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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205547

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205547

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantKOSSEVA-VENZAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 septembre 2022 et 19 janvier 2023, M. B C, représenté par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2022 par lequel la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de mettre fin à son signalement dans le fichier de non-admission du système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéficie de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de cette même somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure et méconnaissent les dispositions des articles R. 611-1, R. 611-2, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que celles de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis, en ce qu'il n'est pas justifié que l'avis rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a été de manière collégiale et sur la base d'un rapport médical confidentiel ; il sollicite à cet égard la communication de l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne peut pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, qu'il n'est pas en capacité de voyager, que son état de santé s'est dégradé depuis que l'OFII a rendu son avis et qu'il a sa résidence habituelle en France ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation, dès lors que l'administration n'a pas tenu compte de la présence de sa sœur en France ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé et de l'indisponibilité de son traitement et d'une prise en charge effective dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée en l'absence d'indication des risques encourus par le requérant en cas de retour dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité, de son état de santé et de l'indisponibilité de son traitement et d'une prise en charge effective dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors, d'une part, que l'administration n'est pas tenue d'assortir une décision d'obligation de quitter le territoire avec délai de départ volontaire d'une interdiction de retour sur le territoire et, d'autre part, qu'elle n'a pris en considération ni son état de vulnérabilité, ni les circonstances qu'il n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement et qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 12 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 février suivant.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Kosseva-Venzal, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant mauritanien, déclare être entré en France le 14 novembre 2021. Le 6 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 16 août 2022, la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de retour et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".

3. Par une décision du 29 mars 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les décisions par lesquelles la préfète de l'Ariège a refusé de délivrer à M. C le titre de séjour qu'il sollicitait et lui a fait obligation de quitter le territoire national dans un délai de 30 jours comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont, dès lors, suffisamment motivées.

5. En second lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". L'article R. 425-12 de ce code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ". L'article R. 425-13 du même code dispose : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ". Enfin, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () " et aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. D'une part, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne se serait pas prononcé sur la base d'un rapport médical confidentiel établi par un médecin de l'Office, dès lors qu'il produit lui-même le rapport établi le 10 mars 2022 par le Dr A et l'avis de ce collège, rendu le 19 avril 2022, qui mentionne le nom de ce médecin rapporteur.

7. D'autre part, lorsque l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. En l'espèce, l'avis du collège des médecins de l'OFII du 19 avril 2022 précité concernant M. C porte cette mention et a été signé par les trois médecins composant ce collège. Le requérant, qui n'apporte aucun élément contraire, n'est donc pas fondé à soutenir que l'avis du collège n'aurait pas été rendu de manière collégiale.

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 5 doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

9. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté contesté que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

