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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205185

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205185

mardi 27 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGOUTAL ALIBERT & ASSOCIES AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 septembre 2022 et le 15 septembre 2022, la commune de Beaumont-sur-Lèze, représentée par Me Sire, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la délibération n° 2022-124 de la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais du 5 juillet 2022 portant résiliation unilatérale de la convention conclue avec la commune le 24 février 2020 fixant les modalités de la mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives pour le fonctionnement des services petite enfance, enfance, jeunesse au titre de la compétence ALAE ;

2°) d'enjoindre à la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais de reprendre les relations contractuelles à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais la somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'approbation de la délibération contestée, qui la prive de locaux adaptés à l'accueil des jeunes élèves durant le temps ALAE (accueil de loisirs associé à l'école), ne lui permet plus d'assurer cet accueil, et ce dès la rentrée du 1er septembre 2022 ;

-à aucun moment la résiliation en litige n'a été conditionnée à l'intervention d'une délibération concordante de son conseil municipal ou à la rédaction de tout autre acte administratif ;

-l'approbation de la résiliation unilatérale est pure et simple, de sorte que la convention du 24 février 2020 est effectivement résiliée depuis le 5 juillet 2022 ;

-elle ne peut accueillir décemment les 140 enfants recensés à la rentrée scolaire sans disposer du bâtiment communautaire ;

s'agissant de la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

-la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

-en procédant à la résiliation unilatérale de la convention conclue le 24 février 2022, la communauté de communes en a méconnu les stipulations qui prévoyaient que son abrogation ne pouvait intervenir qu'avec l'accord concordant du conseil municipal et du conseil communautaire ;

-la résiliation en cause est irrégulière en l'absence de bouleversement de l'équilibre de la convention ou de disparition de sa cause ;

-plus généralement, la communauté de communes ne se prévaut d'aucun motif d'intérêt général précis susceptible de justifier cette résiliation ;

-la délibération contestée est entachée d'un détournement de pouvoir en ce qu'elle vise à la contraindre à signer une nouvelle convention relative à l'accueil des enfants sur le temps périscolaire non adaptée à sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 septembre 2022, la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais, représentée par Me Banel, conclut au rejet de la requête et demande que soit mise à la charge de la commune de Beaumont-sur-Lèze la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

-la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la résiliation litigieuse n'a fait l'objet à l'heure du présent recours que d'une approbation par le conseil communautaire sans qu'une décision effective ne soit encore prise ;

-l'accueil des enfants en période périscolaire ALAE par la commune continue à être effectivement assuré pour cette rentrée scolaire 2022-2023 ;

-le conseil municipal avait trois mois à compter du 12 juillet 2022 pour rendre un avis sur la résiliation en litige ;

-deux pistes d'accord amiable concernant les conditions d'occupation du bâtiment communautaire par la commune pour l'organisation de son service communal ALAE, à savoir la location ou l'achat du bâtiment communautaire, sont actuellement discutées par les parties ;

-la demande de suspension présentée par la commune n'est aucunement justifiée par des motifs d'intérêt général de réorganisation du service public ;

-la résiliation en litige est fondée sur des considérations de réorganisation des services de la petite enfance, enfance et jeunesse (ALAE/ALSH), en vue d'optimiser l'accueil des enfants et de rationaliser les coûts importants de ce service ;

-et qu'aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

Vu :

-les autres pièces du dossier ;

-la requête n° 2205202 enregistrée le 2 septembre 2022 tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022, en présence de Mme Tur, greffière d'audience :

-le rapport de M. A,

-les observations de Me Sire, représentant la commune de Beaumont-sur-Lèze, qui a repris et ses écritures, en insistant notamment sur le fait que la délibération en cause a autorisé le président de la communauté de communes à résilier la convention du 24 février 2020, que cette délibération est exécutoire et que la commune est donc à la merci d'une fermeture du bâtiment appartenant à la communauté de communes, puis qui a affirmé que selon la jurisprudence dite " Béziers III ", un simple déséquilibre financier ne peut justifier une résiliation unilatérale et que la communauté de communes ne justifie pas d'un motif d'intérêt général caractérisé, enfin en indiquant que l'hypothèse de la vente ou de la location des locaux en question a été travaillé au cours du mois de juillet par les services,

