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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205501

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205501

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2022 et un mémoire complémentaire enregistré le 14 décembre 2022, Mme A B, représentée par Me Sadek, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 août 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer un titre de séjour d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, le cas échéant, la mention " élève étudiant ", sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- il méconnaît le principe du contradictoire ;

- il méconnaît son droit d'être entendue ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, car le préfet a visé à tort les stipulations de l'article 9 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les stipulations de l'accord franco-marocain, qui n'exigent pas de visa de long séjour pour prétendre à une régularisation en qualité d'étudiant ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle justifie de son assiduité et de son sérieux dans la poursuite de ses études ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et des conséquences disproportionnées qu'elles emportent ;

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Sadek, représentant Mme B qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de Mme B, qui répond aux question du magistrat désigné,

- le préfet du Tarn n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante marocaine, née le 13 février 2003 à Meknès (Maroc) déclare être entrée en France le 21 juin 2019. Le 30 mai 2022, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 18 août 2022, le préfet du Tarn a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 août 2022.

Sur la compétence du magistrat désigné :

2. Par un arrêté du 2 décembre 2022, le préfet du Tarn a assigné Mme B à résidence dans le département du Tarn pour une durée de quarante-cinq jours. Du fait de cette assignation, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif se trouve ainsi saisi de l'ensemble des conclusions de la requête de l'intéressée, à l'exception de celles tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, dont l'examen relève de la compétence d'une formation collégiale de ce tribunal. Par suite, l'examen des conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022 en tant qu'il porte refus de titre de séjour doit être renvoyé devant la formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 14 février 2022 régulièrement publié le lendemain, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Fabien Chollet, secrétaire général, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Tarn s'est fondé pour obliger Mme B à quitter le territoire français et pour fixer le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de la requérante avant de prendre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions des articles L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article 122-1 du même code : "Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ".

7. Mme B ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que des décisions qui lui sont accessoires, dès lors qu'il ressort des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative oblige un étranger à quitter le territoire français.

8. En cinquième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. En l'espèce, la requérante, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendue a été méconnu, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français et à la décision fixant le pays de renvoi. Le moyen invoqué, tiré de la violation de son droit d'être entendue préalablement à la décision l'obligeant à quitter le territoire français et à la décision fixant le pays de renvoi doit en conséquence être écarté.

10. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. En l'espèce, Mme B se prévaut de sa présence en France depuis le mois de juin 2019, de sa vie auprès de son oncle paternel et de sa tante résidant régulièrement en France et souffrant de plusieurs pathologies, de son parcours scolaire réussi en lycée professionnelle l'ayant conduite à être inscrite en terminale professionnelle " accompagnement, soins et services à la personne " et à réaliser plusieurs stages dans ce cadre, de ses relations avec sa cousine et de plusieurs relations amicales sur le territoire national. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à démontrer que Mme B aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France, dès lors qu'elle est célibataire et sans enfants et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où il est constant que résident ses parents et ses deux sœurs. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante ne pourrait pas poursuivre ses études dans des conditions équivalentes au Maroc. Enfin, en se bornant à produire un certificat médical daté du 13 octobre 2022, et par suite postérieur à la décision contestée, établi par un médecin généraliste et indiquant que son oncle et sa tante ont besoin de son aide " à la maison ", la requérante ne peut être regardée comme justifiant de la nécessité de sa présence auprès d'eux. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision du préfet du Tarn aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Tarn en date du 18 août 2022 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et qu'il fixe le pays de renvoi. Ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'examen des conclusions à fin d'annulation de la décision du 18 août 2022 portant refus de délivrance d'un titre de séjour est renvoyé devant une formation collégiale du présent tribunal.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Sadek et au préfet du Tarn.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. C Le greffier,

B. GALAND

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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