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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206099

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206099

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSARASQUETA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2022, et un mémoire en production de pièces, enregistré le 24 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Sarasqueta, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté 19 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé de son transfert aux autorités slovènes ainsi que l'arrêté du même jour portant assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, d'enregistrer en France sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale dans le délai de 48 heures suivant la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant transfert aux autorités slovènes :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en violation des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut de base légale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jozek, premier conseiller, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 572-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Sarasqueta, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que les brochures A et B ont été remis au requérant en français, qu'il n'est pourtant pas contesté qu'il existe une traduction des brochures en bengali, qu' il est impératif, au regard de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 que les informations soient données par écrit dans une langue que l'intéressé comprend, qu'on ne peut s'étonner que la préfecture ait choisi de délivrer les brochures en français alors qu'il existe une version en bengali, qu'il s'agit d'une garantie, car elle doit permettre à l'étranger de se référer aux brochures qui lui ont été remises pour la suite de la procédure, qu'il en résulte un vice de procédure sur ce seul motif, que le requérant indique que son entretien a duré entre quinze et trente minutes, qu'il est impossible qu'on lui ait traduit la centaine de pages des brochures remises dans ce temps, que la circonstance que le requérant ait signé les brochures ne permet pas de présumer de la délivrance de l'intégralité des informations, que l'article 3 du règlement a également été méconnu, qu'en effet des rapports produits attestent de changements législatifs importants en Slovénie sur la procédure d'asile et les conditions matérielles d'accueil, que les organisations non-gouvernementales et le défenseur des droits s'accordent pour dire que ces modifications ne sont pas conformes au droit de l'Union, qu'il y a également une difficulté au regard de l'article 17 du règlement pour M. A car il s'est retrouvé enfermé dans un camp où il a subi des violences policières, mais aussi de la part des autres réfugiés,

- les observations de M. A, assisté de Mme D, interprète en bengali, qui répond aux questions du magistrat désigné,

- le préfet de la Haute-Garonne n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 1er janvier 1987 à Sylhet de nationalité bangladaise, a déclaré être entré en France le 10 août 2022 et s'est présenté à la préfecture de la Haute-Garonne le 23 septembre 2022 pour y formuler une demande d'asile. Lors de l'enregistrement de son dossier complet, le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'une demande d'asile avait été introduite auprès des autorités slovènes le 1er août 2022. Les autorités slovènes ont été saisies le 6 octobre 2022 d'une demande de reprise en charge en application de l'article 18.1 b du règlement (UE) n° 604/2013 et ont fait connaître leur accord le 13 octobre 2022 sur la base de ce même article. Par deux arrêtés du 19 octobre 2022, le préfet de la Haute-Garonne a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités slovènes et l'a assigné à résidence. Par sa présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 et des autorités nationales chargées de la protection des données qui sont compétentes pour examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 / () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

4. Il ressort des pièces du dossier que les services préfectoraux ont remis à M. A, le 23 septembre 2022, à l'occasion de son entretien individuel, le guide du demandeur d'asile, la brochure " les empreintes digitales et Eurodac " ainsi que les brochures A et B " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne " et " Je suis sous procédure Dublin " constituant la brochure commune prévue au 3 de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ce guide et ces brochures éteint tous rédigés en langue française. Or, il est constant que M. A, de nationalité bangladaise, ne comprend pas le français. La page de garde du guide et des brochures qui lui ont été remis, et sur lesquelles il a apposé sa signature, mentionne, certes, qu'elles ont été lues en intégralité par un agent préfectoral et traduites par un interprète en bengali. Toutefois, le requérant fait valoir que la durée de l'entretien, de l'ordre de quinze à trente minutes, n'a pas permis que ces documents, représentant au total une centaine de pages environ, lui soient lus dans leur totalité. Le préfet, qui produit un compte-rendu d'entretien sans aucune mention de durée, ne met pas le tribunal en mesure de vérifier que M. A a effectivement reçu l'ensemble des éléments d'information requis par les dispositions précitées de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il a été privé de la garantie prévue par ces dispositions. Il y a donc lieu, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a décidé son transfert aux autorités slovènes en vue de l'examen de sa demande d'asile ainsi que, par voie de conséquence, l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Sur les conclusions accessoires :

5. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Haute-Garonne procède au réexamen de la situation de M. A et le mette en possession d'une attestation de demande d'asile. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit nécessaire d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Enfin, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Sarasqueta sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A, la somme ci-dessus sera directement versée à l'intéressé.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les arrêtés du 19 octobre 2022 du préfet de la Haute-Garonne sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la situation de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et dans l'attente de le munir d'une attestation de demande d'asile.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Sarasqueta renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Sarasqueta, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée au requérant par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Sarasqueta et au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

F. BLa greffière,

A. BACH

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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