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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205808

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205808

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 10 novembre 2022, M. B D représenté par Me Balg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Balg, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient que le requérant fait état d'une problématique tout à fait sérieuse, qu'il a participé à des manifestations contre la réforme du système des quotas universitaires, qu'il a diffusé de la propagande par les réseaux sociaux, que ce simple fait a pu valoir aux étudiants concernés des persécutions et une mise en danger durable, que la difficulté pour M. D est de retrouver les traces de ses communications au cours du conflit, que cependant le contexte général est établi, que le militantisme du requérant à l'université ne s'est pas limité à une participation sur les réseaux sociaux, qu'il a été pris à parti de manière individualisée en raison de sa participation à des manifestations, qu'il a été passé à tabac et privé de liberté, que ces éléments sont documentés par des pièces médicales, que s'il a tardé à quitter le Bangladesh en 2020, c'est en raison du contexte de crise sanitaire, que son frère est présent en France de manière régulière sous couvert d'un visa de long séjour,

- les observations de M. D, assisté de M. C, interprète en bengali, qui répond aux questions du magistrat,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 6 septembre 1998 à Sylhet (Bangladesh), de nationalité bangladaise, a déclaré être entré sur le territoire français le 20 juin 2021. Le 24 juin 2021, il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 15 septembre 2021. Ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 24 mai 2022. Par un arrêté du 9 septembre 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne lui a retiré son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise l'ensemble des dispositions et stipulations, dont elle fait application, et en particulier le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé en France, le parcours de sa demande d'asile, décrit sa situation personnelle et familiale. Elle précise qu'il n'est pas porté atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. D, célibataire et sans charge de famille, est entré en France en juin 2021 et n'a été autorisé à y demeurer que le temps de l'examen de sa demande d'asile. S'il se prévaut de la présence de son frère, qui serait en situation régulière en France, il ne démontre cependant pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans. En outre s'il soutient qu'il ne pourra reprendre ses études au Bangladesh, dès lors qu'il y a été exposé à des violences et menaces réitérées en raison de son engagement politique au sein de la communauté étudiante, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de fixer par elle-même le pays de destination. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la mesure d'éloignement attaquée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a, par suite, pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :

5. Il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit, ainsi que les décisions qui tirent les conséquences du rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile de la demande d'asile, au nombre desquelles figurent le retrait de l'attestation de demande d'asile. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre des décisions attaquées.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".

7. Il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

8. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que M. D n'établit pas que sa vie ou sa liberté serait menacée, ou qu'il serait exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, le Bangladesh. Dans ces conditions, cette décision est suffisamment motivée.

9. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. M. D soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, le Bangladesh, il serait exposé à des peines ou traitements contraires à des stipulations précitées de la part des militants de la Chatra League, affiliés à la Ligue Awami, qui l'ont agressé et privé de liberté, en raison de son adhésion à un comité local étudiant et sa participation à des manifestations et à la diffusion de publications sur les réseaux sociaux pour critiquer les autorités. Toutefois l'intéressé, dont la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile en raison notamment de ce qu'il avait peiné à rendre compte de ses activités militantes, des représailles qu'il a subies en 2018 et de la période de clandestinité qu'il aurait vécue avant de quitter le Bangladesh en 2021, ne justifie pas, par la seule production de photographies de ses blessures, en l'absence de déclarations personnalisées, de la réalité des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui fixe le pays de renvoi, méconnait les stipulations précitées.

11. Il résulte de ce qui précède, que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 9 septembre 2022.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par l'intéressé au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Balg et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef

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