vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2205911 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis totalement fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;
3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et le versement de l'allocation pour demandeur d'asile rétroactivement à compter du 5 juillet 2022, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement d'une somme de 2 000 euros à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, le versement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de forme et d'un vice de procédure au regard des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence d'édiction d'une décision expresse après la communication dans un délai de quinze jours de ses observations écrites ;
- à supposer que le courrier du 28 mars 2022 puisse être regardé comme une décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil, celle-ci est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;
- la décision attaquée n'a pas été précédée d'un entretien de vulnérabilité, en méconnaissance des articles L. 522-1, L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation en fait ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 551-10 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas été informé des conséquences de son refus de l'offre d'hébergement faite par l'OFII ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le refus d'un logement incompatible avec sa situation personnelle ne figure pas au nombre des motifs justifiant la cessation des conditions matérielles d'accueil ; l'OFII s'est estimé lié par son refus de l'offre de logement et n'a pas pris en compte sa situation personnelle, alors qu'il aurait pu prononcer une cessation partielle de ses conditions matérielles d'accueil ; la cessation des conditions matérielles d'accueil ne peut procéder d'une décision implicite ; son état de particulière vulnérabilité n'a pas été pris en considération ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation dès lors qu'elle le place dans une situation d'extrême précarité matérielle et financière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juillet 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- une décision explicite de cessation des conditions matérielles d'accueil est intervenue le 2 mai 2022 ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 10 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er septembre 2023.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 mars 2023.
Vu
- l'ordonnance du juge des référés n° 2206006 du 26 octobre 2022 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant jordanien, a sollicité le bénéfice de l'asile en France et a accepté, le 24 septembre 2021, les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Par une décision du 2 mai 2022, le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Toulouse en date du 22 mars 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, la demande du requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 1, le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A par une décision expresse du 2 mai 2022. Par suite, les moyens tirés du vice de forme, du vice de procédure et de l'erreur de droit résultant de l'absence d'édiction d'une décision écrite de cessation des conditions matérielles d'accueil doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature ".
5. La décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles l'OFII s'est fondé pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de M. A. L'OFII, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé sa décision.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 28 mars 2022, notifié à l'intéressé le 11 avril 2022, le directeur territorial de l'OFII a informé M. A de son intention de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil et l'a invité à faire parvenir ses observations à la direction territoriale de l'OFII dans un délai de quinze jours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue par l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".
8. Il résulte des dispositions précitées que tout demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien personnel, destiné à évaluer sa vulnérabilité, lors de la présentation de sa première demande d'asile. En revanche, ces dispositions n'imposent pas qu'un tel entretien soit à nouveau mené, préalablement à la décision portant cessation des conditions matérielles d'accueil. Par suite, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique des demandeurs d'asile le 24 septembre 2021, il ne peut utilement se prévaloir de l'absence d'un tel entretien à l'encontre de la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ".
10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil, que M. A a été informé le 24 septembre 2021 des conditions et modalités de refus et de cessation des conditions matérielles d'accueil. En outre, la notification du 18 mars 2022, invitant M. A à se présenter le 28 mars 2022 sur le lieu d'hébergement proposé, précisait que " la non-présentation au centre d'hébergement dans un délai de 5 jours peut entraîner la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ". Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été préalablement informé des conséquences sur sa situation du refus de l'offre d'hébergement qui lui a été faite par l'OFII.
11. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, et notamment de son état de vulnérabilité.
12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. A a refusé la proposition d'hébergement qui lui a été faite le 18 mars 2022 par l'OFII. Si M. A fait valoir que cette offre d'hébergement était incompatible avec sa situation personnelle au motif qu'il souhaitait poursuivre ses études à Toulouse, cette seule circonstance ne saurait constituer un motif légitime de refus d'une offre d'hébergement, dès lors que le demandeur d'asile n'a pas vocation à entamer ou à poursuivre des études durant l'examen de sa demande. Dès lors que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant l'hébergement qui lui avait été proposé, le directeur territorial de l'OFII pouvait, pour ce motif, mettre fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. En outre, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée, qui mentionne qu'elle intervient après examen des besoins et de la situation personnelle et familiale de M. A, que l'OFII se serait cru en situation de compétence liée pour décider de la cessation totale des conditions matérielles d'accueil. Enfin, si M. A soutient qu'il se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité, il n'apporte aucun élément au soutien de ses allégations alors qu'il ressort de la fiche d'évaluation de vulnérabilité de l'intéressé qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, qu'il ne présente aucun problème de santé particulier et qu'il est hébergé par un membre de sa famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences que la décision emporte sur sa situation doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 mai 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mercier et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
La rapporteure,
M. ROUSSEAU
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026