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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205712

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205712

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTERCERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 septembre 2022, Mme B C épouse A, représentée par Me Tercero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de ladite notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 2 000 euros à son conseil, par application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

L'ensemble des décisions attaquées :

- sont entachées d'une incompétence son signataire ;

La décision portant refus d'admission au séjour :

- est entachée d'une erreur de droit en tant que le préfet lui a opposé son absence de visa de long séjour et d'autorisation de travail ;

- porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est privée de base légale ;

- méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au titre de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 17 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2023 à 12 h 00.

Mme C épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Truilhé, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C épouse A, ressortissante algérienne née le 8 janvier 1998 à Tizi-Ouzou (Algérie), a déclaré être entrée en France le 16 mars 2019 munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 10 mars au 8 avril 2019. Elle a sollicité, le 22 juin 2021, son admission au séjour en faisant valoir la présence en France de son époux en situation régulière et ses perspectives d'insertion professionnelle, sur le fondement des stipulations des articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 18 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, aux motifs qu'elle est entrée irrégulièrement en France, que si elle se prévaut de plus de deux années de résidence habituelle en France, cette durée ne saurait constituer un motif de nature à bénéficier d'une régularisation à titre dérogatoire, qu'elle ne démontre pas avoir créé sur le territoire français des liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables pouvant justifier sa régularisation, qu'elle ne justifie d'aucun obstacle à ce que son conjoint, ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'en 2024, avec lequel elle s'est mariée le 19 décembre 2020 à Toulouse, engage la procédure légale de regroupement familial, qu'elle dispose d'attaches personnelles et familiales importantes en Algérie où résident ses parents et ses cinq frères et sœurs, qu'elle n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une insertion particulière dans la société française, que si elle se prévaut d'une promesse d'embauche accompagnée d'une demande d'autorisation de travail pour un poste d'assistante de direction dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet, elle ne détient pas le visa de long séjour requis pour bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié, que rien dans sa situation ne justifie de passer outre cette condition à titre dérogatoire, qu'au regard des caractéristiques de l'emploi envisagé, elle n'établit pas avoir une qualification, expérience particulière et significative ou des diplômes permettant de passer outre les conditions requises, qu'elle ne démontre pas que son employeur soit dans l'impossibilité de mettre en œuvre la procédure légale d'introduction d'un salarié sur le territoire national, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle ne fait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé et qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de ladite convention en cas de retour en Algérie. La requérante demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 20 septembre 2021, publié le 21 septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer les décisions de refus de séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, dès lors que les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Ainsi, et alors au surplus qu'il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour à la requérante dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, Mme C épouse A ne saurait utilement soutenir que ledit préfet a commis une erreur de droit en examinant sa demande d'admission au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail au regard des stipulations des articles 6 § 5 et 7 § b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7,7bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

5. Mme C épouse A a déclaré être entrée en France en 2019, munie de son passeport revêtu d'un visa de court séjour dont la validité a expiré le 8 avril 2019, et n'a, par la suite, jamais disposé d'un visa de long séjour. Dès lors, en retenant l'absence de visa de long séjour, le préfet n'était tenu, nonobstant la circonstance que l'intéressée se prévale d'une promesse d'embauche et d'une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur potentiel, ni d'examiner sa demande d'autorisation de travail, ni de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salarié au motif qu'elle était dépourvue de visa long séjour.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

7. Si Mme C épouse A soutient que le centre de ses intérêts privés se trouve en France où elle s'est mariée le 19 décembre 2020, où elle vit avec son époux, titulaire d'un certificat de résidence algérien, et que les conditions du regroupement familial ne sont pas réunies dès lors que celui-ci ne disposait d'aucun revenu en 2020, elle ne saurait utilement préjuger de l'issue défavorable d'une telle demande au motif que les ressources de son époux seraient insuffisantes, dès lors que le préfet dispose en la matière d'un pouvoir d'appréciation et n'est jamais tenu de rejeter une demande de regroupement familial, même dans le cas où le demandeur ne justifierait pas remplir les conditions tenant, notamment, aux ressources. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il existerait un quelconque obstacle à ce que son époux sollicite le regroupement familial en sa faveur et à ce que la requérante retourne dans son pays d'origine, où elle n'est pas isolée, durant la brève durée de l'instruction de cette demande. Dès lors, compte tenu de ces circonstances, des conditions de son entrée et du caractère récent de son mariage en France, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en refusant de l'admettre au séjour, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 3 que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la possibilité d'accorder un titre de séjour à la requérante dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire de régularisation. Si Mme C épouse A se prévaut d'une promesse d'embauche pour un contrat à durée indéterminée pour un emploi d'assistante de direction, assortie d'une demande d'autorisation de travail en qualité d'assistante de direction, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier d'une qualification particulière ou d'une expérience significative dans le domaine concerné. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen sera écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, la requérante, n'ayant pas démontré l'illégalité du refus d'admission au séjour, n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse, impliquant une séparation de son époux, serait entachée d'une méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement rejetant les conclusions à fin d'annulation, les conclusions relatives à l'injonction sous astreinte ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse au conseil de la requérante la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A, à Me Tercero et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

M. Déderen, premier conseiller,

M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

J-C. TRUILHÉ

L'assesseur le plus ancien,

G. DÉDEREN

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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