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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205205

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205205

mardi 6 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205205
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantELISSALDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 septembre 2022, M. D B, représenté par Me Elissalde, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire,

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans,

3°) d'ordonner la remise en liberté immédiate de M. B,

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation en l'absence de mention de sa relation de concubinage avec une ressortissante française depuis trois ans, de leur mariage célébré religieusement et son hébergement stable au domicile de sa concubine ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet a considéré qu'il était entré particulièrement récemment sur le territoire français et qu'il n'avait pas d'attaches personnelles et familiales en France ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et elle emporte des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation et celles de ses enfants puisqu'il entretient une relation de concubinage, qu'il a noué de nombreuses relations privées en France et que sa mère est le seul membre de sa famille à résider en Algérie ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation puisqu'il réside sur le territoire français depuis six ans et qu'il vit en concubinage depuis trois ans avec une ressortissante française ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen réel et sérieux.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A, qui informe les parties présentes à l'audience qu'il est susceptible de substituer d'office aux dispositions du 5° celles du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'irrecevabilité des conclusions portant sur la libération immédiate du requérant qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître,

- les observations de Me Elissalde, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le préfet n'a pas produit la preuve de la compétence de l'auteur de l'acte, que le dossier comporte plusieurs justificatifs de résidence et des bulletins de paie de sa compagne, qu'il a un hébergement stable depuis plus de trois ans, que les décisions portant refus de délai et interdiction de retour sur le territoire, qui ne font pas mention de sa relation de concubinage, ni de la présence de deux de ses frères qui vivent à Aurillac et Toulouse n'est pas motivée et, enfin, que M. B conserve la plupart de ses attaches familiales en France,

- les observations de M. B, assisté par Mahdi Hassan, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- les observations de Mme F, représentant le préfet de la Haute-Garonne, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant a été éloigné en 2019, de sorte que la décision n'est pas entachée d'erreur de fait, que le requérant ne démontre pas l'ancienneté et la stabilité de sa relation avec sa compagne, que ses parents et ses sœurs vivaient en Algérie, qu'il est considéré comme une menace à l'ordre public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 25 août 1964 à Chlef (Algérie), déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2016. Il a fait l'objet d'un arrêté du 13 juillet 2017 du préfet des Pyrénées-Orientales portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Il a été éloigné à destination de l'Algérie en 2019. Il est revenu sur le territoire français et a sollicité le bénéficie de l'asile. L'office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande le 10 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 22 janvier 2021. Il a ensuite fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours édictée par le préfet de la Haute-Garonne le 27 avril 2021. Il a de nouveau fait l'objet d'un arrêté du préfet des Pyrénées-Orientales le 19 mai 2021 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il a été écroué pour une durée de quatre mois le 31 mai 2022 pour des faits de détention de tabac manufacturé au centre pénitentiaire de Seysses. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de prononcer l'annulation de l'arrêté préfectoral du préfet de la Haute-Garonne du 31 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. En vertu de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 6 avril 2022, publié au recueil administratif le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision attaquée vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que M. B est entré en France au cours de l'année 2016, qu'il a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement le 13 juillet 2017, le 27 avril 2021 et le 19 mai 2021, qu'il a été condamné à une peine d'emprisonnement de quatre mois le 31 mai 2022 pour des faits " de détention de tabac manufacturé sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande " et que ces faits sont constitutifs d'un comportement représentant une menace pour l'ordre public. Le préfet de la Haute-Garonne indique également que le requérant déclare être en couple depuis trois ans avec une ressortissante française et qu'il réside avec elle, mais ne connaît pas son adresse et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, compte tenu notamment du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. La décision attaquée comporte donc l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré, pour la dernière fois, en France en novembre 2019 après avoir été éloigné vers l'Algérie en février 2019. L'intéressé ne démontre ni la réalité ni la stabilité de sa relation avec une ressortissante française, avec laquelle il soutient être en couple depuis trois ans, par la seule production d'une attestation non circonstanciée rédigée par celle-ci le 1er septembre 2022 et d'une facture d'électricité établie à leurs deux noms en juillet 2022. Il ne justifie pas davantage de la présence d'autres membres de sa famille sur le territoire français. Par suite, en retenant que M. B était entré récemment en France et que ses liens personnels et familiaux en France n'étaient pas anciens, intenses et stables, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur de fait.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. B se prévaut de son mariage religieux avec une ressortissante française et de leur vie commune depuis trois années, et des nombreuses attaches familiales qu'il détiendrait sur le territoire français, dont des membres de sa fratrie. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, l'intéressé ne démontre ni la réalité ni la stabilité de sa relation de couple par la seule production d'une attestation non circonstanciée rédigée par celle-ci le 1er septembre 2022 et d'une facture d'électricité établie à leurs deux noms en juillet 2022. Il ne justifie pas davantage de la présence d'autres membres de sa famille sur le territoire français. M. B n'est pas dépourvu d'attaches en Algérie où résident, comme il l'a déclaré lors de son audition le 30 juin 2022, ses parents ainsi que l'une de ses sœurs. Le requérant a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement à l'exécution desquelles il s'est soustrait, et a été condamné par le Tribunal judiciaire de Toulouse à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'importation en contrebande de tabac manufacturé. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 et les 1°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de faits sur lesquelles il repose, rappelant en particulier l'entrée irrégulière de l'intéressé sur le territoire national, son intention explicite de ne pas se conformer à sa mesure d'éloignement et l'absence de garantie de représentation. Dès lors la décision est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 612-2 : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ".

12. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne peut justifier être entré régulièrement en France. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité lors de son interpellation. Le requérant, qui a déclaré lors de son audition ne pas connaître son adresse et n'a présenté d'attestation d'hébergement que postérieurement à l'édiction de l'arrêté, ne justifie pas qu'il disposerait d'une adresse effective et permanente affectée à son habitation. Il a indiqué à l'occasion de son audition du 30 juin 2022 qu'il ne souhaitait pas repartir dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet a pu, sur le fondement des dispositions précitées et en l'absence de circonstances particulières, refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. B. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit et le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, la décision attaquée, qui atteste de la prise en compte des critères prévus par la loi, est suffisamment motivée.

14. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 31 août 2022.

Sur les conclusions à fin de libération immédiate :

16. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de M. B aux fins d'annulation sont rejetées. Il suit de là que les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Elissalde la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

18. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par M. B sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Elissalde et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 6 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. ALe greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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