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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205340

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205340

lundi 6 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 6 février 2023, M. C B, représenté par Me Bouix, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juin 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quatre mois et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans les mêmes conditions d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la même somme, à lui verser sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, en méconnaissance des articles L. 425-9, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont bien délibéré de manière collégiale avant de rendre leur avis et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège ;

- il est insuffisamment motivé, ce qui révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dès lors que son traitement n'est pas disponible en Algérie ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le 11° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié en Algérie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 27 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 14 avril 2023.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,

- et les observations de Me Bouix, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 7 octobre 1988, est entré en France le 14 décembre 2016 muni d'un visa de court séjour. Il a obtenu plusieurs certificats de résidence en raison de son état de santé et en a sollicité le renouvellement le 23 décembre 2021. Par un arrêté du 9 juin 2022, le préfet du Tarn a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné à défaut de se conformer à cette obligation.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 1er février 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conformé à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ".

4. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

5. Pour refuser de renouveler le certificat de résidence pour raisons de santé de M. B, le préfet du Tarn s'est notamment fondé sur un avis du 24 mars 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dont il ressort, d'une part, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie et que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une cardiopathie dilatée post-hypertensive en raison de laquelle il porte un défibrillateur sous-cutané, d'un trouble dépressif d'intensité très sévère et qu'il a bénéficié, en octobre 2019, d'une greffe de rein. Il ressort également d'un certificat médical établi par une néphrologue et de plusieurs ordonnances relatives à son traitement que M. B bénéficie, dans le cadre du suivi de cette greffe, d'un traitement anti-rejet composé notamment des molécules Tacrolimus et Mycophenolate et que ces deux médicaments ne peuvent être substitués dès lors qu'ils ont une marge thérapeutique étroite, ce dont témoigne l'ajout de la mention " MTE " sur les ordonnances, qui manifeste l'adaptation particulière de ces médicaments à la situation du requérant. Pour justifier de l'indisponibilité de ces molécules en Algérie, le requérant produit une ordonnance d'un pharmacien algérien, certes postérieure à la décision attaquée mais révélant une situation existant à la date de cette décision, qui fait état de ce que ces molécules ne sont pas disponibles dans son officine. Il verse également au dossier plusieurs courriers émanant des laboratoires Novartis Pharma et Astellas selon lesquels la spécialité Myfortic (Mycophenolate) ne bénéficie pas d'une autorisation de mise sur le marché en Algérie et les spécialités Advagraf (Tacrolimus) et Prograf (Tacrolimus), qui lui sont également prescrites, n'y sont pas commercialisées. Enfin, le requérant produit une liste de l'Observatoire de Veille des médicaments disponibles en officine, émanant, selon les mentions apposées sur la première page, du ministère de l'industrie pharmaceutique algérien, sur laquelle ne figurent ni le Tacrolimus ni le Mycophenolate. Ces documents sont de nature à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'office sur la disponibilité du traitement du requérant en Algérie. Si le préfet du Tarn produit pour sa part l'extrait d'une page Internet intitulée " Dictionnaire des médicaments en Algérie ", selon laquelle le Tacrolimus serait disponible en Algérie et un rapport d'activité annuelle de l'agence nationale des greffes algérienne, ces éléments, datés de l'année 2019, sont anciens, peu circonstanciés et ne concernent qu'une des molécules prescrites au requérant. Ils ne sont ainsi pas de nature à contredire les éléments médicaux fournis par M. B. Dans ces conditions, ce dernier est fondé à soutenir que le préfet du Tarn a fait une inexacte application des stipulations précitées du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en refusant de renouveler le titre de séjour de M. B.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 9 juin 2022 du préfet du Tarn.

Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Tarn de délivrer à M. B un certificat de résidence algérien dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bouix de la somme de 900 euros, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions du requérant tendant à son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 9 juin 2022 du préfet du Tarn est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de délivrer à M. B un certificat de résidence dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Bouix la somme de 900 (neuf cents) euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Bouix et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 20 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Quessette, premier conseiller,

Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2023.

La rapporteure,

E. LUCAS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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