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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205349

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205349

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9, 21 septembre 2022 et 27 avril 2023, M. A D, représenté par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mai 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation au regard des stipulations du 5. de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors que la procédure de regroupement familial peut seulement être initiée par son épouse qui ne remplit toutefois pas les conditions relatives aux revenus ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 7 b) du même accord ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article R. 5221-17 du code du travail dès lors qu'il appartenait au préfet de saisir la DIRECCTE pour la validation de son contrat de travail ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 21 novembre 2022 et le 8 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la circulaire NOR INTK 1229185 C du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 fixant les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Biscarel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 1er janvier 1985, déclare être entré en France le 23 septembre 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par décision du 28 février 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par arrêté du 13 octobre 2020, le préfet de la Haute-Garonne a pris une obligation de quitter le territoire à son encontre. M. D a ensuite sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 22 avril 2021. Par une décision du 30 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par sa requête, M. D demande l'annulation de la décision du 30 mai 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par arrêté du 6 avril 2022 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2022-137 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, ainsi que les décisions d'éloignement et les décisions les assortissant. Si M. D soutient qu'il n'est pas établi que le préfet de la Haute-Garonne était absent ou empêché à la date de l'arrêté contesté, la délégation de signature accordée à Mme C, qui liste de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est pas conditionnée par l'absence ou l'empêchement du préfet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D, Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté, ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et complet de la situation de M. D.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens s'établissant en France pour exercer une activité professionnelle autre que salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur justification, selon le cas, qu'ils sont inscrits au registre du commerce ou au registre des métiers ou à un ordre professionnel, un certificat de résidence dans les conditions fixées aux articles 7 et 7 bis. ". L'article 7 du même accord stipule : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français (), les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises ".

7. Aux termes de l'article R. 5221-17 du code du travail, dans sa rédaction alors en vigueur : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ". Les dispositions précitées du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet saisi d'une telle demande est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. Toutefois, aucune stipulation de l'accord franco-algérien ni aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi, comme en l'espèce par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du certificat de résidence. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En cinquième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que M. D est entré en France selon ses déclarations pour la dernière fois le 23 septembre 2019, à l'âge de 34 ans. Il a fait l'objet le 13 octobre 2020 d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Si M. D se prévaut de la présence en France de son épouse, de ses deux enfants issus de cette union ainsi que des trois enfants de son épouse nés d'une précédente union, il ne justifie par aucun élément de l'intensité des liens avec ces derniers et n'est pas isolé en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie et où demeure sa mère. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier qu'il serait présent de façon habituelle en France depuis le mois de septembre 2019 et serait particulièrement intégré. Enfin, il ressort des pièces du dossier que son épouse à déposé plainte contre lui le 28 décembre 2022 à raison d'un comportement violent à son égard. Par suite, en refusant son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation

10. Ensuite, si M. D se prévaut d'une promesse d'embauche dans un entreprise du bâtiment, cette seule circonstance n'est pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou une considération humanitaire de nature à permettre son admission exceptionnelle au séjour.

11. Enfin, si M. D se prévaut de la création en mai 2022 d'une activité dans l'achat et la vente de véhicules d'occasion, en qualité d'auto-entrepreneur, le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait prendre en compte cette circonstance intervenue postérieurement à la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation du requérant en refusant de lui délivrer un certificat de résidence en qualité de salarié doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

13. Pour les motifs énoncés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. Alors que la décision attaquée de refus de séjour n'a ni pour objet ni pour effet d'entraîner une séparation des enfants de l'un de deux parents, il ne ressort pas des pièces du dossier, quand bien même l'épouse du requérant est titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer en Algérie. Par ailleurs, M. D ne fait état d'aucun élément rendant impossible un retour de courte durée dans son pays d'origine le temps de l'examen d'une demande de regroupement familial à laquelle il est éligible. En outre, il ne rapporte pas la preuve que son épouse aurait fait une demande de regroupement familial qui aurait été refusé au motif que le demandeur ne justifiait pas de ressources suffisantes. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations précitées doit être écarté.

16. En huitième et dernier lieu, M. D ne peut se prévaloir utilement des orientations générales de la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012, que le ministre de l'intérieur a adressée aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cette circulaire doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 30 mai 2022 de refus de séjour doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Les conclusions à fin d'annulation de M. D étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

19. Les conclusions de M. D tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Andréo-Molina, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

B. ANDRÉO-MOLINA

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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