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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205682

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205682

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMASAROTTO ANOUCHKA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 27 septembre 2022 et 13 février 2023, M. E C, représenté par Me Masarotto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 août 2022 par lequel le préfet du Tarn a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de lui délivrer un certificat de résidence mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ou à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens en vertu de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme au titre des mêmes frais sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'ensemble des décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence de leur auteur ;

La décision portant refus de renouvellement de son droit au séjour :

- est entachée d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen de son droit au séjour au regard des stipulations de l'article 6 § 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, au motif que le préfet a fait application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles sont inapplicables aux ressortissants algériens ;

- est entachée d'erreurs de fait dans l'application des stipulations de l'article 7 § b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle pourrait engendrer ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est dépourvue de base légale ;

- porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences d'une exceptionnelle gravité qu'elle pourrait entraîner sur sa situation personnelle ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est dépourvue de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2022, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 14 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 mars 2023 à 12 h 00.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant algérien né le 23 novembre 1989 à Sig (Algérie), est entré en France le 8 septembre 2020 sous couvert de son passeport et d'un visa de long séjour portant la mention " conjoint de Français " à raison de son mariage, le 12 août 2018 en Algérie, avec Mme A D, ressortissante française née le 2 juillet 1968, et a obtenu à ce titre le bénéfice d'un certificat de résidence algérien valable du 17 septembre 2020 au 16 septembre 2021. L'intéressé a sollicité un changement de statut au profit d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " le 19 août 2021. Par un arrêté du 18 août 2022, le préfet du Tarn a refusé de renouveler son droit au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs que s'il est inscrit depuis le 18 mars 2022 pour une formation de six mois à l'AFPA en qualité de monteur dépanneur en climatisation, il a été invité à plusieurs reprises à fournir un contrat de travail accompagné d'une autorisation de travail, qu'il n'a pas fourni, et il n'est ainsi pas en mesure d'obtenir le renouvellement de son droit au séjour sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, que s'il s'est marié le 12 août 2018 avec une ressortissante française, ils se sont séparés dans le courant de l'année 2021, qu'il ne justifie pas de motifs exceptionnels ou humanitaires pour obtenir un droit au séjour, qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux d'une particulière intensité, durabilité et stabilité sur le territoire français, qu'il n'est ainsi pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il n'établit pas que sa vie ou liberté soient menacées ou qu'il soit exposé à des traitements contraires à l'article 3 de ladite convention en cas de retour en Algérie où résident ses parents, son frère et sa sœur. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté en date du 14 février 2022, régulièrement publié, le préfet du Tarn a donné délégation à M. Fabien Chollet, secrétaire général, à l'effet de signer les arrêtés pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de l'arrêté attaqué manque en fait.

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de son droit au séjour :

3. En premier lieu, dès lors que les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. En l'espèce, il ressort des mentions de la décision attaquée que le préfet du Tarn a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour au requérant dans le cadre de son pouvoir de régularisation. Si M. C fait valoir à bon droit que le préfet ne pouvait fonder sa décision de refus sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sont applicables aux ressortissants algériens les stipulations de l'accord franco-algérien, il ressort des pièces du dossier que le requérant a exclusivement sollicité le renouvellement de son droit au séjour en demandant un changement de statut au profit d'un certificat de résidence en qualité de salarié, sans présenter de demande au titre de la vie privée et familiale sur le fondement du § 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il ne peut donc utilement soutenir que le préfet a commis une erreur de droit tenant au défaut d'examen de son droit au séjour fondé sur la vie privée au regard de l'accord franco-algérien.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

6. Aux termes de l'article R. 5221-14 du code du travail : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 () l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 5221-3 du même code : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () 14° Le contrat de travail ou la demande d'autorisation de travail visés par le préfet, dans l'attente de la délivrance des cartes de séjour mentionnées aux 5°, 6°, 7°, 8° et 9°. Pour l'application de l'article R. 5221-17, les modèles de contrat de travail mentionnés au présent article sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'immigration ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code : " La demande d'autorisation de travail relevant des 5°, 6°,7°, 8°, 9°,9° bis, 12° et 13° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. () ". Et selon l'article R. 5221-15 de ce code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. " Enfin, aux termes de l'article R. 5221-17 dudit code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. " Les dispositions précitées du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet saisi d'une telle demande est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. En revanche, la circonstance que l'intéressé était précédemment en possession d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français qui l'autorisait à exercer un emploi en France ne dispense pas l'employeur d'un étranger qui sollicite un changement de statut au profit d'un titre de séjour en qualité de salarié de saisir le préfet de cette demande.

7. D'une part, M. C ne saurait utilement soutenir qu'il n'avait pas besoin d'autorisation de travail dès lors que le récépissé de sa demande de titre de séjour l'autorisait à travailler dès lors que la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'une autorisation de travail présentée par l'employeur, conformément aux dispositions susanalysées des articles R. 5221-11 et suivants du code du travail. D'autre part, le requérant fait valoir qu'il apporte la preuve d'une formation suivie à l'issue de laquelle il bénéficiera d'un contrat à durée indéterminée. S'il produit en ce sens une promesse d'embauche, il ressort des pièces du dossier que celle-ci est postérieure à l'édiction de la décision litigieuse. Dès lors, à la date de la décision attaquée, M. C ne justifiait pas du contrat de travail requis par les stipulations de l'article 7 § b de l'accord franco-algérien. Enfin, si M. C soutient que c'est à tort que le préfet a mentionné dans son arrêté qu'il était sans emploi, il ressort des termes mêmes de la décision que le préfet a précisé qu'il est inscrit depuis le 18 mars 2022 pour une formation de six mois en qualité de monteur dépanneur en climatisation et qu'il n'a pas fourni de contrat de travail. Dans ces conditions, le moyen tiré des erreurs de fait dont serait entachée la décision doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. I1 ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. M. C se prévaut de son insertion professionnelle en France, établie par ses divers emplois exercés depuis son arrivée en France. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé justifie d'un contrat à durée déterminée d'insertion pour un emploi d'ouvrier polyvalent du 1er juillet au 16 septembre 2021, d'un autre contrat pour un emploi d'agent de service pour les 15 et 16 octobre 2021, d'une convention relative à la mise en œuvre d'une période de mise en situation en milieu professionnel où il a exercé une activité de monteur dépanneur en installations climatiques du 21 au 23 février 2022 et de sa formation d'une durée de six mois en tant que monteur dépanneur en climatisation. Ces expériences, eu égard notamment à leur brève durée, ne sauraient suffire à caractériser une insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français. En outre, M. C, qui n'est pas fondé à se prévaloir d'une durée de présence significative en France et qui est divorcé depuis le 22 avril 2022 et sans charge de famille, n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses deux parents, son frère et sa sœur. Dans ces conditions, le préfet du Tarn n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en refusant de renouveler son droit au séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, alors qu'il résulte de la motivation, décrite au point 1, de la décision portant refus de renouvellement de séjour que celle-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et qu'elle est ainsi suffisamment motivée, il ressort des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée.

11. En deuxième lieu, la décision portant refus de renouvellement du droit au séjour n'étant pas illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale.

12. En troisième et dernier lieu, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation qui entacheraient la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9 du présent jugement.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de son droit au séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 août 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil du requérant la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M.Ee C, à Me Masarotto et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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