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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205174

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205174

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205174
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDIAKITE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 août 2022, M. A B, représenté par Me Diakité, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 1er août 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui remettre, dans l'attente et dès la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi de 1991 sur l'aide juridictionnelle et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

Les décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

- sont insuffisamment motivées ;

La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- est privée de base légale ;

- porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est privée de base légale ;

- est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 17 mai 2023 à 12 h 00.

Un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés le 17 mai 2023 à 11 h 31 et à 20 h 42, ont été présentés pour M. B et n'ont pas été communiqués.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant géorgien né le 19 juin 1996 à Khelvachauri (Géorgie), a déclaré être entré en France le 5 septembre 2021 muni d'un passeport en cours de validité et délié de l'obligation de présentation d'un visa. L'intéressé a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 29 septembre 2021, demande rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 février 2022 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 25 mai 2022. Le 7 décembre 2021, l'intéressé a déposé une demande d'admission au séjour en qualité d'étranger malade sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 1er août 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de douze mois, aux motifs que le 8 avril 2022 le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis aux termes duquel son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa personne, qu'au regard de l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine, qu'aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifiait de s'écarter de cet avis, qu'il n'a été admis au séjour en France que le temps nécessaire à l'instruction de sa demande d'asile, qu'il n'établit pas être dépourvu de liens personnels ni d'attaches familiales en Géorgie, que ses parents font chacun l'objet d'une mesure d'éloignement, que son frère mineur a vocation à le suivre, qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge, que dans ces conditions il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'il ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'il n'établit pas être exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la même convention en cas de retour en Géorgie. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 29 mars 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, sa demande d'admission provisoire à ce dispositif est devenue sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. M. B est entré sur le territoire français le 5 septembre 2021 accompagné notamment de ses parents. Il ressort des pièces du dossier qu'il présente une insuffisance respiratoire, qu'il est porteur d'une canule de trachéotomie et qu'il devait bénéficier d'une intervention chirurgicale ORL en décembre 2022. En outre, il ressort des certificats médicaux produits que l'intéressé, atteint également d'un déficit intellectuel, " n'est pas en mesure de gérer les actes de la vie quotidienne et l'entretien de la canule sans mettre en jeu son pronostic vital " et qu'il " nécessite la présence de ses parents " en permanence. Ainsi, l'état de santé du requérant rend nécessaire la présence de ses parents à ses côtés, lesquels se trouvent sur le territoire français. Si l'arrêté litigieux mentionne que ces derniers font chacun également l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 12 mai 2022, il est constant qu'elles ont été annulées, pour défaut d'examen de la situation des intéressés, par un jugement nos 2203319, 2203320 du tribunal de céans du 2 septembre 2022. En tout état de cause, si les parents de M. B ont de nouveau fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 25 octobre 2022, ces dernières ont également été annulées, pour méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, par jugement nos 2206866, 2206867 du tribunal de céans le 23 janvier 2023. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard à l'absence d'autonomie de M. B et à la présence en France de ses parents, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, la préfète de Tarn-et-Garonne a commis une erreur manifeste d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 1er août 2022 portant refus de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. D'une part, dès lors que le requérant ne justifie pas avoir engagé, dans la présente instance, des frais mentionnés à l'article R. 761-1 du code de justice administrative, ses conclusions tendant à la mise à la charge de l'Etat des entiers dépens ne peuvent qu'être rejetées.

7. D'autre part, dès lors que M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, une somme de 1 000 euros au profit du conseil du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de M. B.

Article 2 : L'arrêté du 1er août 2022 de la préfète de Tarn-et-Garonne est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Tarn-et-Garonne de délivrer à M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 4 : L'Etat versera à Me Diakité une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Diakité et à la préfète de Tarn-et-Garonne

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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