vendredi 26 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2206198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SADEK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 octobre 2022, 6 février et 21 mars 2023, Mme B C D, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour d'une durée d'un an en raison de ses liens familiaux en France et de son état de santé ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, dont distraction à Me Sadek.
Elle soutient que :
Sur l'arrêté dans son ensemble :
- il a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision méconnaît le principe du contradictoire dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été annexé à l'arrêté attaqué et ne lui a pas été communiqué ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le rapport médical du 16 mars 2022 ne lui a pas été communiqué ; elle a été privée de la possibilité de vérifier l'identité et la signature des médecins faisant partie du collège et du médecin rapporteur et de s'assurer ainsi que ce dernier n'a pas siégé au sein du collège qui a émis l'avis et que les médecins avaient une spécialité leur permettant d'avoir un avis éclairé sur sa pathologie ; il n'est pas établi que le rapport médical visé a été rédigé par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration faute pour le préfet de produire l'acte de désignation de ce médecin ; il est impossible de déterminer les sources d'informations sanitaires sur lesquelles s'est fondé le collège en méconnaissance de l'article 3 de l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice de leurs missions par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et rien ne permet de constater que l'avis du collège a été pris en tenant compte des structures, des équipements, des médicaments, des dispositifs médicaux et des personnels disponibles en Algérie ; la bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine (BISPO) de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas consultable par le public ce qui fait obstacle à une discussion contradictoire sur l'appréciation portée par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne l'ont pas rencontrée, ni examinée ; ils n'ont donc pas pu apprécier son état de santé et les conséquences d'un défaut de prise en charge ;
- les médecins du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'ont pas indiqué si le traitement prescrit était disponible pour l'ensemble de la population en Algérie, s'il l'était de manière continue sur tout le territoire ni quel était son coût ;
- les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration auraient dû estimer le risque de réactivation de l'état de stress post-traumatique en cas de retour en Algérie ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ; elle ne pourra pas bénéficier d'un traitement adapté et d'une prise en charge médicale pluridisciplinaire effective en Algérie, dès lors notamment qu'elle est originaire d'une ville de 15 000 habitants éloignée des grands centres hospitaliers et qu'elle n'a pas cotisé auprès des différentes caisses de sécurité sociale dans ce pays ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard notamment du caractère continu de sa présence en France depuis le mois d'avril 2019 et de ses attaches familiales en France, en particulier ses trois filles et ses petits-enfants ; sa situation relève de considérations humanitaires et de motifs exceptionnels ;
- le préfet aurait dû également examiner sa demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne, dans la mesure où elle a fait valoir être à la charge de l'une de ses filles et de son gendre de nationalité allemande, lequel dispose d'un droit au séjour en France et de ressources suffisantes ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, et méconnaît les stipulations des 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier et 3 mars 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er février 2023.
Par une ordonnance du 1er mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 avril suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Frindel a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C D, ressortissante algérienne, est entrée en France le 15 avril 2019 munie d'un passeport algérien et d'un visa de court séjour et s'y est maintenue irrégulièrement après l'expiration de son visa. Le 25 mai 2021, elle a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour en se prévalant de son état de santé et de ses attaches familiales. Par un arrêté du 20 mai 2022, le préfet de la Haute-Garonne, qui a examiné son droit au séjour au regard des 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme G E, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 6 avril 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour, les mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Par suite, alors que cette délégation n'est ni générale ni permanente, qu'elle était toujours en vigueur à la date de l'arrêté attaqué et que la requérante ne démontre pas l'absence d'empêchement du préfet de la Haute-Garonne, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, le préfet de la Haute-Garonne a visé notamment les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 précité et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme C D, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. Il a ainsi estimé, au titre de ses liens familiaux, que Mme C D n'établissait pas la continuité et l'ancienneté de sa présence en France, qu'elle ne démontrait pas avoir créé sur le territoire français des liens personnels et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables pour justifier une mesure de régularisation, que la présence en France de ses trois filles n'était pas de nature à lui conférer un droit au séjour alors qu'elle a vécu séparée d'elles pendant plus de quinze ans, qu'elle n'établissait pas être dépourvue d'attaches personnelles et familiales en Algérie où elle a vécu jusqu'à l'âge de 59 ans et où résident ses deux sœurs, et qu'elle ne démontrait pas une insertion particulière dans la société française. Au titre de l'état de santé, le préfet a cité l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 16 mars 2022, dont il s'est approprié les termes, et a indiqué que l'intéressée ne justifiait pas être dans l'impossibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine. Contrairement à ce que soutient la requérante, il n'avait pas à mentionner les pathologies dont elle est atteinte, cette information étant couverte par le secret médical et donc inconnue de lui à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire, prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du même code, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle du refus de titre de séjour. Enfin, en indiquant que Mme C D n'établissait pas être exposée à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie, le préfet a suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet, qui a porté sa propre appréciation notamment sur l'état de santé de Mme C D, n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf dispositions contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour.
6. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". L'article R. 425-12 de ce même code dispose : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () / () Le collège de médecins peut entendre et, le cas échéant, examiner le demandeur et faire procéder aux examens estimés nécessaires () ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
7. D'une part, aucun texte législatif ou réglementaire ni aucun principe général du droit n'impose au préfet de communiquer à l'étranger le rapport médical ainsi que l'avis du collège de médecins de l'OFII préalablement à la décision de refus de séjour. De plus, contrairement à ce que soutient la requérante, le préfet n'était pas tenu de joindre à son arrêté l'avis du collège de médecins. De même, aucune disposition législative ou règlementaire n'exige la communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour prendre l'avis. Enfin, la base de données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine (BISPO), qui recense, conformément à l'annexe II de l'arrêté du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège de médecins de l'OFII du 16 mars 2022, versé à l'instance par le préfet, a été précédé, conformément aux dispositions précitées, du rapport établi le 8 mars 2022 par le Dr A, qui a été désigné pour ce faire par une décision du directeur de l'OFII du 1er octobre 2021 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII, régulièrement publiée sur le site internet de l'office. Cet avis comporte par ailleurs la signature des trois médecins composant le collège, dont l'identité est précisée et qui ont été désignés pour siéger dans cette instance par la même décision du 1er octobre 2021. Il en ressort également que le médecin qui a rédigé le rapport médical n'a pas siégé au sein du collège conformément aux exigences de l'article R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les dispositions précitées n'imposent en outre pas de mentionner dans l'avis la spécialité éventuelle du médecin-rapporteur ni celle des médecins composant le collège. Par ailleurs, aucune disposition n'impose au collège de médecins de procéder à l'examen du demandeur avant de rendre son avis, la faculté de procéder à un tel examen, prévue à l'article R. 425-12 précité étant laissée à l'appréciation du collège des médecins. Au demeurant, il ressort des mentions portées sur l'avis du 16 mars 2022 que Mme C D a été convoquée à un rendez-vous médical au stade de l'élaboration du rapport du Dr A. En outre, les médecins du collège n'étaient pas tenus de préciser si le traitement requis par l'état de santé de Mme C D était disponible de manière continue sur la totalité du territoire algérien et accessible à l'ensemble de la population, ni de se prononcer sur le coût des soins dans le pays d'origine, ni encore de mentionner les sources d'information sanitaire auxquelles ils se sont référés pour apprécier la disponibilité des soins dans ce pays. Enfin, si celle-ci soutient qu'en application des dispositions de l'annexe II de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé, les médecins de l'OFII auraient dû se prononcer sur le risque de réactivation de l'état de stress post-traumatique en cas de retour en Algérie, elle n'établit toutefois pas leur avoir fait parvenir en temps utile le compte-rendu de première consultation établi par un psychiatre le 15 mars 2022, soit la veille du jour où le collège a rendu son avis. Par suite, les moyens tirés des vices de procédure dont serait entaché l'arrêté en litige doivent être écartés.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que le préfet se serait estimé à tort lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le moyen doit donc être écarté.
