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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205880

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205880

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205880
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 7 octobre 2022 et 14 novembre 2022, M. C D F, représenté par Me Francos, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 13 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de quinze jours suivant notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès, ainsi qu'une somme de 2 000 euros à son conseil, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de

justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide

juridictionnelle et, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 précité.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de compétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait en violation des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 611-1 (4°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu'elle emporte sur sa situation compte tenu du fait que l'autorité préfectorale a la possibilité et non l'obligation de prendre une décision d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la demande d'asile a été rejetée ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit qui résulte d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation compte tenu du fait qu'il entretient une relation de concubinage avec Mme G, ressortissante française, avec laquelle il réside ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- elle porte atteinte à son droit de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants, tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et elle est contraire aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Francos, représentant M. D F, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que le requérant entretient une relation de concubinage avec une ressortissante française, que le couple forme un projet d'union, qu'il sera alors en mesure d'être régularisé de plein droit puisqu'il n'est pas tenu à une obligation de visa, que le requérant n'a pas bénéficié d'accompagnement dans sa procédure d'asile, que son récit était pourtant clair et personnalisé,

- les observations de M. D F, assisté de Mme A, interprète en langue espagnole, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'est ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F, né le 16 juillet 1986 à Lima (Pérou), de nationalité péruvienne, déclare être entré en France le 12 mars 2019, afin d'y solliciter l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision en date du 20 avril 2021. La Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de sa demande par une décision du 7 juin 2022. Le 13 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé à son encontre un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Par sa présente requête, M. D F demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 6 avril 2022, publié le même jour au recueil administratif de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E, directrice des migrations et de l'intégration, en matière de police des étrangers et notamment pour signer les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par conséquent, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait état de ce que M. D F déclare être entré sur le territoire français le 12 mars 2019, et retrace la procédure de sa demande d'asile, rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 20 avril 2021, notifiée le 3 mai 2021, et par la Cour nationale du droit d'asile une décision du 7 juin 2022, notifiée le 24 juin 2022. Le préfet indique également que l'intéressé se déclare célibataire et ne justifie pas de la présence de ses deux enfants mineurs, de nationalité péruvienne, sur le territoire français. En outre, le préfet indique qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et à la vie familiale de M. D F qui n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant, et qui n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite, elle est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ", l'article L. 542-1 du même code prévoit : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. "

6. Il ressort des mentions portées sur l'application " TelemOfpra " qui ne sont d'ailleurs pas contestées, que M. D F a fait l'objet d'une décision de rejet de la Cour nationale du droit d'asile lue en audience publique le 7 juin 2022. C'est à cette date que le droit au maintien sur le territoire français du requérant a pris fin. Par suite, le préfet, qui ne s'est pas estimé en compétence liée, a pu légalement prendre la mesure litigieuse sur la base des dispositions précitées sans commettre d'erreur de droit. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. D F et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci. Par suite, ces moyens seront écartés.

7. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. En particulier, si le requérant soutient que cet arrêté omet de faire état de sa relation de concubinage avec une ressortissante française, il ne ressort pas des pièces du dossier que lors du dépôt de sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile ou même avant l'édiction de la décision en litige, il en ait informé le préfet de la Haute-Garonne auquel il ne peut, dès lors, être reproché de ne pas avoir mentionné cet élément dans sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

8. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention. Par suite, la décision est suffisamment motivée.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais applicable : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il appartient à l'étranger qui conteste son éloignement de démontrer qu'il y a des raisons sérieuses de penser que, si la mesure incriminée était mise à exécution, il serait exposé à un risque réel de se voir infliger des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. M. D F soutient qu'il a ouvert deux restaurants dans son pays d'origine, qu'il a fait l'objet de menaces et d'extorsion de la part d'un groupe criminel et qu'il a sollicité en vain la protection des autorités péruviennes. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des violences qu'il dit avoir subies de la part de ce groupe criminel ni, en toute état de cause, de ce qu'il ne pourrait prétendre à la protection de ces autorités, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il existe au Pérou, notamment, une unité de police spécialisée dans la lutte contre le délit d'extorsion. Au demeurant, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 20 avril 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le 7 juin 2022. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas atteinte au droit de M. D F de ne pas être soumis à des traitements inhumains et dégradants tel que protégé par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de ce qui précède que M. D F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 13 septembre 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Francos la somme réclamée en application des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. Enfin, la présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D F est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D F, à Me Francos et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 202Le magistrat désigné,

F. B La greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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