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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205419

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205419

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDUJARDIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 septembre 2022 et deux mémoires complémentaires enregistrés le 28 septembre 2022 et le 10 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Dujardin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 septembre 2022 par lequel le préfet du Tarn lui a refusé l'octroi du titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire au titre de sa vie privée et familiale ou salarié, et à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

4°) de renvoyer vers une formation collégiale du tribunal l'examen de ces conclusions.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- seule une formation collégiale du tribunal est compétente pour statuer sur la présente requête au regard des dispositions des articles R. 776-10 à R. 776-13 du code de justice administrative, dès lors que l'arrêté litigieux comporte un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français qui est en réalité fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non sur le 4° de cet article comme indiqué dans l'arrêté ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son employeur ayant rempli une demande d'autorisation de travail, le préfet aurait dû saisir la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) afin de solliciter son avis, et à tout le moins, vérifier la situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail ; le préfet ne pouvait exiger la production d'un visa de long séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car le préfet n'a pas procédé, avant tout autre examen, à une étude approfondie de l'ensemble de sa situation personnelle et familiale, et n'a pas examiné sa demande de régularisation au titre du travail ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant refus de séjour elle-même illégale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste de sa situation et de ses conséquences sur sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale dès lors qu'elle se fonde sur des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français elles-mêmes illégales.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les observations de Me Maquet substituant Me Dujardin, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et sollicite également l'admission de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

- les observations de M. C, assisté par Mme B, interprète en langue albanaise, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet du Tarn n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais, né le 3 juin 1963 à Kërçukaj (Albanie) déclare être entré sur le territoire français le 17 novembre 2013 pour y rejoindre sa femme et ses quatre enfants. Il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 21 novembre 2013. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande le 9 septembre 2014 et la Cour nationale du droit d'asile a confirmé ce rejet le 5 février 2015. Par un arrêté du 23 avril 2015, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse le 2 octobre 2015 et par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 7 avril 2016, le préfet du Tarn a refusé d'octroyer un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 20 mai 2022, l'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre du travail. Par un arrêté du 13 juillet 2022, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions contenue dans cet arrêté.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la compétence du magistrat désigné :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes de l'article L. 614-5 de ce code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision / () / Lorsque l'étranger conteste une décision portant obligation de quitter le territoire fondée sur le 4° de l'article L. 611-1 et une décision relative au séjour intervenue concomitamment, le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin statue par une seule décision sur les deux contestations. ".

4. Il résulte de ces dispositions que lorsqu'une décision relative au séjour est intervenue concomitamment et a fait l'objet d'une contestation à l'occasion d'un recours dirigé contre une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 4° l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette contestation suit le régime contentieux applicable à l'obligation de quitter le territoire, alors même qu'elle a pu être prise également sur le fondement du 3° de cet article.

5. En l'espèce, il résulte des termes de l'arrêté contesté que le préfet du Tarn s'est fondé, pour édicter une mesure d'éloignement à l'encontre de M. C, sur le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile après avoir relevé que la demande d'asile présentée par l'intéressé avait été rejetée, en dernier lieu, par la Cour nationale du droit d'asile le 5 février 2015 et, qu'ayant concomitamment refusé de délivrer à M. C le titre de séjour sollicité, ledit préfet a également entendu fonder l'obligation de quitter le territoire français contestée sur le 3° de ce même article. Il s'ensuit que le magistrat désigné par la présidente du tribunal est compétent pour statuer sur l'ensemble des conclusions de M. C lesquelles n'avaient pas à être renvoyées à une formation collégiale de ce tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, la décision portant refus d'admission au séjour vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle les conditions d'entrée et de séjour de M. C en France, indique que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 9 septembre 2014, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 5 février 2015, et vise la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 23 avril 2015. En outre, le préfet indique les motifs pour lesquels l'intéressé ne peut se voir délivrer le titre de séjour sollicité, mentionne que sa femme et ses enfants, nonobstant l'un d'entre eux, vivent en France en situation irrégulière, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit et au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision en litige est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. ". Aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée ou qui fait l'objet d'un détachement conformément aux articles L. 1262-1, L. 1262-2 et L. 1262-2-1 du code du travail se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". Enfin, aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C doit être regardé comme sollicitant une première carte de séjour temporaire et qu'il ne s'est jamais vu délivrer un visa de long de séjour. Par suite, il ne peut se prévaloir de l'article L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour demander un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle salariée. Dans ces conditions, contrairement à ce qui est soutenu, d'une part, le préfet pouvait opposer au requérant l'absence d'un visa de long séjour pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, et d'autre part, il n'appartenait pas au préfet destinataire de la demande d'autorisation de travail de l'employeur de l'intéressé de saisir la DIRECCTE afin de solliciter son avis, ou de vérifier la situation de l'emploi dans la profession et dans la zone géographique pour lesquelles la demande est formulée, et les recherches déjà accomplies par l'employeur auprès des organismes concourant au service public de l'emploi pour recruter un candidat déjà présent sur le marché du travail. Les moyens d'erreur de droit invoqués à cet égard en méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. "

