lundi 28 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205810 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | BALG |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022 sous le n° 2205810 et un mémoire enregistré le 8 novembre 2022, Mme F E, représentée par Me Balg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 13 septembre 2022 portant retrait de son attestation de demandeur d'asile, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi ;
2°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2ème de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée le 4 octobre 2022 sous le n° 2205812 et un mémoire enregistré le 8 novembre 2022, M. B C, représenté par Me Balg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 13 septembre 2022 portant retrait de son attestation de demandeur d'asile, obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi.
2°) de condamner l'Etat au paiement d'une somme de 1 200 euros à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2ème de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile :
- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'erreurs de fait, dès lors qu'il a formé une demande d'aide juridictionnelle aux fins d'introduction d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision d'irrecevabilité de sa demande de réexamen ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2022 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Balg, représentant Mme E et M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que les requérants font état d'un risque d'ordre privé pouvant entrer dans le champ de la protection subsidiaire, que leur situation familiale est complexe, qu'il s'agit d'une famille recomposée, que leurs enfants, issus d'un premier mariage, vivent tous les deux en France, qu'ils sont tous deux en classe de seconde, que Mme E a quitté le territoire sans que le père de son enfant en soit informé, que les requérants sont exposés à une vengeance d'ordre privée et qu'ils ont toutes raisons de craindre pour leur sécurité en cas de retour au Liban compte tenu des menaces proférées par l'ex-mari, membre du Hezbollah,
- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E et son conjoint, M. C, ressortissants libanais, nés respectivement le 10 février 1980 à Hasbaya (Liban), et le 25 juillet 1977 à Beyrouth (Liban) sont entrés sur le territoire français le 29 février 2020, accompagnés de leurs enfants mineurs A et G. Ils ont présenté des demandes de protection internationale, en leur nom et aux noms de leurs enfants, qui ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 mai 2022 et par la Cour nationale du droit d'asile le 16 mars 2022. Leurs demandes de réexamen ont été déclarées irrecevables. Par deux arrêtés du 13 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a obligé les intéressés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a retiré leurs attestations de demandeurs d'asile et a fixé le pays de renvoi. Par les présentes requêtes, Mme E et M. C demandent au tribunal de prononcer l'annulation de ces arrêtés.
2. Les requêtes susvisées n° 2205810 et n° 2205812 concernent les deux membres d'un même couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elles mentionnent avec une précision suffisante les considérations de fait sur lesquelles elles se fondent, rappelant en particulier les conditions d'entrée et de séjour des requérants sur le territoire français, les étapes de leur procédure d'asile et les éléments liés à leurs vie privée et familiale. Dès lors, les décisions contestées sont suffisamment motivées.
4. En second lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. A la date des décisions attaquées, les requérants n'étaient présents en France que depuis deux ans et six mois et n'ont été autorisés à y séjourner que le temps de l'examen de leurs demandes d'asile. Ils font tous deux l'objet d'une mesure d'éloignement du même jour et ne se prévalent pas d'autres attaches en France que leurs deux enfants, issus de leur union précédente, également de nationalité libanaise. Ils ne justifient pas d'une intégration professionnelle ou sociale particulière. Par ailleurs, les requérants ne sont pas dépourvus d'attaches familiales au Liban, où résident notamment deux enfants de M. C, dont un mineur. Enfin, Mme E et M. C ne peuvent utilement se prévaloir des risques de représailles de la part de l'ex-époux de Mme E, en cas de retour au Liban à l'encontre des mesures d'éloignement, lesquelles n'ont pas pour objet de fixer par elles-mêmes le pays de renvoi. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de la vie privée et familiale et, par conséquent, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les décisions portant retrait de l'attestation de demande d'asile :
6. En premier lieu, il résulte des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à un étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit, ainsi que les décisions qui tirent les conséquences du rejet par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile de la demande d'asile, au nombre desquelles figurent le retrait de l'attestation de demande d'asile. Dès lors, l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, ne saurait être utilement invoqué à l'encontre des décisions attaquées.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L.542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L.531-32 () " et aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. Les conditions de refus, de renouvellement et de retrait de l'attestation de demande d'asile sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a déclaré irrecevable la demande de réexamen de la demande d'asile de M. C le 31 mai 2022 et que cette décision lui a été notifiée le 16 juillet 2022. Ainsi, alors même que M. C a formulé une demande d'aide juridictionnelle le 21 juillet 2022 devant la Cour nationale du droit d'asile aux fins de contester cette décision, son droit au maintien sur le territoire français avait pris fin en application des dispositions précitées du b) du 1° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et entrait donc dans le champ des dispositions de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant au préfet de lui retirer son attestation de demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait dont serait entachée la décision portant retrait de l'attestation de demande d'asile de M. C doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
9. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".
10. Il résulte des dispositions précitées que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, les moyens tirés du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par les décisions portant obligation de quitter le territoire doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
11. En premier lieu, les décisions en litige visent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indiquent que M. C et Mme E n'établissent pas être exposés à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour au Liban. Dès lors, les décisions contestées sont suffisamment motivées.
12. En second lieu, selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".
13. Les requérants soutiennent qu'ils seraient exposés à des traitements contraires aux stipulations précitées en cas de retour au Liban de la part de l'ex-compagnon de Mme E, qui serait actif au sein du Hezbollah et entendrait exercer des représailles sur les membres de sa famille. Toutefois, alors que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté leurs demandes d'asile et que ces rejets ont été confirmés par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 16 mars 2022, les requérants ne produisent aucun élément susceptible de démontrer la réalité et l'actualité des risques qu'ils allèguent encourir. En conséquence, les décisions litigieuses n'ont pas été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Haute-Garonne du 13 septembre 2022.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Balg la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : Les requêtes de Mme E et M. C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, à M.Ahmed C, à Me Balg et au préfet de la Haute-Garonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.
Le magistrat désigné,
F. D La greffière,
A. BACH
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N os 2205810, 220581
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026