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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205160

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205160

vendredi 2 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205160
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantNACIRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 août 2022, Mme B A, représentée par Me Naciri, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de la prendre en charge, avec sa fille, dans le cadre d'un hébergement d'urgence, sous astreinte de 200 euros par jour de retard suivant la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à défaut de l'octroi de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entrée en France pour y demander l'asile, accompagnée de sa fille née en 2018 ; elles ont été accueillies au sein de l'HUDA à Toulouse ; par décision du 27 juillet 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informée que sa prise en charge au sein de cette structure cesserait le 31 août 2022 ; elle a appelé plusieurs fois, en vain, le 115 pour disposer d'un hébergement ; elle est isolée et dans une situation de grande précarité ;

- il est portée une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à l'hébergement d'urgence ainsi qu'à la dignité humaine, en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes des dispositions de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles : " Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. Cette orientation est assurée par un service intégré d'accueil et d'orientation, dans les conditions définies par la convention conclue avec le représentant de l'Etat dans le département, prévue à l'article L. 345-2-4. / Ce dispositif fonctionne sans interruption et peut être saisi par toute personne, organisme ou collectivité ". En vertu des dispositions de l'article L. 345-2-2 du même code : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Enfin, aux termes de l'article L. 121-7 du même code : " Sont à la charge de l'Etat au titre de l'aide sociale : () 8° Les mesures d'aide sociale en matière de logement, d'hébergement et de réinsertion, mentionnées aux articles L. 345-1 à L. 345-3 () ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Seule une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale permettant au juge des référés de faire usage des pouvoirs qu'il tient de ce texte, en ordonnant à l'administration de faire droit à une demande d'hébergement d'urgence. Il lui incombe d'apprécier, dans chaque cas, les diligences accomplies par l'administration, en tenant compte des moyens dont elle dispose, ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

4. Il résulte de l'instruction que Mme A, de nationalité ivoirienne, est entrée en France en compagnie de sa fille, née en 2018, pour y demander l'asile. Lors de l'instruction de sa demande, elle a été hébergée avec son enfant au centre d'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) de Toulouse et ce, à compter du 16 août 2021. Sa demande d'asile ayant fait l'objet d'un rejet définitif le 25 juillet 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par lettre du 27 juillet suivant, l'a informée de son obligation de quitter l'HUDA au plus tard le 31 août 2022, sauf à solliciter une aide au retour et, éventuellement, une aide à la réinsertion dans son pays d'origine, auquel cas, l'OFII lui a indiqué qu'elle pourrait être maintenue dans son hébergement.

5. Mme A fait valoir qu'elle est mère isolée, que sa fille est âgée de 4 ans et qu'elle a appelé à plusieurs reprise le service 115 pour disposer d'un hébergement d'urgence, en vain. Toutefois, outre que la requérante et sa fille ont disposé d'un hébergement du 16 août 2021 au

31 août 2022, l'intéressée n'a pas sollicité l'aide au retour proposée par l'OFII, ce qui lui aurait permis de bénéficier d'un prolongement de son accueil en hébergement d'urgence ou bien de retourner dans son pays d'origine. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande d'asile, intervenu le

25 juillet 2022, l'OFII ait entendu mettre fin à son accueil au sein de l'HUDA de Toulouse à compter du 31 août 2022 ne saurait, compte tenu des diligences accomplies par l'administration et des moyens dont elle dispose pour l'hébergement des demandeurs d'asile, constituer, au jour de la présente ordonnance, une carence caractérisée des autorités de l'Etat dans la mise en œuvre du droit à l'hébergement d'urgence. Ainsi, le refus d'accorder à Mme A et à sa fille le bénéfice de l'hébergement d'urgence ne révèle pas, en l'absence de circonstances particulières, de méconnaissance grave et manifeste des obligations qui s'imposent en la matière à l'administration. Par suite, et sans qu'il y ait lieu d'admettre la requérante à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, la requête de Mme A, y compris les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, selon la procédure prévue par l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La demande de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Naciri.

Fait à Toulouse, le 2 septembre 2022.

Le juge des référés

David KATZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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