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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205392

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205392

mercredi 8 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, M. E B, représenté par Me Tercero, demande au tribunal:

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dès la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour Me Tercero de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté en litige pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence de son auteur ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 et elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur le caractère sérieux de la poursuite de ses études ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- les autres moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Tercero, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité ivoirienne, est entré en France le 19 octobre 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour " étudiant " valable du 19 octobre 2018 au 19 août 2019. A compter du 8 octobre 2019, il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " étudiant ", régulièrement renouvelée jusqu'au 7 octobre 2021. Il a sollicité le 24 novembre 2021 le renouvellement de son titre de séjour, sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992. Par un arrêté du 6 décembre 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté du 20 septembre 2021 publié le 21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. "

4. Il résulte des stipulations précitées que, sous le contrôle du juge, saisie d'une demande de renouvellement de titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, il appartient à l'administration de rechercher à partir de l'ensemble du dossier si l'intéressé peut être regardé comme poursuivant effectivement des études et de vérifier le caractère réel et sérieux de celles-ci.

5. En l'espèce, il est constant que M. B s'est inscrit trois années consécutives en première année de licence d'économie-gestion à l'Université Toulouse-1 Capitole, en 2018-2019, 2019-2020 et 2020-2021, sans toutefois valider aucun semestre ou diplôme ni de progression d'une année sur l'autre, la moyenne annuelle de l'intéressé s'établissant respectivement à 1,4 / 20, 9,157 / 20 et 9,311 / 20 sur chacune de ces années. Par la suite, M. B a entrepris un changement de cursus en s'orientant vers un brevet de technicien supérieur " Banque ", qu'il a suivi à l'institut Rousseau durant l'année universitaire 2021-2022. Si l'intéressé soutient qu'il a tiré le bilan de ses échecs répétés, qu'il a démontré être un étudiant persévérant et sérieux, et que le niveau de l'enseignement en France est particulièrement exigeant pour qui a précédemment été scolarisé en Côte d'Ivoire, toutefois il est constant qu'il n'a, en dépit de sa résidence en France depuis l'année 2018 sous couvert d'un titre de séjour étudiant, obtenu aucun diplôme ni même validé d'année universitaire à la date de la décision attaquée. Par suite, en l'absence de progression notable de nature à démontrer le caractère réel et sérieux de ses études, condition pleinement opposable à l'intéressé, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiant.

6. En second lieu, M. B soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle dès lors qu'elle le contraindrait à interrompre ses études en France, dans des conditions qui sont plus favorables que dans son pays d'origine, la Côte d'Ivoire. Toutefois, ainsi qu'il vient d'être dit au point 5, le caractère sérieux des études suivies en France par l'intéressé n'est pas établi. En outre, il ne démontre pas qu'il ne pourrait pas poursuivre ses études en Côte d'Ivoire. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le refus de titre de séjour opposé par préfet de la Haute-Garonne à M. B n'est pas entaché d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Haute-Garonne n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 6 décembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 mars 2023.

Le rapporteur,

S. A

Le président,

T. SORINLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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