de droit doit être écarté.

14. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation de la situation de M. D, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français et a utilisé de faux documents d'identité, en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

15. En premier lieu, en indiquant que le requérant n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet a suffisamment motivé sa décision.

16. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence et fixant les modalités de l'assignation à résidence :

17. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

18. En second lieu, M. D soutient que cette décision porterait une atteinte disproportionnée aux droits de la défense dès lors que son avocat se trouve à Toulouse, soit hors du département du Tarn où il est assigné à résidence. Toutefois, M. D ne justifie pas de l'impossibilité de solliciter, auprès des services de la préfecture, une autorisation pour se rendre au cabinet de son avocat. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté ferait obstacle à l'exercice des droits de la défense doit être écarté.

19. En troisième lieu, M. D soutient que la décision d'assignation à résidence serait disproportionnée dès lors qu'il présente des garanties de représentation et que rien ne justifie qu'il se rende au commissariat trois fois par semaine ou qu'il ne puisse sortir du département du Tarn. Toutefois le requérant ne justifie d'aucune circonstance l'empêchant de respecter les obligations prescrites par l'arrêté. En particulier, il ne démontre pas qu'en dépit des lésions qu'il conserve au genou droit des suites d'un accident de la route survenu le 19 avril 2022, ces obligations seraient incompatibles avec son état de santé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant assignation à résidence serait disproportionnée.

20. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du préfet du Tarn en date du 27 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Cambon la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

23. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Cambon et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 202Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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