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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206061

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206061

mardi 24 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, M. A C, représenté par Me Laspalles, avocat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un certificat de résidence mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en raison de l'illégalité de l'avis émis par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dont il n'est pas établi, en l'absence de production par la préfecture, qu'il aurait été rendu à l'issue d'une délibération collégiale ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- le préfet de la Haute-Garonne s'est cru à tort lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII ;

- c'est à tort qu'il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions posées par le 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 pour obtenir son admission au séjour en qualité d'étranger malade, dès lors que l'administration ne démontre pas qu'il pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ;

- la décision attaquée méconnait le 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, dès lors qu'il réside habituellement en France depuis le 20 mars 2011 ;

- elle méconnait le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, compte tenu de l'ancienneté et des conditions de son séjour en France ainsi que de l'intensité de ses liens familiaux ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il justifie de circonstances humanitaires exceptionnelles qui auraient dû conduire le préfet à régulariser sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 janvier 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une décision du 5 avril 2023, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 20 juin 1991, est entré en France le 20 mars 2011 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 13 mars au 27 avril 2011. Il a bénéficié d'un certificat de résidence en raison de son état de santé, régulièrement renouvelé, du 9 octobre 2013 au 28 avril 2016. Ayant sollicité le renouvellement de ce certificat le 3 avril 2016, M. C a fait l'objet, par arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 7 décembre 2017, d'un refus de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Ayant toutefois à nouveau sollicité le 18 avril 2019 son admission au séjour en raison de son état de santé, M. C a bénéficié d'un certificat de résidence d'un an à compter du 22 mai 2019, régulièrement renouvelé jusqu'au 15 juin 2022. Le 13 juin 2022, il a saisi la préfecture de la Haute-Garonne d'une demande de renouvellement de son certificat de résidence. Par un arrêté du 22 septembre 2022, le préfet lui a opposé un refus de séjour et a assorti cette décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de la fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. C ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 avril 2023, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision du 22 septembre 2022 vise les dispositions textuelles dont elle fait application, et notamment l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision fait état des circonstances de fait à raison desquelles le préfet de la Haute-Garonne a estimé ne pas devoir faire droit à la demande de M. C de délivrance d'un certificat de résidence, considérant, au vu de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 1er août 2022, que l'intéressé ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dont il a besoin dans son pays d'origine. Elle fait en outre état de deux condamnations pénales en date des 17 octobre 2017 et 13 juin 2018, à des peines de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et d'amende de trois cents euros pour usage illicite de stupéfiants. Elle ajoute que si M. C se prévaut d'une résidence habituelle en France de plus de onze ans, l'ancienneté et la continuité de sa présence sur le territoire national ne sont pas établies sur la totalité de la période alors qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement par arrêté préfectoral du 7 décembre 2017. Enfin, elle indique que M. C est célibataire, qu'il n'établit pas contribuer à l'éducation et à l'entretien de son enfant, de nationalité algérienne, née le 1er février 2017 à Toulouse et qu'il dispose toujours d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 19 ans et où résident toujours ses parents. Cette décision, qui comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement, est suffisamment motivée au regard des exigences des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort des termes mêmes de cette motivation, que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen sérieux de la situation de M. C.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 122-1 du même code dispose : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

5. La décision attaquée de refus de séjour ayant été prise à la suite de la demande présentée par M. C, celui-ci ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ".

7. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa méconnaissance par l'arrêté contesté, pris par une autorité d'un Etat membre, est inopérant. En revanche, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient donc aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

8. En l'espèce, M. C a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence. Il résulte de ce qui précède qu'il lui appartenait, au besoin au cours de l'instruction de cette demande, de présenter à l'administration toute observation complémentaire utile, sans que le préfet de la Haute-Garonne ait à les solliciter expressément. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait été fait obstacle à ce qu'il se prévale d'éléments utiles relatifs à sa situation personnelle avant que ne soit prise à son encontre la décision qu'il conteste et qui, s'ils avaient pu être communiqués en temps utile, auraient été de nature à influer sur le sens de cette décision. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de son droit à être entendu garanti par le droit de l'Union européenne.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux demandes de certificats de résidence formées par les ressortissants algériens invoquant leur état de santé : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration./ L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu () d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. / () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège./ () ". L'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné dans les visas précise que : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () ".

10. Le préfet de la Haute-Garonne a produit à l'instance l'avis rendu le 1er août 2022 par le collège de médecin de l'OFII sur l'état de santé du requérant, lequel avis a été communiqué par le tribunal à l'intéressé. Il ressort des mentions figurant sur cet avis, qui font foi jusqu'à la preuve du contraire, qu'il a été rendu aux termes d'une délibération collégiale. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait à ce titre été prise au terme d'une procédure irrégulière. Le moyen soulevé en ce sens doit, dès lors, être écarté.

11. En cinquième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne s'est approprié l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, après avoir pris le soin d'indiquer qu'il n'était pas lié par l'avis en cause et qu'il disposait d'un pouvoir d'appréciation sur les éléments présentés par le requérant à l'appui de sa demande de certificat de résidence au titre de son état de santé. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet se serait cru lié par la teneur de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968: " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

13. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi allant dans le sens de ses conclusions. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

14. Pour refuser de délivrer un certificat de résidence à M. C, le préfet de la Haute-Garonne s'est appuyé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 1er août 2022, indiquant que si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, pays vers lequel il peut voyager sans risque.

15. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a levé le secret médical, souffre d'une sclérose en plaques. Il produit un certificat médical d'un docteur généraliste, en date du 4 octobre 2022, faisant état de ce qu'il fait l'objet d'un traitement médical par " rituximab " qui " n'existe pas dans son pays d'origine ". Toutefois, ce seul certificat, compte tenu des termes peu circonstanciés dans lesquels il est rédigé par un médecin non spécialiste de la pathologie dont souffre le requérant, ne suffit pas à établir que le requérant serait astreint à un suivi médicamenteux qui ne serait pas disponible dans son pays d'origine, que ce soit par " rituximab " ou sous la forme de toute autre molécule. Il n'apporte pas davantage d'élément de nature à établir que la couverture des soins en Algérie serait, comme il le soutient, inexistante, ou que les possibilités de soins ne seraient pas accessibles eu égard aux coûts du traitement. Dans ces conditions, le requérant ne justifie pas qu'il serait dans l'impossibilité d'accéder effectivement à un traitement approprié dans son pays d'origine, ni qu'il ne pourrait voyager sans risque. Dès lors, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

16. En septième lieu, aux termes du de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

17. S'il est constant que M C est entré en France le 20 mars 2011 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 13 mars au 27 avril 2011 et qu'il a bénéficié, du 9 octobre 2013 au 28 avril 2016, puis du 22 mai 2019 au 15 juin 2022 de certificats de résidence en qualité d'étranger malade, ces seules circonstances ne sont pas de nature à justifier à elles seules de la réalité et de la continuité de son séjour en France sur toute cette période. Au demeurant, le séjour en France de M. C doit être regardé comme ayant été interrompu à la suite de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 7 décembre 2017, l'intéressé n'apportant à tout le moins aucune preuve de sa présence en France en 2018. Ainsi le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 doit être écarté.

18. En huitième lieu, aux termes du de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5° au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

19. Il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Il ne résulte pas des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne aurait spontanément examiné la possibilité de l'admettre au séjour sur ce fondement. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de ces stipulations.

20. En neuvième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

21. M. C se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France et de ce qu'il est le père d'une enfant née le 1er février 2017 à Toulouse qui serait française. Toutefois, la circonstance que l'intéressé ait bénéficié de certificats de résidence en raison de son état de santé ne lui a pas donné vocation à rester durablement en France. En outre, le requérant, qui est célibataire, n'apporte aucun élément permettant d'attester qu'il entretiendrait la moindre relation avec son enfant, dont il ne ressort d'ailleurs aucunement des pièces du dossier qu'elle serait française ou quelles sont ses conditions de séjour en France. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. C, qui a déjà fait l'objet de deux condamnations pénales en 2017 et 2018 à des peines de trois mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants et d'amende de trois cents euros pour usage illicite de stupéfiants, ainsi que d'une mesure d'éloignement pas arrêté préfectoral du 7 décembre 2017, ne se prévaut d'aucune insertion sociale ou professionnelle dans la société française. Dans ces conditions, et alors qu'il n'est pas contesté que M. C dispose toujours d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs qui lui ont été opposés. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

22. En dixième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par l'article L. 435-1 du CESEDA, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient donc au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Toutefois, en l'espèce, pour les motifs qui viennent d'être énoncés ci-dessus, le moyen tiré d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. C et le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait méconnu son pouvoir de régularisation, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

23. En premier lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

24. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

25. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de certificat de résidence est suffisamment motivée. Dès lors, la décision litigieuse, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte. Dans ces conditions, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

26. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 21 et 22, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de M. C doivent être écartés.

27. En quatrième lieu, il résulte des dispositions du titre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du même code ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français.

28. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 à 8, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

29. Aux termes de l'article L. 612-1 du CESEDA : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. /

Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ".

30. En premier lieu, ainsi qu'il est indiqué au point 27 les décisions de fixation d'un délai de départ volontaire ne sont pas soumises à une procédure contradictoire.

31. En deuxième lieu, il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde ce délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point dès lors que l'étranger, comme en l'espèce, n'a présenté aucune demande tendant à la prolongation dudit délai de départ volontaire en faisant état de circonstances propres à son cas. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire doit être écarté.

32. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait cru en situation de compétence liée pour fixer à trente jours le délai accordé à M. C pour son départ volontaire du territoire français, alors que cette autorité a précisé, dans la décision attaquée, que l'intéressé ne faisait état d'aucune circonstance justifiant qu'un délai de départ volontaire à trente jours lui soit accordé. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

33. En quatrième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a procédé à un examen réel de la situation du requérant avant de fixer à trente jours le délai de départ volontaire accordé à M. C.

34. En cinquième lieu, M. C se borne à soutenir que les éléments du dossier justifie qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en limitant à trente jours ledit délai, le préfet de la Haute-Garonne aurait entaché sa décision d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

35. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne que M. C est un ressortissant algérien et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, au vu notamment de l'absence de demande de protection internationale. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté comme manquant en fait.

36. En second lieu, dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. C peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en Algérie, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi aurait pour effet de le priver de soins appropriés et le soumettrait à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par l'article 3 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

37. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué du 22 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. C demande le versement au profit de son conseil sur le fondement de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. C tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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