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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205499

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205499

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDIALEKTIK AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires non communiquées, enregistrées les 16 septembre 2022 et 5 juin 2023, Mme C A, représentée par Me Ducos-Mortreuil, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2022 par lequel la préfète de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet du Tarn-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entaché d'un défaut de compétence de son signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en raison de l'illégalité de l'avis émis par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dont il n'est pas établi, en l'absence de production par la préfecture, qu'il aurait été rendu par des médecins régulièrement saisis, identifiables et compétents pour ce faire ;

- la préfète de Tarn-et-Garonne s'est crue à tort liée par l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- c'est à tort qu'il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir son admission au séjour en qualité d'étranger malade, dès lors que les services préfectoraux n'apportent aucun élément permettant d'établir l'existence d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait les dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en fait, au regard de son état de santé ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des violences conjugales auxquelles elle serait exposée et de l'absence de soins appropriés à son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2023, la préfète de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une décision du 28 février 2023, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante albanaise née le 20 janvier 1970, est entrée en France le 18 avril 2019 selon ses déclarations. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 22 novembre 2019. L'intéressée ayant parallèlement sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade, la préfète du Tarn-et-Garonne a, par un arrêté du 10 janvier 2020, pris une décision de refus de séjour, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d'une interdiction de retour pour une durée d'un an et de la fixation du pays de renvoi. Par un jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Toulouse du 13 mars 2020, cet arrêté a été annulé uniquement en tant qu'il portait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Ayant à nouveau formé, le 13 avril 2021, une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, Mme A s'est vu délivrer une carte de séjour valable du 21 mai au 20 novembre 2021. L'intéressée a sollicité le renouvellement de ce titre le 14 novembre 2021. Par un arrêté du 21 juin 2022, la préfète de Tarn-et-Garonne lui a opposé un refus de séjour et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2023, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture de Tarn-et-Garonne, et signataire de l'arrêté contesté, bénéficie d'une délégation de la préfète de Tarn-et-Garonne, par un arrêté du 29 janvier 2021 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, n° 82-2021-015, à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet acte doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision du 21 juin 2022 fait état des circonstances de fait à raison desquelles la préfète de Tarn-et-Garonne a estimé ne pas devoir faire droit à la demande de Mme A de délivrance d'un titre de séjour, considérant, au vu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 25 janvier 2022, que l'intéressée ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dont elle a besoin dans son pays d'origine et que son état de santé lui permettait de voyager sans risque. Elle mentionne que Mme A n'a été admise à séjourner en France que le temps d'y suivre des soins dont la durée était déterminée et qu'elle n'avait pas vocation à s'y installer de manière durable. Elle ajoute que la requérante n'établit pas être dépourvue de liens personnels et d'attaches familiales en Albanie où elle a vécu la quasi-totalité de sa vie et où ont vocation à retourner ses enfants majeurs, dès lors qu'ils sont dépourvus de titre de séjour. Cette décision, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait qui en constitue le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle serait entachée d'une insuffisance de motivation en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens invoquant leur état de santé : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. / () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège./ () ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné dans les visas précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ".

6. La préfète de Tarn-et-Garonne a produit à l'instance l'avis rendu le 25 janvier 2022 par le collège de médecin de l'OFII sur l'état de santé de la requérante, lequel avis a été communiqué par le tribunal à l'intéressée. Il ressort des mentions figurant sur cet avis, qui font foi jusqu'à la preuve du contraire, qu'il a été rendu aux termes d'une délibération collégiale, après transmission du rapport médical établi par un médecin-rapporteur. La signature de chacun des membres ayant siégé au sein du collège de médecins est lisible et la mention de leurs prénom, nom et qualité permet de les identifier. En outre, il ressort de la décision du 1er octobre 2021 du directeur général de l'OFII, librement accessible sur le site internet de l'Office, modifiant la décision du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, que tant le médecin-rapporteur que les trois membres du collège, sont des médecins en exercice régulièrement désignés pour établir respectivement lesdits rapports et avis. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour attaqué aurait été pris au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

7. En troisième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète de Tarn-et-Garonne s'est appropriée l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, après avoir pris le soin d'indiquer qu'il n'était pas lié par l'avis en cause et qu'il disposait d'un pouvoir d'appréciation sur les éléments présentés par la requérante à l'appui de sa demande d'admission au séjour au titre de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait cru lié par la teneur de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du CESEDA : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

9. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

10. Pour refuser de renouveler son titre de séjour en qualité d'étranger malade à Mme A, la préfète de Tarn-et-Garonne s'est appuyée sur l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 25 janvier 2022, indiquant que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Albanie, pays vers lequel elle peut voyager sans risque.

