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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2206225

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2206225

mardi 14 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2206225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantFRANCOS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 25 octobre et 31 mai 2022, M. B A, représenté par Me Francos, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2022 par lequel le préfet de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de l'expiration d'un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est entachée d'un vice d'incompétence de son signataire ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation en fait ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

- en n'examinant pas sa situation au regard de sa vie privée et en particulier au regard de sa situation professionnelle, le préfet de Tarn-et-Garonne a commis une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, en ce que le préfet a considéré qu'une de ses sœurs résidait dans son pays d'origine, alors que ses deux sœurs résident en France, l'une en qualité de ressortissante française, l'autre sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2030 ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mars 2023, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 14 avril 1996, est entré en France le 4 février 2018 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. A la suite de la conclusion le 14 février 2020 d'un pacte civil de solidarité (PACS) avec une ressortissante de nationalité française, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 27 septembre 2022, dont M. A demande l'annulation, le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Mme Catherine Fourcherot, secrétaire générale de la préfecture de Tarn-et-Garonne, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de Tarn-et-Garonne en date du 29 janvier 2021, régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 82-2021-015, à l'effet de signer tous actes administratifs relatifs au séjour et à la police des étrangers. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté du 27 septembre 2022 doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. La décision par laquelle le préfet de Tarn-et-Garonne a refusé à M. A la délivrance d'un certificat de résidence fait état des éléments de fait propres à sa situation justifiant, selon l'administration, le refus de sa demande. Cette décision énonce ainsi de manière suffisamment précise les considérations de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de cette décision doit être écarté.

4. Il ressort de la motivation de l'arrêté en litige et des pièces du dossier, en particulier des diverses demandes de pièces complémentaires adressées à M. A, que le préfet de Tarn-et-Garonne a procédé à un examen particulier de la situation privée, familiale et professionnelle du requérant. Les moyens tirés du défaut d'examen particulier de la situation du requérant et de l'erreur de droit doivent en conséquence être écartés.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

6. M. A soutient qu'il séjourne en France depuis 2018 et qu'il y dispose du centre de ses intérêts personnels et familiaux, dès lors qu'il s'est pacsé avec une ressortissante française, qu'il a travaillé de manière continue depuis son arrivée en France, et qu'y résident ses deux sœurs, dont l'une est de nationalité française. Toutefois, d'une part, il est constant que le requérant, qui s'est séparée de sa partenaire de PACS, était à la date de la décision attaquée à laquelle s'apprécie sa légalité, célibataire et sans enfant. D'autre part, il n'apporte aucun élément de nature à attester de l'intensité de ses relations avec ses sœurs. De plus, l'ancienneté du séjour du requérant a été partiellement acquise par un maintien irrégulier sur le territoire national à l'expiration de son visa de court séjour, l'intéressé ayant attendu près de trois ans avant de solliciter la délivrance d'un titre de séjour. Par ailleurs, si M. A justifie avoir régulièrement exercé des missions d'intérim depuis 2018 et soutient qu'il projette de créer une micro-entreprise de plomberie-chauffagiste, ces éléments ne permettent pas d'établir l'existence d'une intégration professionnelle stable et durable sur le territoire national. Dans ces conditions, et alors que M. A n'est pas isolé dans son pays d'origine où résident toujours ses parents et où il a vécu l'essentiel de sa vie, la décision attaquée portant refus de séjour n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, elle n'a méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle de M. A.

7. M. A soutient que le préfet de Tarn-et-Garonne a, de manière erronée, mentionné dans l'arrêté contesté qu'une de ses sœurs résidait encore en Algérie, alors que ses deux sœurs résident en France, l'une en qualité de ressortissante française, l'autre sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2030. Toutefois, l'erreur de fait ainsi commise est sans incidence sur la légalité du refus de séjour contesté, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier, eu égard aux éléments de la situation privée et familiale du requérant relevés au point précédent, que le préfet aurait pris la même décision, en ne se fondant pas sur cet élément erroné.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant refus de séjour n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours doit être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Il résulte de ce qui précède, qu'aucun des moyens dirigés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant fondé, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral attaqué du 27 septembre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Francos et au préfet de Tarn-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.

La présidente-rapporteure,

B. MOLINA-ANDRÉO

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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