vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206029 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MERCIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 29 juillet 2022 à l'encontre de la décision du 1er juin 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision du 1er juin 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII à Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et d'ordonner le paiement de l'allocation pour demandeur d'asile avec effet rétroactif à compter du 1er juin 2022, dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou à tout le moins d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que l'OFII, d'une part, s'est estimé lié par le fait que sa demande est un réexamen de sa situation et en ne prenant pas en compte les éléments de sa situation personnelle, d'autre part, qu'il n'évoque à aucun moment la possibilité de ne procéder qu'à un refus partiel du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, enfin qu'il n'a pas pris en compte sa vulnérabilité particulière ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre la décision du 1er juin 2022 sont irrecevables ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 12 avril 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- l'ordonnance n° 2205244 du 13 septembre 2022 du juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant géorgien, déclare être entré sur le territoire français le 4 août 2021, rejoint par son épouse le 13 mai 2022, pour y présenter une demande d'asile. Il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 1er juin 2022. Par une décision du même jour, le directeur de l'OFII à Toulouse lui a notifié une décision portant refus total des conditions matérielles d'accueil. Le requérant a formé contre cette décision un recours administratif préalable obligatoire auprès du directeur général de l'OFII par un courrier reçu le 29 juillet 2022. Le silence gardé par l'OFII sur sa demande a fait naître une décision implicite de rejet le 29 septembre 2022. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite du 29 septembre 2022, ainsi que la décision du 1er juin 2022.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Par une décision du 12 avril 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur le cadre juridique et l'étendue du litige :
4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " () Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
5. L'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge. Par ailleurs, lorsque la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire est implicite et que le requérant n'en a pas sollicité la communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit être regardée comme fondée sur les mêmes motifs que la décision initiale.
6. Par une décision du 1er juin 2022, le directeur territorial de l'OFII à Toulouse a refusé d'attribuer à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. L'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un courrier reçu par l'OFII le 29 juillet 2022. Le silence du directeur général de l'office sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le 29 septembre 2022, qui s'est ainsi substituée à la décision du 1er juin 2022. Il suit de là que les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant dans la présente instance doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la décision implicite du 29 septembre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. En premier lieu, et conformément au principe rappelé au point 5, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 1er juin 2022, qui se rapporte aux vices propres de la décision initiale, est inopérant. A supposer que le moyen puisse être regardé comme dirigé également contre la décision implicite du 29 septembre 2022 prise sur le recours préalable obligatoire formé par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier en aurait demandé la communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, de telle sorte que le moyen ne peut en tout état de cause qu'être écarté.
8. En deuxième lieu, alors que M. B a fait l'objet, le 12 mai 2021, après sa première demande d'asile, puis le 1er juin 2022, lors du dépôt de sa demande de réexamen, de deux entretiens destinés à évaluer sa vulnérabilité, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle, en particulier de son état de vulnérabilité.
9. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII se serait estimé lié par la circonstance que le requérant a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, alors que, comme il vient d'être dit, ce dernier a fait l'objet, le 1er juin 2022, d'un nouvel examen destiné à évaluer ses besoins et sa situation, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. En quatrième lieu, M. B soutient souffrir de douleurs lombaires chroniques de forte intensité, le contraignant à suivre un traitement antalgique et des séances de kinésithérapie, et produit à cet égard des prescriptions et comptes-rendus médicaux. Il invoque par ailleurs, un état de dénuement total, l'empêchant, ainsi que son épouse, de subvenir à leurs besoins, et mettant en danger son intégrité physique et psychique. Toutefois, les circonstances dont il se prévaut ne sont pas, en l'espèce, de nature à caractériser une situation de vulnérabilité particulière justifiant l'octroi, même partiel, des conditions matérielles d'accueil, alors d'ailleurs qu'il ressort de ses propres écritures que son épouse bénéficie des conditions matérielles d'accueil depuis le 1er juin 2022 et que le premier versement de l'allocation pour demandeur d'asile la concernant est intervenu le 5 septembre 2022.
11. Il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 10 que le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut qu'être écarté.
12. En cinquième et dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 10, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision contestée emporte sur la situation du requérant doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'OFII, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il attaque. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mercier et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 12 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026