vendredi 21 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206054 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | MAJHAD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Majhad, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2022 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Hérault de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne pouvait valablement se fonder sur la seule circonstance qu'il ait des attaches familiales dans son pays d'origine pour fixer son pays de destination ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et porte une atteinte disproportionnée à son droit d'aller et de venir ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2022, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2023.
Par une ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant bosnien, a été écroué au centre pénitentiaire de Villeneuve-lès-Maguelone le 12 avril 2022 et a été condamné, le 13 avril 2022, par le tribunal judiciaire de Montpellier à dix mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances en récidive. Par un arrêté du 11 octobre 2022, le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée deux ans. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 12 avril 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, l'arrêté vise l'ensemble des textes dont il est fait application, en particulier les 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que le comportement de M. C, qui a été condamné pour des faits de vol aggravé par deux circonstances en récidive, constitue une menace à l'ordre public et que l'intéressé ne justifie pas d'une entrée régulière en France et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire, l'arrêté mentionne également que M. C se maintient irrégulièrement sur le territoire français, ne présente pas de garanties de représentation effectives en l'absence de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité et a expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre. Par ailleurs, la décision fixant le pays de destination rappelle la nationalité de M. C et énonce que celui-ci n'est pas exposé en Bosnie-Herzégovine à des traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, pour édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet a relevé que M. C était entré en France en 2020, que sa présence constituait une menace pour l'ordre public et que l'intensité et l'ancienneté de ses liens avec la France n'étaient pas établies. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté litigieux ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de l'Hérault ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de M. C.
5. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur fait n'est pas assorti des précisions permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut, dès lors, qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des pièces du dossier, que M. C, qui déclare être entré irrégulièrement en France en 2020, a fait l'objet, le 4 juin 2021, d'une précédente mesure d'éloignement du préfet du Rhône qu'il n'a pas exécutée. Présent ainsi depuis environ deux ans sur le territoire français, il s'y maintient en situation irrégulière. A la date de l'arrêté en litige, il était marié avec une compatriote avec laquelle il a eu dix enfants. Il ne fait valoir aucune circonstance s'opposant à ce que la cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine, où résident deux de ses frères et sœurs et où il a vécu lui-même jusqu'à l'âge de 41 ans. Par ailleurs, il ne justifie pas d'une intégration particulière alors qu'il a été condamné à dix mois d'emprisonnement pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, en récidive, par le tribunal judiciaire de Montpellier le 13 avril 2022. Dans ces circonstances, eu égard notamment au caractère récent de sa présence en France et des conditions de son séjour, M. C n'établit pas que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".
10. En l'espèce, M. C n'établit ni même n'allègue être entré régulièrement en France et avoir présenté une demande de titre de séjour afin de régulariser sa situation administrative. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, et il n'est pas contesté, qu'il est dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité. Par suite, c'est sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation que le préfet de l'Hérault a considéré qu'il existait un risque que M. C se soustraie à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre et qu'il a, pour ce motif, refusé de lui accorder un délai de départ volontaire.
11. En septième lieu, pour fixer le pays de destination de M. C, le préfet, qui s'est fondé sur la nationalité du requérant, n'a pas commis d'erreur de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.
12. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
13. En neuvième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que si le requérant se prévaut de son entrée en France en 2020, il ne fait état d'aucune attache particulière en dehors de son épouse et de leurs enfants qui n'ont pas vocation à rester sur le territoire national et peuvent repartir avec lui dans son pays d'origine. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par le préfet du Rhône le 4 juin 2021, qu'il n'a pas exécutée. Il a également été condamné par le tribunal judiciaire de Montpellier, par un jugement du 13 avril 2022, pour des faits de vol aggravé par deux circonstances, en récidive, qui, eu égard à leur gravité et leur caractère récent, permettent de regarder sa présence comme constitutive d'une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet de l'Hérault a pu, sans entacher sa décision d'erreurs de droit et d'appréciation, prendre à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français et fixer sa durée à deux ans. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle de M. C.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Majhad et au préfet de l'Hérault.
Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
V. D
L'assesseure la plus ancienne,
M. BLa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2206054
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026