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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205274

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205274

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022 et un mémoire en production de pièces enregistré le 7 octobre 2022, Mme A C, représentée par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 août 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de de la Corrèze de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi que la somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2ème de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de lui verser cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur auteur ;

- elles sont entachée d'un vice de procédure tiré du non-respect du droit d'être entendu ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que la durée de sa présence en France et sa situation au regard de ses études ne sont pas examinées par le préfet ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle porte sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dans la mesure où elle est justifiée par la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est contraire aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale dans légale dans la mesure où elle est justifiée par les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Corrèze qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Durand, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le préfet n'a pas produit de mémoire et n'a donc pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte mais aussi du respect du droit d'être entendu, que l'arrêté vise un PV d'audition qui n'est pas produit, que la décision a été prise très rapidement sans même viser sa date de naissance, sa date d'entrée en France, ni faire état de la présence de sa petite sœur, qu'elle n'a pas présenté de demande d'asile, que sur le fond, la décision pose une difficulté car elle est arrivée mineure alors que sa mère fuyait la République démocratique du Congo, avec son frère et sa petite sœur, qu'elle a perdu deux membres de la fratrie lors du parcours d'asile, que la tante de Mme est présente sur le territoire français et a obtenu le statut de réfugié en raison des menaces dont elle a fait l'objet de la part de soldats congolais, que la requérante est l'aînée de la fratrie, qu'elle a soutenu sa mère, qu'elle a obtenu son baccalauréat, obtenu une licence avec mention et suit actuellement son parcours universitaire, qu'elle justifie des liens qu'elle a tissés par diverses attestations, qu'au vu de l'ensemble de ces éléments et alors que toute la fratrie se trouve à Albi dont elle est dépendante, que l'obligation de quitter le territoire français est donc entachée d'une méconnaissance de l'article 8 et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de ses conséquences sur sa situation personnelle puisqu'elle emporte séparation de la cellule familiale, que la préfecture s'est estimée en situation de compétence liée, en raison de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement,

- les observations de Mme C, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Corrèze n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, née le 30 juin 1999 à Kinshasa (République Démocratique du Congo), de nationalité congolaise, a fait l'objet d'un arrêté du 26 août 2022 par lequel le préfet de la Corrèze l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et l'a interdite de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa présente requête, Mme C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressée, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

4. En l'espèce, en l'absence de production de mémoire en défense, le préfet de la Corrèze n'établit pas que l'intéressée ait été effectivement entendue, avant l'édiction des décisions litigieuses, sur les éléments liés à sa situation personnelle, les conditions de son séjour en France et la perspective d'une mesure d'éloignement et qu'elle ait été mise à même de faire état de circonstances particulières qui auraient été susceptibles d'influer sur le contenu de ces décisions, tels le statut de réfugié de sa tante, la présence de membres de sa famille sur le territoire français, en particulier celle de sa sœur, et son parcours scolaire et universitaire, notamment l'obtention du baccalauréat d'une licence de chimie et son inscription en master de chimie des matériaux. Dans ces conditions, Mme C, privée de la possibilité de présenter les éléments pertinents de sa situation, est fondée à soutenir que la décision a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu.

5. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de leur base légale les décisions portant fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français contenues dans le même arrêté. Par suite et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet de la Corrèze en date du 26 août 2022 doit être annulé dans son intégralité.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet procède au réexamen de la situation de Mme C dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement et qu'il le munisse d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Durand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Durand la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C.

8. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme C sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme C est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Corrèze du 26 août 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Corrèze de procéder au réexamen de la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Durand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Durand la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à la requérante par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme C.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Durand et au préfet de la Corrèze.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 202Le magistrat désigné,

F. B Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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