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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205335

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205335

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRAINERO-BOYER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, Mme B Sabbouh, représentée par Me Tournebize, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron lui a refusé la délivrance d'un agrément d'accueillante familiale ;

2°) d'enjoindre au conseil départemental de l'Aveyron, sous réserve d'un nouvel examen de l'équipe pluridisciplinaire, de lui délivrer un agrément d'accueillante familiale pour personnes âgées, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que le département de l'Aveyron ne lui a jamais adressé d'accusé de réception de sa demande d'agrément et lui a notifié la décision attaquée par courrier simple, ce qui a pour conséquence que le délai de recours lui est inopposable en application des articles 112-3 et 112-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision attaquée, le courrier de notification de cette décision et les échanges avec l'administration sont signés par des personnes incompétentes ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le département de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme Sabbouh ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarraute,

- et les conclusions de M. Luc, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 23 décembre 2021, Mme Sabbouh a déposé une demande d'agrément d'accueillante familiale. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision du 23 juin 2022 par laquelle le président du conseil départemental de l'Aveyron a rejeté sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, la décision attaquée est signée par Mme A D, directrice générale adjointe du pôle des solidarités humaines du département de l'Aveyron, qui a reçu, par un arrêté du 22 avril 2022 du président du conseil départemental de l'Aveyron, délégation à l'effet de signer, sous l'autorité de M. E, à l'exception de certains actes parmi lesquels ne figurent pas les décisions portant accord ou refus d'agrément d'accueillant familial, " tous actes, arrêtés, décision, documents et correspondances administratives relevant des attributions du Pôle des Solidarités Humaines à l'exception ". D'autre part, le courrier de notification de la décision du 23 juin 2022 et les échanges de courriels que la requérante a eus avec l'administration pendant l'instruction de sa demande d'agrément ne constituent pas des décisions faisant grief, et, partant, ne sont pas susceptibles d'être attaquées par la voie du recours pour excès de pouvoir. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 441-1 du code de l'action sociale et des familles : " Pour accueillir habituellement à son domicile, à titre onéreux, des personnes âgées ou handicapées adultes n'appartenant pas à sa famille jusqu'au quatrième degré inclus et, s'agissant des personnes handicapées adultes, ne relevant pas des dispositions de l'article L. 344-1, une personne ou un couple doit, au préalable, faire l'objet d'un agrément, renouvelable, par le président du conseil départemental de son département de résidence qui en instruit la demande. () / L'agrément ne peut être accordé que si les conditions d'accueil garantissent la continuité de celui-ci, la protection de la santé, la sécurité et le bien-être physique et moral des personnes accueillies, si les accueillants se sont engagés à suivre une formation initiale et continue et une initiation aux gestes de secourisme organisées par le président du conseil départemental et si un suivi social et médico-social des personnes accueillies peut être assuré. Un décret en Conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. () ". Aux termes de l'article R. 441-1 du même code : " Pour obtenir l'agrément mentionné à l'article L. 441-1 du présent code, la personne ou le couple proposant un accueil à son domicile, à titre habituel et onéreux, de personnes âgées ou handicapées adultes doit : / 1° Justifier de conditions d'accueil permettant d'assurer la santé, la sécurité, le bien-être physique et moral des personnes accueillies ; / 2° S'engager à ce que l'accueil soit assuré de façon continue, en proposant notamment, dans le contrat mentionné à l'article L.442-1, des solutions de remplacement satisfaisantes durant des périodes d'absence ; / 3° Disposer d'un logement dont l'état, les dimensions et l'environnement répondent aux normes fixées par les articles R. 822-24 et R. 822-25 du code de la construction et de l'habitation et soient compatibles avec les contraintes liées à l'âge ou au handicap des personnes accueillies ; / 4° S'engager à suivre la formation initiale et continue et l'initiation aux gestes de secourisme prévues à l'article L. 441-1 ; / 5° Accepter qu'un suivi social et médico-social des personnes accueillies puisse être assuré, notamment au moyen de visites sur place. "

4. Pour rejeter la demande de Mme Sabbouh, le président du conseil départemental de l'Aveyron s'est fondé, après avis de l'équipe pluridisciplinaire en charge de l'évaluation de cette demande, et quand bien même la requérante présentait des qualités relationnelles, d'empathie et d'écoute, sur la circonstance que le projet était uniquement lié à l'accueil d'une personne âgée identifiée, sans projection quant à l'accueil d'autres personnes âgées, l'incapacité de la requérante à se positionner en tant que professionnelle et à identifier les limites liées à l'exercice du métier d'accueillante familiale ainsi que sur son manque de prise de décisions et de sens des responsabilités.

