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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205343

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205343

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHERRMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 septembre 2022, Mme B A, représentée par Me Herlédan, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juin 2022 par laquelle le directeur des hôpitaux de Luchon a refusé, à l'issue de son stage, de la titulariser dans le grade d'agent des services hospitaliers qualifié classe normale et l'a radiée des cadres de la fonction publique hospitalière à compter du 1er juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge des hôpitaux de Luchon la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas pu présenter ses observations avant l'édiction de la décision litigieuse :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon ", représenté par Me Herrmann, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 mai 2024 à 12 heures.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a été recrutée en octobre 2013 par le centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon ", par contrat en qualité d'agent des services et affectée au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) Gabriel Rouy. Le 1er juillet 2021, Mme A a été nommée agent des services hospitaliers qualifié de classe normale stagiaire, tout en restant affectée au sein de l'EHPAD Gabriel Rouy. Par l'arrêté contesté du 1er juin 2022 et à l'issue de sa période de stage, le directeur du centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon " a refusé de titulariser Mme A et l'a radiée des cadres de la fonction publique hospitalière à compter du 1er juillet 2022. Le recours gracieux formé par Mme A a été expressément rejeté par une décision du 26 juillet 2022, dont Mme A demande également l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Un agent public ayant la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. La circonstance que tout ou partie de tels faits seraient également susceptibles de caractériser des fautes disciplinaires ne fait pas obstacle à ce que l'autorité compétente prenne légalement une décision de refus de titularisation, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

3. Il résulte de ce qui précède que, pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

4. Pour refuser de titulariser Mme A, le directeur du centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon " a relevé l'insuffisance de ses aptitudes professionnelles, une négligence dans ses pratiques et un comportement inacceptable envers ses collègues. Pour justifier de ces insuffisances professionnelles, le centre hospitalier produit deux procès-verbaux des conseils de surveillance des 20 octobre 2021 et 11 mars 2022, le procès-verbal de la commission administrative paritaire locale qui s'est réunie le 13 mai 2022, ainsi qu'un avis de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Toutefois, aucun de ces documents ne comporte de descriptions des faits précis reprochés à Mme A et le centre hospitalier ne produit en défense aucun élément de nature à établir même la réalité des faits de négligence professionnelle et du comportement de Mme A, en particulier pendant la période probatoire qui doit seule être prise en compte. Au contraire, il ressort des pièces du dossier que la requérante a été recrutée à compter du 15 octobre 2013 en qualité d'agent des services hospitaliers au sein de cet établissement et, qu'hormis l'évaluation réalisée en 2015 qui mentionne des pauses trop fréquentes et un relâchement dans le travail, les aptitudes professionnelles et la manière de servir de l'intéressée n'ont pas été contestées et son comportement n'a pas été mis en cause. Et il ressort de son entretien d'évaluation de 2016 que sa hiérarchie souhaitait alors lui proposer un contrat à durée indéterminée et que c'est en raison de ses états de service qu'une proposition de stage lui ouvrant accès à la fonction publique hospitalière lui a été adressée le 8 juin 2021. Dans ces conditions, compte tenu notamment de ses précédentes évaluations, les pièces du dossier ne permettent pas de corroborer l'insuffisance professionnelle de l'intéressée au cours de sa période de stage.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 1er juin 2022 portant refus de titularisation et radiation des cadres de Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision du 26 juillet 2022 portant rejet de son recours gracieux.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon " au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge ce centre hospitalier la somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 1er juin 2022 et du 26 juillet 2022 sont annulées.

Article 2 : Le centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon " versera à Mme A la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon " au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au centre hospitalier " les hôpitaux de Luchon ".

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Préaud, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

La rapporteure,

C. PÉAN

La présidente,

C. VISEUR-FERRÉLa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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