11. M. C se prévaut de sa présence depuis neuf ans sur le territoire français avec sa femme et ses quatre enfants. Toutefois, nonobstant l'un de ses fils qui était titulaire d'une carte de séjour temporaire à la date de la décision attaquée, du reste seulement valable jusqu'au 19 août 2022, il ressort des pièces du dossier que ni sa femme ni ses trois autres enfants majeurs ne résident régulièrement en France. En outre, si le requérant se prévaut de sa participation, depuis 2015, à diverses activités de bénévolat, notamment avec la Banque alimentaire du Tarn et d'avoir suivi une formation en " français langue étrangère " d'octobre 2014 jusqu'en 2018, ces circonstances ne suffisent pas à démontrer qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France. Par ailleurs, la seule production de bulletins de salaire pour la période de décembre 2019 à avril 2022 pour un poste d'auxiliaire de vie chez la personne qui l'héberge avec sa femme, et la demande d'autorisation de travail du 5 avril 2022 en lien avec ce poste, ne sauraient caractériser l'existence d'une réelle insertion professionnelle dans la société française. Enfin, il est constant que l'intéressé se maintien irrégulièrement en France depuis qu'une mesure d'éloignement a été prononcée à son encontre le 23 avril 2015 et qu'il n'a jamais sollicité la régularisation de sa situation administrative avant le 20 mai 2022. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, et dès lors qu'il résulte de ce qui précède que la cellule familiale que le requérant forme avec sa femme et ses enfants peut se reconstituer hors de France, et notamment dans son pays d'origine où il ne démontre pas être dépourvu d'attaches personnelles, celui-ci ne justifie pas disposer de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ce refus. Par suite, le préfet du Tarn n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, ledit préfet n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 de ce code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

13. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, un demandeur qui justifie d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des motifs exceptionnels exigés par la loi.

14. Contrairement à ce qui est soutenu, il ne résulte ni des termes de l'arrêté contesté, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas examiné la demande de titre de séjour présentée par le requérant sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en appréciant sa situation tant au titre de sa vie privée et familiale qu'au titre du travail. En outre, il résulte des motifs explicités au point 11 que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale ne répond pas à des considérations humanitaires ou ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels. Enfin, si, comme cela a été dit au point précité du présent jugement, l'intéressé produit des bulletins de salaire pour la période de décembre 2019 à avril 2022 pour un poste d'auxiliaire de vie chez la personne qui l'héberge avec sa femme, et la demande d'autorisation de travail du 5 avril 2022 en lien avec ce poste, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui ne dispose d'aucune formation particulière ni d'aucun diplôme pour exercer ce métier, justifierait de motifs exceptionnels de nature à lui permettre la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ". Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

16. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, et notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il repose. Dès lors, la décision est suffisamment motivée.

17. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Tarn n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé.

18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point 11, le préfet du Tarn n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant ni de ses conséquences sur sa situation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

19. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale en raison de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn du 14 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous d'astreinte :

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

22. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Dujardin la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Dujardin et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. D Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

La greffière en chef :

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