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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205785

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205785

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPETER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, M. C D, représenté par Me Peter, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel la préfète de l'Aveyron a refusé de l'admettre au séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de se présenter tous les mardis et jeudis entre 10 heures et 12 heures à la gendarmerie de Villefranche-de-Rouergue dans l'attente de son départ ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aveyron de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

-la décision portant obligation de présentation aux unités de gendarmerie est insuffisamment motivée ;

-l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de fait et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé et de sa situation personnelle et familiale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, le préfet de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2022.

Par ordonnance du 16 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cherrier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant arménien né le 27 mars 1982, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 septembre 2020. Le 12 octobre 2020, il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 mars 2021. Le 13 avril 2021, il a déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, et a bénéficié à ce titre d'une autorisation provisoire de séjour de six mois, valable du 28 juillet 2021 au 27 janvier 2022. Le 2 février 2022, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 13 juillet 2022, la préfète de l'Aveyron a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et de se présenter, dans l'attente de son départ, tous les mardis et jeudis entre 10 heures et 12 heures, à la gendarmerie de Villefranche-de-Rouergue. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

3. La décision portant obligation de présentation aux unités de gendarmerie ne vise ni ne mentionne les dispositions précitées de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde. Cette absence de motivation en droit suffit à en justifier l'annulation, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens dirigés à son encontre.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / (). / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D souffre d'une thrombose veineuse profonde proximale bilatérale, d'une hépatite virale C et d'une thrombocytémie essentielle. Pour refuser à M. D la délivrance d'un titre de séjour, la préfète de l'Aveyron s'est notamment fondée sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 25 mai 2022 qui indique que, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement du traitement approprié à son état. Pour contester cette appréciation, M. D se prévaut de certificats médicaux établis, d'une part par le Docteur B les 18 janvier et 14 juin 2022, qui font état des séquelles post-thrombotiques dont il souffre et de la nécessité de poursuivre le traitement médical prescrit à cet égard et, d'autre part, par le Docteur A les 29 juin et 22 septembre 2022, qui indiquent que son état de santé nécessite la réalisation régulière de biologies sous hydrea. Ces certificats, s'ils exposent les soins nécessités par l'état de santé de M. D, ne permettent cependant pas d'infirmer l'analyse du collège de médecins de l'OFII sur la possibilité de bénéficier effectivement de ces soins en Arménie. Dès lors, la préfète de l'Aveyron a pu, sans commettre d'erreur de fait ni entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, refuser de lui délivrer un titre de séjour.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D, célibataire et sans charge de famille, a vécu en Arménie jusqu'à l'âge de 38 ans et n'est présent sur le territoire français que depuis le 27 septembre 2020. Il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France anciens, intenses et stables et il n'est pas démontré ni même allégué qu'il serait dépourvu de tels liens dans son pays d'origine. S'il se prévaut de plusieurs contrats à durée déterminée en qualité d'ouvrier d'abattoirs sur la période du 30 août 2021 au 12 novembre 2021 puis en qualité d'ouvrier agroalimentaire du 13 décembre 2021 au 15 décembre 2021, ainsi que du suivi d'" ateliers de français " du 10 décembre 2021 au 30 juin 2022, ces éléments ne suffisent pas à établir soin intégration sociale et professionnelle en France. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation partielle prononcée par le présent jugement n'implique pas que la préfète de l'Aveyron prenne les mesures d'exécution sollicitées par le requérant. Il en résulte que les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de l'Aveyron du 13 juillet 2022 est annulé en tant qu'il porte obligation de présentation tous les mardis et jeudis entre 10 heures et 12 heures à la gendarmerie de Villefranche-de-Rouergue.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Peter et au préfet de l'Aveyron.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

L'assesseur le plus ancien

A. RIVES

La présidente-rapporteure,

S. CHERRIER La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°2205785

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