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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205314

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205314

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205314
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPELLEGRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 8 septembre et 14 octobre 2022, M. B D, représenté par Me Pellegry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à sa remise en liberté immédiate ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès et une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à titre subsidiaire, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît son état de santé en tant qu'obstacle à une mesure d'éloignement et le préfet aurait dû prendre en considération sa situation de santé dont l'effectivité des soins dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales puisqu'il a une relation de concubinage avec une ressortissante française ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et le 1° du 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation puisqu'il ne présente pas de risque de soustraction en contradiction avec le 3° de l'article L. 612-3 du même code ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation puisqu'il est marié religieusement et fait l'objet d'un suivi médical et qu'un prochain rendez-vous est prévu pour octobre 2022 ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Pellegry, représentant M. D, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que plusieurs attestations et documents médicaux ont été produits, qu'ils n'ont pas été pris en compte par le préfet, que cela affecte la légalité de l'obligation de quitter le territoire français mais aussi sur l'appréciation du risque de fuite s'agissant du refus de délai et sur l'appréciation des circonstances humanitaires pour l'interdiction de retour,

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, né le 18 octobre 2003 à Mostaganem (Algérie), déclare être entré sur le territoire français au cours du mois de novembre 2019. Par un arrêté du 7 septembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Par un arrêté en date du 6 avril 2022, publié le même jour au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné une délégation à Mme F C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les arrêtés établis en matière de police des étrangers et notamment les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de son article R. 611-2 : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

5. Il résulte de ces dispositions que dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger résidant habituellement en France présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

6. M. D fait valoir qu'il souffre de problèmes affectant sa santé physique à la suite d'une fracture du bras droit, qu'il a subi récemment une opération avec pose de broches et qu'il a un rendez en octobre dans le cadre de son suivi médical. Toutefois, si M. D a déclaré, lors de son audition le 6 septembre 2022 par les services de police qu'il avait été opéré à l'hôpital Purpan à la suite d'une fracture ouverte du bras mais qu'il ne prenait aucun médicament, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'au moment où il a statué sur la situation du requérant, le préfet de la Haute-Garonne disposait d'éléments d'information suffisamment précis sur son état de santé lui imposant de saisir le collège de médecins. En tout état de cause, le seul document médical produit, concernant un rendez-vous médical de suivi prévu le 29 septembre 2022, qui ne se comporte aucune indication sur l'état de santé du requérant, ne permet pas d'établir que M. D pourrait entrer dans le champ des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'état de santé du requérant ferait obstacle à une mesure d'éloignement doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Le requérant se prévaut de sa relation de concubinage avec une compatriote, bénéficiaire d'un certificat de résidence valable jusqu'en 2028, et produit une attestation d'hébergement indiquant qu'il vit au domicile de celle-ci. Cependant les seules attestations de témoins produites ne sont pas de nature à établir la réalité et l'ancienneté de sa relation avec sa compagne, avec laquelle il ne vit que depuis le mois d'avril 2022. Le requérant est entré récemment sur le territoire français, en novembre 2019, et a déclaré avoir tous les membres de sa famille, dont sa mère, son frère et ses cinq sœurs, dans son pays d'origine, l'Algérie. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 et les 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de faits sur lesquelles repose la décision contestée, rappelant en particulier l'entrée irrégulière de M. D sur le territoire national sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour et l'absence de garantie de représentation en l'absence d'une adresse effective et de document d'identité. Dès lors la décision est suffisamment motivée.

10. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. D.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ()

8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

12. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le requérant n'a présenté aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et a expliqué lors de son audition du 6 septembre 2022 que sa pièce d'identité se trouvait en Algérie. En se bornant à soutenir qu'il souhaite se marier civilement avec sa compagne, sans justifier d'aucune démarche en ce sens, M. D n'invoque aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce que le préfet lui refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire. En refusant de lui accorder un tel délai, le préfet n'a pas donc pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

13. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté, ni des pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de M. D.

14. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles la décision contestée est fondée en prenant en compte les critères prévus par la loi, notamment l'entrée récente de M. D sur le territoire, et la nature et de ses liens avec la France nonobstant l'absence de précédente mesure d'éloignement ou de comportement troublant l'ordre public. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

15. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Ces dispositions ne faisaient pas obstacle à ce que le préfet fixe, dans le même article de l'arrêté attaqué que celui relatif à la mesure d'éloignement, le pays de destination de cette mesure.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 7 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Pellegry, la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

19. Enfin, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions relatives aux dépens et aux frais non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Pellegry et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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