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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205639

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205639

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 septembre 2022 et des pièces enregistrées le 27 septembre 2022, M. B A représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, par application des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une incompétence de leur signataire, à défaut de justifier d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il a été privé de son droit d'être entendu avant l'édiction de la décision ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale ;

- la décision portant assignation à résidence est privée de base légale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Touboul, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins et soulève deux nouveaux moyens tirés de ce que le préfet, en édictant une mesure d'éloignement sans auditionner M. A, a méconnu l'autorité de la chose jugée attachée au jugement du 6 septembre 2022, et de ce qu'il a méconnu la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration. Me Touboul précise que la préfecture aurait dû lui remettre une autorisation provisoire de séjour et aurait dû à tout le moins à nouveau auditionner le requérant, que le requérant a une famille en France, en la personne de sa tante, qu'il a travaillé pendant quelques temps dans le secteur de l'aide à la personne, que tous ces éléments de contexte auraient pu être pris en compte dans le cadre de l'audition, que ce n'est pas le cas dans la présente décision, qui est particulièrement stéréotypée,

- les observations de M. A, assisté de M. G, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 8 août 1998 à Annaba (Algérie), de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2021. Il a fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission émis par les autorités de Cagliari (Italie) le 26 juin 2021 pour des faits d'entrée illégale et séjour non autorisé sur le territoire italien. Par un arrêté du 30 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne, sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a prononcé son éloignement d'office à destination du pays dont il a la nationalité. Par un jugement du 6 septembre 2022, le magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de Toulouse a annulé cet arrêté en raison de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par deux arrêtés du 23 septembre 2022 le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 23 septembre 2022.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié le jour même, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D F, cheffe de bureau, pour signer les mesures d'éloignement et les mesures les assortissant, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, de la directrice des migrations et de l'intégration et de l'adjointe à cette directrice. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, si le requérant entend se prévaloir des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'administration signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français et les décisions accessoires qui l'accompagnent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par le code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

5. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 30 juin 2022, que M. A a été entendu par les services de police en ce qui concerne sa situation administrative et familiale et qu'il a été informé de ce qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement et a été invité à présenter des observations sur ce point. Il a pu, à cette occasion, faire état de la présence de membres de sa famille en France, en la personne de cousins, avec lesquels il a déclaré ne pas entretenir de relations. Le requérant ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été privé de faire valoir et qui aurait été de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit être entendu doit être écarté.

7. En troisième lieu, le requérant soutient que l'arrêté attaqué méconnaît l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement du 6 septembre 2022 par lequel le magistrat désigné par la présidente du tribunal a annulé son éloignement d'office à destination du pays dont il a la nationalité pour méconnaissance de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, si ce jugement exigeait que le préfet de la Haute-Garonne, ainsi qu'il l'a fait, réexamine la situation de M. A, il n'impliquait pas nécessairement qu'il délivre à l'intéressé une autorisation provisoire de séjour ni qu'il procède de nouveau à son audition avant de l'obliger à quitter le territoire français, alors, qu'ainsi qu'il a été dit aux points 4 à 6, l'édiction d'une telle obligation n'a pas à être précédée d'une procédure contradictoire et que M. A avait déjà été entendu sur la perspective d'une mesure d'éloignement le 30 juin 2022. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doit donc être écarté.

8. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

9. En cinquième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant assignation à résidence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 23 septembre 2022.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Touboul la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Touboul et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 202Le magistrat désigné,

F. C Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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