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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205651

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205651

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAIHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2022 et des pièces enregistrées le 27 septembre 2022, M. E A D, représenté par Me Saihi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder à la suppression du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son édiction n'a pas été précédée du respect de la procédure contradictoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Fiblec, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les observations de Me Saihi, représentant M. A D, qui renonce au moyen tiré du vice de procédure résultant de l'absence de respect de la procédure contradictoire soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et conclut, pour le reste, aux mêmes fins par les mêmes moyens. Me Saihi produit à l'audience une pièce complémentaire par laquelle la mère de la compagne de M. A D atteste que sa fille entretient une relation avec le requérant et qu'ils sont mariés religieusement,

- les observations de M. A D, assisté de M. B C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 19 mai 1998 à Oran (Algérie), déclare être entré sur le territoire français dans le courant de l'année 2021. Par un arrêté du 24 septembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. A D a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français dans le courant de l'année 2021 et qu'il n'a jamais sollicité de titre de séjour. En outre, le préfet indique que l'intéressé déclare être célibataire et sans enfant et que ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas anciens, intenses et stables, compte tenu notamment du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A D, qui déclare être entré en France dans le courant de l'année 2021, soutient qu'il est en couple avec une ressortissante française, qu'ils se sont mariés religieusement le 8 janvier 2022 et qu'ils ont un projet de mariage civil sur le territoire français. L'intéressé produit, au soutien de ses allégations, des photos de lui avec sa compagne, une attestation de celle-ci, ainsi qu'une attestation de la mère de sa compagne témoignant de leur relation. Toutefois, ces seuls éléments ne sauraient suffire à considérer que le requérant et sa compagne entretiendraient une relation suffisamment ancienne, stable et intense. Du reste, bien qu'il ait été soutenu à l'audience qu'il s'agit d'une erreur liée à son état de stress, la compagne de l'intéressé a déclaré dans son attestation être mariée religieusement à " M. H E " et non à M. E A D. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le requérant a, lors de son audition par les services de police le 23 septembre 2022, déclaré être célibataire et sans enfant à charge et a présenté sa compagne comme une amie lui ayant signé une attestation d'hébergement. Il a également indiqué que ses parents et ses sœurs résidaient en Algérie. Ainsi, M. A D, qui ne se prévaut d'aucune intégration particulière en France, ne démontre pas qu'il aurait établit sur le territoire français le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

6. En premier lieu, la décision contestée vise les textes dont elle fait application, notamment l'article L. 612-2 ainsi que les dispositions des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet indique avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles il s'est fondé, rappelant en particulier que M. A D ne peut justifier être entré en France régulièrement, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et qu'il ne possède pas de garanties de représentation suffisantes. Par suite, la décision contestée est suffisamment motivée.

7. En second lieu, il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. A D est entré récemment sur le territoire français et qu'il ne peut justifier ni de liens anciens, ni même de liens suffisamment stables et intenses avec sa compagne en France. Dans ces conditions, nonobstant l'absence d'une précédente mesure d'éloignement et l'absence de menace à l'ordre public, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, prendre à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 24 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions relatives à l'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Saihi la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. A D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A D, à Me Saihi et au préfet de la Haute-Garonne.

Lu en audience publique le 28 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

B. G Le greffier,

M. F

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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