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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2205994

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2205994

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2205994
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, et des pièces enregistrées le 17 octobre 2022, M. H G, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de l'Hérault notifié le 11 octobre 2022 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des entiers dépens du procès ainsi qu'une somme de 1 500 euros à son conseil, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi sur l'aide juridictionnelle, et si l'aide juridictionnelle venait à lui être refusée, mettre à la charge de l'Etat le paiement de cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'un défaut de compétence de leur signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 621-1, L. 621-2 et L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte-tenu de ce que le préfet aurait dû privilégier une mesure de remise aux autorités espagnoles ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

- elle est privée de base légale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est privée de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que le préfet indique qu'il est connu des services de police pour des délits en récidive, alors qu'il n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant dans son principe que dans sa durée manifestement excessive dès lors qu'il justifie de liens personnels et familiaux intenses en France et en Espagne ;

Le préfet de l'Hérault a produit des pièces enregistrées le 17 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Durand, représentant M. G, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que la situation et le parcours du requérant sur le territoire espagnol n'ont pas été pris en considération, qu'il n'est pourtant nullement contesté qu'il est arrivé depuis un mois directement depuis l'Espagne, que la préfecture ne tire aucune conséquence légale de cette situation ni du fait qu'il demande à être réadmis sur le territoire espagnol, que l'ensemble de ces éléments devaient conduire la préfecture à se poser la question de la remise et à motiver les raisons pour lesquelles elle entendait rejeter sa remise, qu'aucune interrogation n'a été faite auprès du CCPD, alors qu'il est arrivé en Espagne alors qu'il est mineur, qu'il y a été admis au séjour, qu'il a suivi des formations sur le territoire espagnol, qu'il y a a minima un défaut de motivation, un défaut d'examen de la situation du requérant, qu'il y a également une erreur de droit car la procédure de remise est dérogatoire et le requérant a demandé à être remis aux autorités espagnoles, que le requérant est venu rejoindre son grand frère qui est en couple avec une ressortissante française, que de surcroit il a été interpelé alors qu'il était au domicile de son frère dans le cadre d'une expulsion locative, que M. G était venu travailler de manière ponctuelle pour débloquer sa situation en Espagne, que l'interdiction de retour l'empêche de retourner en Espagne, que l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de fait, que le préfet ne peut évoquer une récidive qui suppose une condamnation, que le FAEG n'est absolument pas une déclaration de culpabilité, qu'on ne peut se satisfaire de ces seuls éléments pour caractériser un trouble à l'ordre public,

- les observations de M. G, assisté de M. B C, interprète en langue arabe, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de l'Hérault n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, né le 12 juin 2000 à Arzew (Algérie), de nationalité algérienne, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 21 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de l'Hérault a donné délégation à Mme F D, cheffe de la section éloignement, à l'effet de signer, tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des 1° et 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté précise que M. G a déclaré avoir quitté l'Algérie en 2016, avoir séjourné en Espagne, qu'il serait entré en France une première fois entre mars 2017 et août 2018 avant d'être retourné en Espagne et qu'il serait finalement revenu en France depuis environ un mois. Le préfet indique que l'intéressé travaille de manière illégale sur le territoire français, qu'il n'a effectué aucune demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation administrative et qu'il est défavorablement connu des services de police. En outre, l'arrêté contesté indique que M. G a déclaré être célibataire, sans enfant, qu'il n'est pas isolé ni démuni d'attaches familiales dans son pays d'origine et qu'il ne justifie pas avoir établi le centre de ses liens privés et familiaux sur le territoire français, compte tenu du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de seize ans et que dans ces conditions, il n'est pas porté une atteinte à sa vie privée et familiales. Enfin, le préfet indique que l'intéressé ne prouve pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Par suite, il est suffisamment motivé.

5. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7() ". En outre, l'article L. 621-2 du même code dispose que : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ". De plus, l'article L. 621-3 du même code dispose que : " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français sans se conformer aux stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 19, du paragraphe 1 de l'article 20, et des paragraphes 1 et 2 de l'article 21, de cette convention, relatifs aux conditions de circulation des étrangers sur les territoires des parties contractantes, ou sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ".

7. Il ressort de ces dispositions que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'article L. 621-1 ou des deuxième à quatrième alinéas de l'article L. 621-2, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, sur le fondement des articles L. 621-1 et suivants, soit l'obliger à quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 621-1. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. G déclare, sans toutefois en apporter la preuve, être entré en France il y a environ un mois sans être muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur. Il n'a formulé, depuis son entrée sur le territoire, ni demande d'admission au séjour ni demande d'asile. Il relevait ainsi du cas où, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français pouvait être prise à son encontre. Lors de son audition, le 11 octobre 2022 à 10 heures 45, faisant suite à son interpellation, M. G a déclaré notamment être arrivé à Montpelier, il y a un mois, en provenance d'Espagne, qu'il détenait une carte de résident espagnol et qu'en cas de mesure d'éloignement prise à son encontre, il souhaitait repartir en Espagne. Aux fins de tenir compte du souhait de M. G d'être, le cas échéant, éloigné vers l'Espagne, les services de la police aux frontières ont pris l'attache des autorités espagnoles, par le biais du centre de coopération policier et douanier du Perthus (CCPD), lesquelles leur ont répondu le 11 octobre 2022 à 12 heures 30 que M. G était connu en Espagne pour des faits d'infraction à la législation sur les étrangers et n'était pas détenteur d'un titre de séjour. Il résulte de ce qui précède que le préfet de l'Hérault a suffisamment examiné la possibilité d'une réadmission de M. G vers l'Espagne avant de prendre à son encontre la mesure d'éloignement attaquée, notifiée à l'intéressé le 11 octobre 2022 à 14 heures 40. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée la décision contestée ne peut donc qu'être écarté.

9. En second lieu, M. G soutient qu'il serait venu en France pour rejoindre son frère, en couple avec une ressortissante française. Toutefois, il n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait une relation d'une particulière intensité avec son frère et cette seule circonstance, à la supposer établie, ne saurait suffire à considérer que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

11. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur d'appréciation n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de renvoi serait illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Pour interdire M. G de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de l'Hérault s'est notamment fondé sur la circonstance que l'intéressé était l'auteur de plusieurs délits en récidive et représentait donc une menace pour l'ordre public. Le requérant soutient cependant n'avoir jamais fait l'objet de condamnations. S'il ressort des pièces du dossier et notamment de la consultation des fichiers biométriques que l'intéressé ressort sous trois identités au Fichier automatisé des empreintes digitales, aucun élément ne permet de déterminer les raisons pour lesquelles M. G est identifié dans ce fichier. Ainsi, en retenant que l'intéressé est connu des services de police pour des délits en récidive, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait. Il ne résulte pas de l'instruction, alors que l'intéressé fait valoir sans être contesté, qu'il suit des formations en Espagne où il a entamé des démarches en vue d'une régularisation de sa situation, que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les autres motifs mentionnés dans l'arrêté, tenant à la durée de sa présence en France et à la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Le moyen tiré de l'erreur de fait commise par le préfet de l'Hérault doit donc être accueilli.

14. Il résulte de ce qui précède que M. G est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Hérault lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les frais liés au litige :

15. Sous réserve de l'admission définitive de M. G à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Durand renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Durand une somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordé par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. G.

D E C I D E :

Article 1er : M. G est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de l'Hérault notifié le 11 octobre 2022 est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. G à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de Me Durand à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Durand la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. H G, à Me Durand et au préfet de l'Hérault.

Lu en audience publique le 17 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. A Le greffier,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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