5. Il ressort des pièces du dossier que dans le cadre de l'instruction de sa demande pendant laquelle elle était en mesure de fournir tout document qu'elle estimait utile, Mme Sabbouh a reçu l'équipe pluridisciplinaire d'évaluation à son domicile le 4 avril 2022 puis a été reçue par cette même équipe en entretien individuel le 19 avril 2022. A l'issue, cette équipe a rendu, le 19 avril 2022, un rapport émettant un avis défavorable à sa demande, qui, contrairement à ce que soutient la requérante, est signé par ses deux auteurs dont les noms et fonctions sont expressément mentionnés.

6. Tout d'abord, il ressort de ce rapport que si Mme Sabbouh possède des qualités relationnelles, d'empathie et d'écoute, et si elle est une personne dévouée qui souhaite bien faire et veille au bien-être de la personne âgée dont elle s'occupe au moment de l'évaluation, elle s'est montrée dans l'incapacité d'exposer un projet préparé et abouti, incluant l'accueil de personnes autres que celle dont elle s'occupe actuellement. La circonstance qu'elle a sollicité auprès de l'office HLM un logement plus grand afin de pouvoir mener à bien son projet est à cet égard indifférente, dès lors que cette demande, qui au demeurant mentionne qu'elle estime son logement actuel inadapté " pour sa demande d'agrément pour l'accueil d'une personne âgée ", est postérieure à la date de décision attaquée.

7. S'agissant de son positionnement professionnel, Mme Sabbouh se prévaut d'une longue expérience, depuis 2010, auprès des personnes âgées. Elle n'en justifie cependant pas par la seule production de six bulletins de salaire en qualité d'agent des services logistiques en maison de retraite, emploi familial, ou aide à domicile pour les mois de juin et août 2010, août 2018, janvier et décembre 2020, et d'une lettre de références établie en août 2010 par une personne qu'elle a prise en charge. Par ailleurs, il ressort du rapport d'évaluation du 19 avril 2022 que la prise en charge d'une personne âgée depuis plusieurs mois au domicile de la tutrice de cette dernière a lieu hors de tout cadre légal, Mme Sabbouh ayant elle-même reconnu ne pas détenir de contrat de travail et ne pas oser en réclamer un à son employeur. Ce même rapport indique également que la requérante admet ne pas savoir dire non et n'envisage pas, sauf par obligation, de suivre des formations professionnalisantes.

8. Mme Sabbouh soutient enfin que le motif de refus tiré du manque de prise de décisions et de sens de responsabilités est non étayé. Il ressort toutefois du rapport d'évaluation du 19 avril 2022 qu'elle est particulièrement effacée pour prévenir ou gérer un conflit, qu'elle est dans l'incapacité d'initier la formalisation d'un contrat, ce qui questionne sa capacité à construire et finaliser les contrats d'accueil qui doivent être mis en œuvre dans le cadre de l'agrément d'accueillante familiale, qu'elle ne sait pas dire non et qu'elle n'a pas conscience des contraintes liées à l'exercice de l'activité d'accueillant familial. Mme Sabbouh ne peut par ailleurs utilement faire valoir que ce motif de refus est en contradiction avec les qualités relationnelles, d'empathie et d'écoute qui lui sont reconnues, lesquelles sont sans rapport avec les critères de prise de décision et de sens des responsabilités.

9. Au regard de l'ensemble de ces éléments, en fondant sa décision de rejet sur les motifs tenant à ce que le projet de Mme Sabbouh était uniquement lié à l'accueil d'une personne âgée identifiée, sans projection quant à l'accueil d'autres personnes âgées, que celle-ci était dans l'incapacité de se positionner en tant que professionnelle et d'identifier les limites à l'exercice du métier d'accueillante familiale, qu'elle était défaillante dans la prise de décision et manquait de sens des responsabilités, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne n'a, ni méconnu les dispositions de l'article L. 441-1 du code de l'action sociale et des familles, ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus d'agrément d'accueillante familiale présentées par Mme Sabbouh doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme Sabbouh étant rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme Sabbouh est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B Sabbouh et au président du conseil départemental de l'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 19 novembre 2024.

La rapporteure,

N. SARRAUTELa présidente,

S CHERRIER

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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