10. En deuxième lieu, aux termes des dispositions du premier alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

11. Pour refuser à M. C la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, la préfète de l'Ariège s'est appropriée les termes de l'avis du collège des médecins de l'OFII du 19 avril 2022, selon lesquels, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la Mauritanie, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Pour contester cet avis, M. C, qui a pu obtenir de l'OFII la communication de son dossier médical, et dont il est constant qu'il souffre d'une cardiopathie, soutient tout d'abord que le Xarelto (Rivaroxaban) n'est pas disponible en Mauritanie dès lors qu'il n'apparaît pas sur la liste des médicaments remboursables dans ce pays, et que ce médicament ne saurait, dans son cas, être remplacé par le Kardégic, auquel il se déclare intolérant. Il se prévaut du certificat du 8 décembre 2022 établi par un médecin généraliste, selon lequel le Xarelto, " qui est nécessaire au traitement de son flutter atrial, ne semble pas disponible sur la liste des médicaments présents () en Mauritanie ". Toutefois, il n'établit pas que cet anticoagulant ne serait pas substituable par une autre molécule disponible dans son pays d'origine - et différente du principe actif du Kardégic -, alors que la liste précitée dénombre plusieurs médicaments aux propriétés anticoagulantes. Par ailleurs, s'il soutient que le Flector (Diclofénac) en gel n'est pas non plus disponible en Mauritanie, et à supposer que ce traitement lui soit prescrit en lien avec son insuffisance cardiaque, d'une part, il ressort de la liste précitée que des anti-inflammatoires à base de la même molécule sont disponibles en Mauritanie et, d'autre part, le requérant n'établit pas que ce traitement ne serait pas substituable par un autre. En outre, il ne justifie pas ne pas pouvoir être traité et suivi de manière effective dans son pays d'origine par la seule production d'un rapport de 2022 sur la politique pharmaceutique en Mauritanie et de courts extraits du plan stratégique national mauritanien 2018-2022 de prévention et de lutte contre les maladies non-transmissibles. Enfin, en se bornant à produire le certificat médical du 8 décembre 2022 précité, postérieur à la décision attaquée, le requérant n'établit pas que son état de santé s'est dégradé depuis l'avis du collège des médecins de l'OFII rendu le 19 avril 2022 et ne remet pas en cause l'appréciation portée par l'administration sur sa situation. Il résulte de tout ce qui précède qu'alors même que sa prise en charge en Mauritanie ne serait pas de même niveau qu'en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C ne pourrait bénéficier effectivement d'un traitement et d'un suivi adaptés à son état de santé dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent donc qu'être écartés.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée, suivant l'avis du collège des médecins de l'OFII, serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la capacité du requérant à voyager sans risque vers son pays d'origine n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

13. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 435-1 de ce même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a déclaré être entré en France le 14 novembre 2021, ne justifiait donc, à la date de la décision attaquée, que de neuf mois de présence sur le territoire national. En outre, s'il se prévaut de la présence de sa sœur en France, il n'est pas contesté qu'il a vécu en Mauritanie la majeure partie de sa vie, où résident toujours son épouse, ressortissante de cet Etat, et ses quatre enfants, dont trois sont encore mineurs à la date de l'arrêté contesté. Ainsi, quand bien même il est hébergé chez sa sœur qui vit en France, M. C ne démontre ni l'ancienneté et la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français, ni avoir établi en France le centre de sa vie privée et familiale, et n'établit pas davantage son insertion professionnelle ou sociale dans la société française. Dans ces conditions, et alors, comme il a été dit au point 11, que l'intéressé ne justifie pas de l'indisponibilité de son traitement et de l'impossibilité d'une prise en charge médicale effective dans son pays d'origine, la décision de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écartée.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peu[t] faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

17. Si le requérant soutient que la décision par laquelle la préfète de l'Ariège lui a fait obligation de quitter le territoire national méconnaît ces dispositions et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

18. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Enfin, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

19. En premier lieu, en indiquant que M. C n'établissait pas être exposé à des peines ou traitements contraire à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la préfète a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination.

20. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que l'administration n'a pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant préalablement à l'édiction de cette décision.

21. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écartée.

22. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 11 du présent jugement, et alors que M. C ne justifie pas d'une situation particulière de vulnérabilité, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

23. En cinquième et dernier lieu, il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, en violation des dispositions de l'article L. 721-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

24. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, le retour du requérant dans son pays d'origine ne saurait être regardé comme susceptible de l'exposer à un traitement inhumain et dégradant en raison de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

25. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

26. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

27. Contrairement à ce que soutient la préfète de l'Ariège en défense, la décision en litige ne fait pas référence à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non plus d'ailleurs qu'à aucun autre article de la section de ce code consacrée à l'interdiction de retour sur le territoire français, ni dans les visas, ni dans les motifs de l'arrêté en litige. Elle ne comporte par ailleurs aucune considération de fait spécifique susceptible de fonder une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que cette décision est insuffisamment motivée.

28. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

29. Le présent jugement, qui ne prononce que l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, implique seulement mais nécessairement l'effacement sans délai du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de procéder sans délai à cet effacement dès la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

30. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. C au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. C.

Article 2 : La décision de la préfète de l'Ariège du 16 août 2022 est annulée en tant qu'elle emporte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l'Ariège d'effacer sans délai le signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Kosseva-Venzal et à la préfète de l'Ariège.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

T. D

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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