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui a levé le secret médical, expose avoir présenté un ostéosacrome de la vertèbre lombaire L3 qui a été opéré en 2014 et 2015 en Albanie, un méningocèle qui a fait l'objet d'une reprise chirurgicale en France en 2019, des nodules pulmonaires secondaires qui ont fait l'objet d'une radiothérapie en 2020 et 2021 en France et font toujours l'objet de contrôle en raison de leur évolution, ainsi qu'un syndrome occlusif ayant nécessité une hospitalisation en juin 2022 et de troubles psychologiques. Elle produit un certificat médical du 11 juillet 2022 établi par une médecin généraliste, lequel indique qu'" un suivi régulier sur plusieurs années est indispensable pour espérer contrôler ses pathologies. Au vu de ses antécédents médicaux complexes, ce suivi ne (..) semble pas réalisable en Albanie. Un défaut de prise en charge de sa pathologie ferait courir le risque d'une aggravation du chordome et de ses métastases, pouvant aller jusqu'à menacer le pronostic vital ". Toutefois, ce seul certificat, rédigé par un médecin non spécialisé dans les pathologies de la requérante, n'apporte aucun élément, au regard des termes peu circonstanciés dans lesquels il est rédigé, de nature à établir que la requérante serait astreinte à un traitement qui ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Au demeurant ce certificat n'est corroboré par aucune des autres pièces du dossier. Mme A, qui a déjà fait l'objet de deux interventions chirurgicales en 2014 et 2015 en Albanie dans le cadre du traitement de son cancer, n'apporte pas davantage d'élément de nature à justifier qu'elle ne pourrait pas à l'avenir y avoir effectivement accès aux soins dont elle a besoin en se bornant à faire état des défaillances du suivi médical dont elle aurait été l'objet entre 2015 et 2019, et de l'absence de liens familiaux ou personnels dans un pays où elle a pourtant vécu l'essentiel de sa vie. Dans ces conditions, la requérante ne justifie pas qu'elle serait dans l'impossibilité d'accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine, ni qu'elle ne pourrait voyager sans risque. Par suite, et alors que la circonstance que Mme A a bénéficié en 2021 d'un titre de séjour de six mois en qualité d'étranger malade ne lui a pas donné vocation à s'installer durablement en France, la préfète de Tarn-et-Garonne n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour.

12. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de Mme A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

14. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée en fait. Dès lors, la décision litigieuse, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de son insuffisante motivation en fait doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du CESEDA : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 à 12, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifiées à l'article L. 511-4, et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de l'état de santé de la requérante doivent être écartés.

18. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

19. Si Mme A se prévaut de la durée de près de trois ans et demi de son séjour en France à la date de la décision attaquée, l'intéressée s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national en dépit d'une mesure de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 10 janvier 2020, dont la légalité a été confirmée par un jugement de la magistrate désignée du tribunal administratif de Toulouse 13 mars 2020. La circonstance qu'elle ait régulièrement séjourné en France durant l'examen de sa demande d'asile et pendant les six mois, de mai à novembre 2021, au cours desquels elle a bénéficié d'un titre de séjour en raison de son état de santé, ne lui a pas donné vocation à s'installer durablement en France. De plus, il ressort des pièces du dossier que si la requérante est hébergée par une association depuis le 17 juin 2021, elle n'apporte aucun élément permettant d'attester qu'elle aurait tissé le moindre lien social en France. Si ces deux fils majeurs séjournent également sur le territoire national, il est constant qu'ils ne disposent d'aucun titre de séjour. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A, qui a vécu jusqu'à l'âge de 49 ans en Albanie, n'y disposerait plus d'attaches privées ou familiales, alors même qu'elle serait en procédure de divorce. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

20. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi mentionne que Mme A est une ressortissante albanaise et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, au vu notamment de l'absence de demande de protection internationale. Par suite, et alors même qu'elle ne fait pas expressément mention de l'état de santé de la requérante, cette décision est suffisamment motivée en fait.

21. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

22. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

23. Dès lors, ainsi qu'il a été dit plus haut, que Mme A peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi la soumettrait, en ayant pour effet de la priver de soins appropriés, à des traitements prohibés par l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, si Mme A soutient qu'elle serait exposée, en cas de retour dans son pays, à des violences conjugales, l'intéressée, qui précise au demeurant avoir entamé une procédure de divorce, ne produit en tout état de cause aucun élément à l'appui de cette allégation. Dans ces conditions, et alors que la demande d'asile de la requérante a d'ailleurs été rejetée par les autorités compétentes, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué du 21 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme A demande le versement au profit de son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Ducos-Mortreuil et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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