10. En troisième lieu, il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale en Algérie. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause en Algérie. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut pas en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou à l'absence de mode de prise en charge adapté, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
11. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par Mme C D, le préfet de la Haute-Garonne s'est notamment fondé sur l'avis précité du 16 mars 2022 du collège de médecins de l'OFII, qui a estimé que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'Algérie, vers lequel elle pouvait voyager sans risque. Il ressort des pièces du dossier que Mme C D, qui a levé le secret médical dans le cadre de la présente instance, souffre d'un diabète insulino-dépendant compliqué par une rétinopathie bilatérale et un mal perforant plantaire, doublé d'une insuffisance cardiaque et d'une hypertension artérielle. Elle souffre par ailleurs de troubles anxio-dépressifs consécutifs à la perte de l'un de ses fils en 2003 et à son divorce prononcé en 2019, pour lesquels elle est suivi par un psychiatre depuis le 15 mars 2022. Pour contester l'avis précité du collège de médecin, la requérante produit un certificat établi le 7 juin 2022 par son psychiatre, qui conclut que son état de santé nécessite une prise en charge médicale globale et un " étayage renforcé psychologique familial " et que " toute interruption de cette prise en charge entraînerait () des conséquences d'une exceptionnelle gravité notamment par son éloignement du territoire français ". Ce faisant, il ne se prononce pas utilement sur l'impossibilité pour l'intéressée de bénéficier d'une telle prise en charge en Algérie. Les autres pièces médicales produites par Mme C D ne se prononcent pas non plus sur la disponibilité des traitements, alors que le préfet établit en défense que les médicaments qui lui sont prescrits, pour la prise en charge de son diabète mais aussi de ses autres pathologies, sont disponibles en Algérie sous la même appellation commerciale qu'en France ou sous une autre. En outre, la circonstance que la requérante a noué une relation de confiance avec les praticiens qui la suivent en France, est sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet sur la possibilité de prise en charge effective dans son pays d'origine. Par ailleurs, si Mme C D soutient que la ville de 15 000 habitants dont elle est originaire est éloignée des grands centres médicaux algériens, elle n'établit pas que cette distance l'empêcherait d'avoir un accès effectif à son traitement, ni qu'elle ne pourrait s'installer dans une agglomération proche de ces centres lors de son retour en Algérie. L'appréciation portée par le préfet ne saurait non plus être contredite par l'article de presse généraliste produit par la requérante portant sur l'insuffisante prise en charge des patients diabétiques en Algérie. En outre, il ressort des pièces du dossier que le système de solidarité nationale algérien prévoit la possibilité, pour les personnes démunies, de bénéficier de l'allocation forfaitaire de solidarité et d'avoir accès à différentes prestations, incluant notamment les frais médicaux, chirurgicaux, médicamenteux, d'analyses biologiques ou encore d'optique médicale. A cet égard, la requérante n'établit pas qu'elle ne serait pas éligible à ce mécanisme de solidarité en cas de retour dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que c'est sans méconnaître les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité que le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance du certificat de résidence sollicité en qualité d'étranger malade.
12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".
13. Mme C D soutient avoir, après son divorce, fixé le centre de ses intérêts en France, où vivent ses trois filles de nationalité algérienne chez qui elle réside alternativement, son gendre de nationalité allemande et ses petits-enfants. Toutefois, elle ne peut se prévaloir d'une durée de présence en France que de trois ans et un mois à la date de la décision attaquée, alors qu'elle est entrée sur le territoire national à l'âge de 59 ans après avoir vécu l'essentiel de son existence en Algérie, où résident encore deux de ses sœurs et son fils. Par ailleurs, le préfet fait valoir sans être contesté que la requérante et ses filles ont vécu séparées pendant de nombreuses années. Enfin, elle ne justifie d'aucune intégration particulière dans la société française. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante.
14. En cinquième lieu, Mme C D soutient que le préfet aurait dû examiner sa demande de titre de séjour en qualité d'ascendant à charge de son gendre de nationalité allemande résidant en France, sur le fondement des articles L. 233-1, L. 233-3 et L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle faisait valoir dans son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour être à la charge de sa fille et de son gendre et qu'elle avait versé les pièces financières relatives aux revenus de ce dernier. Toutefois, il ressort du formulaire de demande produit par le préfet que l'intéressée s'est bornée à déclarer être à la charge de ses filles à F et à invoquer son état de santé, et il n'est pas démontré que les pièces relatives à la situation de son gendre étaient effectivement jointes au dossier de demande. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait dû examiner sa demande sur d'autres fondements que les 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.
16. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 11 et 13, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme C D à quitter le territoire français, prise en application des dispositions précitées, méconnaît les stipulations des 5° et 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, ne peuvent qu'être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit également être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 20 mai 2022 doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C D, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026