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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205444

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205444

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, et un mémoire, enregistré le 10 octobre 2022, M. A D, représenté par Me Canadas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne du 13 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de Tarn-et-Garonne de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de retour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au visa des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ou totale, mettre à la charge de l'Etat le versement de cette même somme au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est de nature à comporter pour sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle entraine des conséquences manifestement disproportionnées au regard du but poursuivi ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle est totalement disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est totalement disproportionnée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête et le mémoire ont été communiqués à la préfète de Tarn-et-Garonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, né le 3 juillet 1967 à Alger (Algérie), a déclaré être entré en France en 2003 et a été interpelé le 13 septembre 2022 pour des faits de tentative de vol dans un local d'habitation. Par un arrêté du même jour, la préfète du Tarn-et-Garonne a édicté à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée de deux ans. Par sa présente requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle du requérant.

4. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale n'est pas assorti de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, il doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () "

6. M. D fait valoir qu'il est présent sur le territoire français depuis 2003 et qu'il est parfaitement intégré à la société française. Toutefois, il est constant que M. D, qui ne justifie pas, par la seule production de quelques cartes d'admission à l'aide médicale d'Etat, une attestation de présence et de moralité et d'un certificat médical, d'une présence ininterrompue en France depuis cette date, a fait l'objet d'au moins deux précédentes mesures d'éloignement qu'il ne justifie pas avoir exécutées. Il a été condamné en 2004 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine d'un mois d'emprisonnement assorti d'une interdiction du territoire français de deux ans pour des faits de communication de renseignements inexacts sur son identité et a été interpellé, en 2022, pour des faits de vol dans un local d'habitation. M. D est célibataire et sans charge de famille. Dans ces circonstances, M. D, qui ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Algérie où il a vécu la majeure partie de sa vie, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant, qui ne justifie pas de circonstances exceptionnelles de nature à faire obstacle à son éloignement, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée entraînerait des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation au regard du but poursuivi ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de délai de départ volontaire est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et l'article L. 612-3 précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. D ne peut justifier être entré régulièrement en France. Il est constant que l'intéressé a fait l'objet d'au moins deux décisions portant obligation de quitter le territoire français qu'il ne justifie pas avoir exécutée et n'a pas présenté de document d'identité ou de voyage en cours de validité aux services de police. Dans ces conditions, en l'absence de circonstances particulières, la préfète de Tarn-et-Garonne, qui n'a pas méconnu l'étendue de sa compétence, a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que l'intéressé présentait un risque de fuite et refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

10. La décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

12. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.

13. En troisième et dernier lieu aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

14. Si M. D soutient qu'il est présent en France depuis 2003, il ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit au point 3, d'une présence ininterrompue depuis cette date sur le territoire. Il ne fait valoir aucun lien d'une particulière intensité et stabilité avec la France. Il est constant que l'intéressé a fait l'objet d'au moins deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il a été condamné en 2004 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine d'un mois d'emprisonnement assorti d'une interdiction du territoire français de deux ans pour des faits de communication de renseignements inexacts sur son identité et a été interpellé, en 2022, pour des faits de vol dans un local d'habitation. Dans ces conditions, la préfète a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas disproportionnée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de Tarn-et-Garonne en date du 13 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Canadas la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Canadas et à la préfète de Tarn-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. BLe greffier,

M. C

La République mande et ordonne à la préfète de Tarn-et-Garonne, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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