jeudi 29 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
A une requête et un mémoire enregistrés le 21 septembre 2022, des pièces complémentaires enregistrées les 22 et 26 septembre 2022 et un mémoire enregistré le 27 septembre 2022, M. B E, représenté A Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2022 A lequel la préfète de l'Ariège l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi, ainsi que l'arrêté du même jour A lequel la préfète l'a assigné à résidence dans le département de l'Ariège ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ariège de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros A jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de ses enfants protégés A les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;
- elles méconnaissent son droit d'être entendu ;
- la procédure est viciée puisque le procès-verbal d'audition ne fait mention ni d'une garde à vue ni d'une retenue et n'est pas signé A l'officier de police judiciaire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de ses pathologies et en l'absence de traitement dans son pays d'origine ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du fait de sa pathologie et de l'absence de soins dans son pays ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il est privé de base légale ;
- les modalités de pointage et de présence à son domicile sont excessives et disproportionnées au regard des buts poursuivis ;
- il est entaché d'un défaut de motivation ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
A un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués A l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Amari de Beaufort, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins A les mêmes moyens, produit la copie de la carte de séjour de Mme G épouse E valable jusqu'au 28 juin 2024 et précise qu'il est reproché principalement à M. E d'avoir divorcé et de s'être remarié, que l'intéressé est entré en 2014, est reparti en 2015, qu'il est revenu en mai 2018, qu'il a indiqué lors de son audition sa volonté de se remarier, qu'il s'est remarié en décembre 2018, qu'il a fait des demandes de titres de séjour qui ont été rejetées, qu'à aucun moment la préfecture ne fait mention de ses enfants, qui sont présents en France depuis 2014, que trois enfants sont scolarisés, qu'il en résulte un défaut d'examen sérieux et un défaut de motivation, que l'administration fonde sa décision sur le fait que la vie familiale a été interrompue en 2015 et n'a repris qu'en 2018, que de manière contradictoire, la préfecture produit des demandes de visas, qui attestent des tentatives de M. E pour rejoindre sa famille, que l'administration ne conteste pas les attestations qui prouvent que le requérant vit avec son épouse et s'occupe de l'éducation de ses enfants, que son rôle est primordial, qu'il va chercher ses enfants qui sont au collège et au lycée tous les midis, qu'il a la pleine autorité sur ses enfants, que d'ailleurs les noms des deux parents sont mentionnés sur tous les bulletins et certificats, que l'épouse du requérant a des horaires de travail décalés, incompatibles avec l'éducation seule des enfants, que le requérant assure la préparation des repas et permet à son épouse de tenir son double emploi et de poursuivre une formation, que la circonstance que Mme E puisse demander le regroupement familial n'enlève rien, dans la circonstance particulière, à la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que la préfecture n'ignorait pas les problèmes de santé du requérant, qui est atteint d'un diabète insulino-dépendant et souffre de crises d'épilepsie, que les conditions dans lesquelles il a été entendu sont tout à fait incertaines, que le procès-verbal d'audition ne comporte que deux signatures, qu'il n'a pas été invité à formuler des observations sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement, que pourtant il a déclaré être atteint de ces pathologies, que, A conséquent, la préfète devait saisir le collège des médecins de l'OFII avant de prendre la mesure d'éloignement, qu'elle a ainsi méconnu l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'au moins quatre des médicaments qui lui sont prescrits ne sont pas disponibles en Arménie, qu'à supposer que son épouse dépose une demande de regroupement familial, les délais pour traiter ces demandes sont de l'ordre de deux ans, que son état de santé ne lui permet pas d'attendre deux ans, que l'assignation se fonde sur les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la préfecture a commis une erreur de droit puisqu'un délai de départ volontaire a été accordé au requérant, que les obligations de présentation quotidienne sont particulièrement excessives et portent atteinte au maintien de la vie familiale avec son épouse et leurs trois enfants et enfin qu'il n'est pas envisageable que les enfants, en France depuis 7 ans, poursuivent leur scolarité en Arménie,
- les observations de M. E, assisté de Mme H, interprète en langue arménienne, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- la préfète de l'Ariège n'étant ni présente, ni représentée.
