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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206134

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206134

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206134
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSABATTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2022, M. A B, représenté par Me Gutierrez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 31 mai 2022 par laquelle le directeur du centre hospitalier universitaire de Toulouse a prononcé à son encontre une sanction de blâme, ensemble la décision implicite du directeur du centre hospitalier de Toulouse rejetant son recours gracieux en date du 22 juin 2022 ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Toulouse la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les faits reprochés ne constituent pas des fautes de nature à justifier une sanction disciplinaire ;

- la sanction disciplinaire est disproportionnée car son comportement général, l'absence d'antécédent disciplinaire et ses qualités professionnelles n'ont pas été pris en compte dans le choix de la sanction retenue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 25 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 février 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viseur-Ferré ;

- les conclusions de Mme Nègre - Le Guillou, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Gutierrez pour M. B et de Me Sabatté pour le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, recruté en qualité d'aide-soignant titulaire, exerce depuis 1988 les fonctions de brancardier au sein du service des transports pédestres de l'hôpital de Larrey. Par une décision en date du 31 mai 2022, le centre hospitalier universitaire de Toulouse a prononcé un blâme à son encontre. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision, ensemble la décision implicite du directeur du centre hospitalier de Toulouse rejetant son recours gracieux en date du 22 juin 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation

2. Aux termes de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale ". Aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : () / b) Le blâme () ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

4. En premier lieu, la sanction contestée est fondée sur un manque de maîtrise de la part de M. B, un refus de se remettre en question ainsi qu'une volonté systématique de remettre en cause les ordres de sa hiérarchie, révélés par deux évènements, dont M. B ne conteste pas la matérialité mais le caractère fautif.

5. Tout d'abord, il est fait grief à M. B d'avoir tenu des propos misogynes. Le requérant soutient que s'il a pu déclarer " toutes les femmes sont des salopes ", il s'agissait d'une plaisanterie entre collègues, en référence à un humoriste, en salle de pause et en l'absence de sa supérieure hiérarchique. Si ces circonstances sont attestées par plusieurs témoignages de ses collègues alors présents, il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement du compte-rendu d'entretien du 8 mars 2022, que le requérant, qui a déjà tenu des propos misogynes, a refusé de s'excuser de sa conduite. Il ressort également de ce compte-rendu que son comportement durant cet entretien s'est avéré empreint de colère et qu'il a, en outre, refusé que lui soit remise la charte institutionnelle de prévention et de lutte contre le harcèlement et toute forme de discrimination au CHU. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le bureau de sa supérieur hiérarchique est contigu à la salle de pause et qu'elle a entendu les propos de M. B, ce qui accrédite le fait que les patients du service d'Exploration de la fonction respiratoire, également accolé à la salle de pause, ont également pu les entendre. Les termes employés, même sur le ton de l'humour, par M. B, bien que ne visant aucune femme directement, sont par eux-mêmes misogynes et portent en outre atteinte à l'image de l'hôpital. Au regard d'un comportement réitéré et en l'absence de remise en question de M. B, ces propos sexistes constituent ainsi une faute de nature à justifier une sanction disciplinaire.

6. D'autre part, à l'occasion d'un signalement émis le 30 mars 2021, par une infirmière anesthésiste, en raison d'un retard dans la prise en charge de patients par le service de brancardage, une altercation est survenue entre cette infirmière et M. B. Il ressort des pièces du dossier qu'à cette occasion le requérant a adopté un comportement intimidant et agressif, en " montant le ton, employant un ton familier ", la " pointant du doigt ", " en s'avançant vers elle ", en présence de sa supérieure hiérarchique et de patients, ces agissements ayant choqué des patients, l'un d'eux ayant expressément manifesté son inquiétude face à ce comportement agressif. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'à l'issue de cette altercation, le requérant a procédé au déplacement d'une patiente encore scopée. Si M. B fait valoir que le retard pris est principalement lié aux conditions de travail dégradées en raison, d'une part, d'un fort absentéisme notamment ce jour-là, et d'autre part, du projet de réorganisation en cours au sein de l'hôpital Larrey visant à effectuer le brancardage seul plutôt qu'en binôme, cette circonstance, au demeurant non établie, ne saurait faire disparaître ni atténuer le caractère fautif des faits précités.

7. En dernier lieu, si M. B se prévaut de l'absence d'antécédent disciplinaire et de ses qualités professionnelles, il ressort des pièces du dossier, et plus particulièrement des fiches d'évaluation professionnelle, que même s'il a fait preuve d'un comportement en progression concernant la maîtrise de ses émotions et de la communication, il présente un comportement général très colérique et adopte régulièrement une communication inadaptée notamment envers sa hiérarchie, opposant à chaque observation qui lui est faite les difficultés qui résulteraient pour lui de la réorganisation du service de brancardage. Dans ces conditions, eu égard aux faits reprochés à M. B, la sanction de blâme, qui est la deuxième plus basse du premier groupe de sanction, n'apparaît pas disproportionnée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 mai 2022, présentées par M. B, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le centre hospitalier universitaire de Toulouse au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Toulouse, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,

Mme Péan, conseillère,

Mme Préaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La plus ancienne assesseure,

C. PÉAN

La présidente-rapporteure,

C. VISEUR-FERRÉ La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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