lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205778 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BENOIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 septembre 2022 et 7 novembre 2022, et une pièce complémentaire enregistrée le 14 novembre 2022, M. A E, représenté par Me Benoit, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 29 septembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire et fixation du pays de renvoi ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant alors qu'il vit avec sa compagne depuis deux ans et que le couple attend un enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient, à titre principal, que la requête, qui ne comporte aucun moyen et n'a pas été présentée dans le délai de recours, est irrecevable, et à titre subsidiaire, que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Benoit, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, remet six attestations, un acte de reconnaissance d'enfant à naître, des certificats de présence à des rendez-vous médicaux, une attestation de titulaire de contrat et des factures et précise que le mémoire en défense est irrecevable car la signataire du mémoire n'a pas compétence en dehors des périodes de permanence, que les dispositions citées par la préfecture à l'appui de sa fin de non-recevoir ne sont pas applicables, que le requérant est en couple depuis plus de deux ans, que la vie maritale est établie, que les liens sont anciens et stables, qu'un enfant doit naître d'ici un mois, qu'il y a donc une atteinte à la situation personnelle et familiale de M. E,
- les observations de M. E, assisté de M. C D, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.
Un mémoire en production de pièces a été produit pour M. E, enregistré le 22 novembre 2022. Il n'a pas été communiqué.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant algérien, né le 29 janvier 1997 à Sidi Bel Abbes (Algérie), est entré sur le territoire français au cours de l'année 2017. Par un arrêté du 16 février 2018, le préfet du Tarn l'a obligé à quitter le territoire français sans délai. M. E a été condamné le 6 juin 2018 par le Tribunal correctionnel de Toulouse à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, assortie d'une interdiction judiciaire du territoire pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 20 mars 2019, le préfet de la Haute-Garonne a fixé le pays de renvoi de cette interdiction. Par un arrêté du 29 septembre 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a obligé M. E à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur la recevabilité du mémoire en défense du préfet de la Haute-Garonne :
3. Aux termes de l'article R. 431-4 du code de justice administrative : " Dans les affaires où ne s'appliquent pas les dispositions de l'article R. 431-2, les requêtes et les mémoires doivent être signés par leur auteur et, dans le cas d'une personne morale, par une personne justifiant de sa qualité pour agir. ". Aux termes de l'article R. 431-9 du même code : " () les mémoires en défense () présentés au nom de l'Etat sont signés par le ministre intéressé. () la compétence des ministres peut être déléguée par décret : () 2° () au préfet () ".
4. Par un arrêté du 18 octobre 2022, régulièrement publié au recueil administratif spécial des actes administratifs de la préfecture le lendemain, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F, adjointe au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, pour signer les décisions, actes, correspondances et documents relatifs à la mise en œuvre des mesures concernant les ressortissants étrangers en situation irrégulière et le traitement des contentieux y afférents. Par suite, l'exception d'irrecevabilité du mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022 ne peut être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment des motifs mêmes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen attentif et particulier de sa situation. Le moyen tiré du défaut d'examen de la situation du requérant doit donc être écarté.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. M. E fait valoir qu'il entretient une relation de concubinage avec une ressortissante française et que celle-ci est enceinte d'un enfant qu'il a reconnu, de manière anticipée, le 17 juin 2022. Toutefois, cette relation, de deux ans à la date de l'arrêté attaqué, ne peut suffire à caractériser des liens de nature à démontrer que M. E aurait fixé le centre de ses intérêts privés en France alors qu'il a vécu la majorité de sa vie en Algérie, où résident sa mère, sa sœur et ses deux frères et qu'il a été condamné le 6 juin 2018 à une peine de six mois d'emprisonnement pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, le 25 octobre 2018 à une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de vol et le 8 janvier 2019 à une peine d'emprisonnement de trois mois pour des faits de maintien irrégulier sur le territoire français et de vol en réunion et qu'il a été interpelé le 29 septembre 2022 pour des faits de transport et détention non autorisée de stupéfiants, pour lesquels il a d'ailleurs été condamné le lendemain, en comparution immédiate, à huit mois de prison. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. E au respect de sa vie privée tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Par suite, les moyens doivent être écartés.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
9. Si le requérant invoque également l'intérêt supérieur de l'enfant à naître de sa relation avec une ressortissante française, il résulte, en tout état de cause, de l'article 1er de la convention internationale relative aux droits de l'enfant qu'il ne peut utilement se prévaloir de l'article 3-1 de cette convention, l'enfant n'étant pas encore né à la date de l'arrêté contesté. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les stipulations dudit article auraient été méconnues.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
10. L'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 612-2 et les 1°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne avec une précision suffisante les considérations de faits sur lesquelles repose la décision contestée, rappelant en particulier l'entrée irrégulière de M. E sur le territoire national sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, son intention de ne pas se conformer à la mesure, sa soustraction à une précédente mesure et l'absence de garantie de représentation. Dès lors la décision est suffisamment motivée.
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :
11. La décision attaquée comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, elle est suffisamment motivée.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2022 du préfet de la Haute-Garonne.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Benoit la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Benoit et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. B La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026