-et les observations de Me Delesalle, substituant Me Banel, représentant la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais, qui a repris ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Beaumont-sur-Lèze, a été enregistrée le 16 septembre 2022 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais (CCBA) exerce de plein droit, en lieu et place de ses communes membres, la compétence supplémentaire " action sociale d'intérêt communautaire " par application du 5° du II de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales et du point 4-2-5° de ses statuts. Dans ce cadre, la CCBA se charge à titre exclusif de l'accueil de loisirs sans hébergement (ALSH) en période extrascolaire, et partage avec les communes membres la compétence d'accueil des enfants en période périscolaire, autrement dit l'accueil de loisirs associé à l'école (ALAE). Le service commun ALAE a ainsi été organisé par une convention qu'elle a conclue avec les communes de de Beaumont-sur-Lèze de Lagardelle-sur-Lèze, du Vernet et de Venerque. L'accueil des élèves en période périscolaire (ALAE) est pris en charge le mercredi après-midi par la CCBA, et les lundis, mardis, jeudis, et vendredis par les communes sur leur territoire. La CCBA a été désignée collectivité gestionnaire de ce service commun et a, à ce titre, pour mission de mettre à disposition les moyens nécessaires au fonctionnement du service et d'en assurer le suivi. Les modalités de mise à disposition de locaux, services et de personnels dans le cadre de l'exercice partagée de la compétence petite enfance jeunesse, et de remboursement des charges supplétives afférentes à cette mise à disposition sont par ailleurs définis avec les communes concernées dans le cadre de conventions spécifiques, formalisées sur la base d'une convention type. C'est dans ce contexte qu'a été conclue le 24 février 2020 entre la CCBA et la commune de Beaumont-sur-Lèze, pour l'exercice par cette dernière de sa compétence ALAE les lundis, mardis, jeudis et vendredis, une convention de mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives prévoyant la mise à disposition gratuite de la commune, par la CCBA, d'une partie d'un bâtiment communautaire de 350 m² situé sur le territoire de la commune. La communauté de communes a estimé qu'au vu de l'activité et des effectifs sur cette structure d'accueil depuis sa création, de l'évolution des besoins du territoire justifiant une nouvelle répartition de l'offre de service, des contraintes budgétaires et de la nécessité d'optimiser l'organisation de l'accueil ALSH et ALAE à l'échelle plus globale du secteur nord du territoire intercommunal, il y avait lieu de procéder à la résiliation unilatérale de cette convention. C'est ainsi que par une délibération du 5 juillet 2022, le conseil communautaire a, d'une part, approuvé la résiliation unilatérale de la convention fixant les modalités de la mise à disposition de locaux, services et personnels et de remboursement des charges supplétives pour le fonctionnement du service petite enfance, enfance, jeunesse conclue avec la commune le Beaumont-sur-Lèze le 24 février 2020, d'autre part, demandé à la commune de rendre un avis sur cette résiliation dans un délai de trois mois. Par la présente requête, la commune le Beaumont-sur-Lèze demande la suspension de l'exécution de cette délibération.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Les moyens invoqués par la commune de Beaumont-sur-Lèze à l'appui de sa demande, tels qu'ils ont été analysés dans les visas de la présente ordonnance, ne sont pas, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la délibération contestée. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition d'urgence est satisfaite, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette délibération doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions présentées aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Beaumont-sur-Lèze, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Beaumont-sur-Lèze la somme demandée par la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais, au même titre.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la commune de Beaumont-sur-Lèze est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Beaumont-sur-Lèze et à la communauté de communes du bassin auterivain haut-garonnais.

Fait à Toulouse, le 27 septembre 2022.

Le juge des référés,

B. A

La greffière,

P. TUR

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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