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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205910

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205910

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBRANGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 10 octobre 2022 et 10 février 2023, M. C D, représenté par Me Brangeon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou à son bénéfice sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative si sa demande tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle devait être rejetée.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

-la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

-le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant, au sens de l'article 3 § 1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

-elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

-la décision contestée n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

-il n'a pas été invité à présenter préalablement ses observations ;

-la décision contestée est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet de la Haute-Garonne s'est estimé en situation de compétence liée et n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle refuse de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

-la décision contestée n'est pas suffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Brangeon représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant camerounais, né le 26 mai 1991, est entré en France en décembre 2017, selon ses déclarations. Le 15 octobre 2020, l'intéressé a sollicité son admission au séjour en qualité de parent d'un enfant français. Le requérant a bénéficié, pour ce motif, d'un titre de séjour à compter du 4 mai 2021, valable du 2 février 2021 au 1er février 2022. Le 14 décembre 2021, M. D a sollicité le renouvellement de son droit au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 septembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête, l'intéressé sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 5 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. D le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. M. D allègue, sans être contredit, résider habituellement sur le territoire français depuis décembre 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est marié avec une ressortissante française, le 12 octobre 2019, de cette union est née, le 18 août 2020, une enfant, de nationalité française, dont il a reconnu la paternité le 20 août 2020. Pour refuser de lui délivrer le titre de séjour qu'il avait sollicité en invoquant sa situation de père d'un enfant français, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur la circonstance selon laquelle M. D a été condamné, par un jugement du tribunal judiciaire de Rodez en date du 16 mars 2020, à une peine de huit mois d'emprisonnement dont quatre avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour des faits de violences, n'ayant entraîné aucune incapacité de travail, commis le 21 décembre 2019 sur sa compagne enceinte. Si la gravité de ces faits et leur caractère relativement récent ne sont pas contestés, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. D n'a, depuis cette condamnation, commis aucune autre infraction, qu'il s'est soumis aux injonctions du tribunal judiciaire en suivant un stage de sensibilisation aux violences conjugales et qu'il a pris l'initiative de se rendre à des rendez-vous avec une psychologue de l'association " vivre autrement ses conflits ". Par ailleurs, présent en France depuis quatre années à la date de l'arrêté attaqué, M. D a effectué des démarches, dans le but de s'insérer professionnellement, il a notamment travaillé en tant qu'intérimaire sur la période de décembre 2020 à juillet 2021 et produit à l'instance un contrat à durée indéterminée en qualité d'employé polyvalent d'hôtellerie de nuit à compter du 6 juin 2022. Il ressort également des pièces du dossier, que M. D, qui s'est séparé de sa compagne en juillet 2021, démontre s'être investi dans l'éducation et l'entretien de sa fille, dès lors qu'il justifie verser des sommes d'argent régulièrement à la mère de l'enfant, d'achats pour sa fille notamment de peluche, gobelet pour enfants, biberons, jouets de bain, lait, vêtements, matelas climatisé et tricycle, ainsi que de versements de l'assurance maladie pour divers actes médicaux au bénéfice de sa fille, rattachée à sa sécurité sociale. Le requérant produit également des photographies et des attestations témoignant du lien qu'il entretient avec son enfant. Il doit ainsi être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant, contrairement à ce qu'a pu considérer le préfet dans l'arrêté attaqué. En outre, il ressort du jugement de non-lieu et de clôture en assistance éducative rendu par le tribunal pour enfants de B le 19 octobre 2022, que l'enfant " est prise en charge de façon régulière par son père qui assure des droits de visite et d'hébergement pour elle et sa sœur ainée selon l'accord de tous ", " Les deux parents sont valablement mobilisés pour leur fille et ne sont aucunement en conflit ". Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, compte tenu des efforts d'intégration manifestés par M. D depuis sa condamnation par le juge pénal à raison de faits isolés, eu égard, en particulier, à l'attitude positive qu'il a adoptée dans le cadre de sa mise à l'épreuve et au comportement responsable, notamment dans sa relation avec sa fille, qui a été le sien depuis lors, le préfet de la Haute-Garonne a fait une inexacte application des dispositions précitées.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête de M. D, que la décision du 12 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions par lesquelles le préfet l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement, lesquelles se trouvent, en toute hypothèse, privées de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'annulation prononcée par le présent jugement, compte tenu du motif retenu, implique que le préfet de la Haute-Garonne délivre à M. D une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et sous réserve d'un éventuel changement dans les circonstances de fait.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement au conseil de M. D d'une somme globale de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour Me Brangeon de renoncer au bénéfice de la contribution de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. D.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 12 septembre 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de délivrer à M. D une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera au conseil de M. D une somme globale de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour Me Brangeon de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Brangeon et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

C. Laporte, magistrate honoraire

R. A, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai2023.

Le rapporteur,

R. A

Le président,

T. SORIN

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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