Une note en délibéré, enregistrée le 28 septembre 2022, a été produite pour M. E. Elle n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant arménien né le 1er juin 1984 à Gumri (Arménie), est entré en France une première fois en 2014 et est revenu pour la seconde fois le 7 mai 2018, sans être titulaire des documents et visas exigés. Il avait sollicité le bénéfice de l'asile, et A une décision l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande le 23 octobre 2015, confirmée A la Cour nationale du droit d'asile le 20 juin 2016. A un arrêté préfectoral du 22 septembre 2018, le requérant a été obligé de quitter le territoire français. Cette mesure a été confirmée A le Tribunal administratif de Toulouse le 25 octobre 2018 et A la Cour administrative d'appel de Bordeaux le 17 avril 2019. A une décision du 23 septembre 2019, la préfète de l'Ariège a rejeté sa demande de protection contre une mesure d'éloignement sur le fondement du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. E a déposé une demande exceptionnelle d'admission au séjour auprès de la préfecture de l'Ariège au titre de la vie privée et familiale, rejetée le 13 janvier 2021 A un arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Le Tribunal administratif de Toulouse a confirmé la décision de refus de protection contre une mesure d'éloignement, la décision implicite rejetant sa demande de titre de séjour et le refus de titre de séjour pour vie privée et familiale le 3 décembre 2021. A un nouvel arrêté du 19 septembre 2022, la préfète de l'Ariège a obligé M. E à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. A un autre arrêté du même jour, la même autorité préfectorale a assigné l'intéressé à résidence dans le département de l'Ariège pour une durée de quarante-cinq jours. A la présente requête, M. E demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, A elle-même, intervenir dans l'appréciation portée A l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis A la mesure d'éloignement, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. E est présent sur le territoire depuis le mois de mai 2018, soit plus quatre ans à la date de la décision attaquée. Il s'est remarié, le 10 décembre 2018 à Foix (Ariège), avec une compatriote, Mme F, laquelle réside en France depuis 2014. Mme F est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " valable jusqu'en 2024. M. E et Mme F sont les parents de trois enfants, nés respectivement le 1er octobre 2004, le 7 novembre 2007 et le 24 août 2009 en Arménie. Les enfants résident en France depuis près de huit ans. L'aînée, Alvard, reçue au baccalauréat avec la mention " assez bien ", est actuellement inscrite en première année de licence de droit à Toulouse. Les cadets, Hunan et Azatuhi, sont scolarisés au collège Lakanal de Foix en classe de 5ème et de 3ème. Il ressort des nombreux témoignages produits que M. E est particulièrement investi dans l'éducation de ses enfants qu'il est le seul à pouvoir accompagner au quotidien dans leurs activités scolaires et péri-scolaires alors que son épouse cumule une formation d'apprenti " assistant manager loisirs hébergement restauration ", un contrat de professionnalisation auprès d'un établissement de restauration rapide et un emploi de livreur. A ailleurs, la mère et la sœur du requérant résident régulièrement sur le territoire français. Enfin, si la préfète fait valoir que M. E, qui s'est remarié postérieurement à son entrée en France, relevait, à la date de la décision attaquée, des catégories ouvrant droit au regroupement familial, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que cette circonstance ne saurait, A elle-même, intervenir dans l'appréciation portée A l'administration sur la gravité de l'atteinte portée à la vie familiale de l'intéressé. Ainsi, alors même qu'il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement, la décision du 19 septembre 2022 obligeant M. E à quitter le territoire français a porté au droit au respect de la vie familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de leur base légale la décision portant fixation du pays de renvoi contenue dans le même arrêté, et l'arrêté portant assignation à résidence de M. E. A suite et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, les arrêtés de la préfète de l'Ariège du 19 septembre 2022 doivent être annulés.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. L'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillances prévues aux articles L. 513-4, L. 551-1, L. 552-4, L. 561-1 et L. 561-2 et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. () ".
7. En application des dispositions précitées, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la préfète de l'Ariège procède au réexamen de la situation de M. E dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement et qu'il le munisse d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir ces injonctions d'une astreinte.
Sur les frais relatifs au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme de 1 250 euros à M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés de la préfète de l'Ariège du 19 septembre 2022 sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de procéder au réexamen de la situation de M. E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 250 euros à M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Amari de Beaufort et à la préfète de l'Ariège.
Rendu public A mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. C Le greffier,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026